Opinion

Gérald Papy

L’édito de Gérald Papy: le devoir de Macron pour la France

Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Il est dangereux d’affaiblir encore la démocratie par des jeux politiciens.

Les résultats de l’élection présidentielle étaient à peine annoncés, le soir du dimanche 24 avril, que commençait à être instruit le procès en illégitimité contre le président réélu Emmanuel Macron. Cette petite musique a été entonnée par le « troisième homme » du premier tour du scrutin, Jean-Luc Mélenchon, comme il l’avait fait en 2017, et par ses amis de La France insoumise. Pour appuyer leur incantation à « défaire » ou à « chasser » le chef de l’Etat grâce à un vote massif en leur faveur lors des élections législatives de juin qui priverait celui-ci d’une majorité, les dirigeants de l’extrême gauche n’ont pas hésité à user d’une fake news.

Non, Emmanuel Macron n’est pas « le président le plus mal élu de la Ve république », ni en pourcentage des suffrages exprimés, ni en nombre de voix, ni en pourcentage du nombre d’inscrits. Jean-Luc Mélenchon n’atteint pas le déni obstiné opposé par Donald Trump à l’élection de Joe Biden, mais il en prend le chemin. Le populisme peut aussi être de gauche. Cette attaque est dangereuse pour la démocratie française.

Bien sûr, personne n’est forcé de croire Emmanuel Macron sur parole quand il proclame avoir conscience que le vote qui s’est porté sur lui pour faire barrage aux idées de l’extrême droite l’oblige pour les années à venir. Son passif de président qui a gouverné à droite à l’entame de son premier mandat alors qu’il s’affichait comme le candidat ni de gauche ni de droite peut légitimement inspirer de la méfiance de la part des électeurs de La France insoumise. Est-il pour autant interdit à ceux-ci d’admettre que le « quoi qu’il en coûte » qu’il a décrété au moment de l’épidémie de Covid a représenté « un moment de communisme nécessaire pour que le capitalisme s’humanise », selon l’analyse du réalisateur marseillais Robert Guédiguian? Sont-ils obligés de discréditer des intentions, y compris celles basées sur des idées que leur propre parti défend, comme la planification écologique promise par Emmanuel Macron, sans attendre qu’elles soient, le cas échéant, concrétisées?

La confirmation de l’installation durable dans le paysage politique français de deux blocs contestataires autour du Rassemblement national et de La France insoumise face au macronisme illustre les fractures de la société française. Et le fort taux d’abstention enregistré rappelle que certains Français désespèrent déjà complètement de l’action politique traditionnelle. A cette aune, il est dangereux d’affaiblir encore la démocratie par des jeux politiciens comme ceux menés par l’extrême gauche. Ils desservent d’ailleurs son combat alors que l’extrême droite affiche son respect des institutions en se profilant comme la première opposition au président sans prétention à le « défaire ».

En vingt ans, l’écart de voix entre le candidat « républicain » et celui de l’extrême droite a été divisé par quatre (20 millions entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen en 2002, 5,5 millions cette année entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen). S’il n’apporte pas aux craintes dont témoigne le vote pour les extrêmes de véritables réponses, bien au-delà de l’engagement à une « méthode refondée » formulé le soir de sa réélection, Emmanuel Macron verra son héritage définitivement entaché.

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