COP 27: la faillite du politique sur l’enjeu climatique

Thierry Denoël
Thierry Denoël Journaliste au Vif

Dé-ce-vant. Le bilan de la COP 27 qui s’est terminée ce dimanche 20 novembre est sans ambition, confus, frustrant. On en attendait bien davantage. Le constat de la faillite du politique en matière climatique est désormais manifeste. Analyse.

Tout ça pour ça. Même si la création d’un fonds pour les « pertes et préjudices » en faveur des pays les plus touchés a été actée, la COP 27 est un échec. Ce fonds, c’était le moins qui puisse se décider, vu les énormes pressions des Etats concernés (G77) et la médiatisation autour du sujet. Vu aussi la manière dont la question avait été balayée lors de la COP précédente, à Glasgow. Mais rien n’est encore fait. Cela n’est, pour le moment, qu’une victoire symbolique pour la justice climatique. Il faut encore garantir le financement d’un tel fonds par les pays et les entreprises les plus responsables du dérèglement dont les populations du sud subissent le plus les conséquences dramatiques (inondations, moussons extrêmes, typhons…).

Et on peut craindre que les contributions tombent au compte-goutte, très loin de l’objectif fixé, à l’instar de celles censées alimenter le Fonds vert international pour le climat, destiné, lui, à aider les pays en développement à atténuer les effets du réchauffement et à s’adapter à ses conséquences. Ce Fonds vert a été officiellement lancé il y a onze ans, avec beaucoup de tâtonnements. Il devait recevoir 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020. On est toujours loin du compte, comme le déplorent régulièrement les ONG environnementales. A la COP 27, les pays riches ont refusé de signer un texte les obligeant à combler les manquements passés. C’est dire.

Par ailleurs, tout ces fonds ne serviront à rien si les efforts pour réduire significativement les gaz à effet de serre ne sont pas plus importants dès aujourd’hui. Or, si l’objectif de ne pas dépasser 1,5° a été maintenu, les engagements pris en Egypte pour éviter de trop s’écarter de ce plafond sont maigres, très maigres. La sortie des énergies fossiles n’a pas fait l’objet d’un consensus, même pas pour le charbon qui est le plus polluant. La résistance des principaux pays producteurs a été déterminante. L’accord de Paris semble définitivement oublié. Le reste est flou : la COP a reconnu  « le droit à un environnement propre, sain et durable » ou encore le droit des jeunes à participer structurellement aux processus climatiques. Ce sont certes des avancées, mais on peine à voir du concret dans tout cela.

Bref, cette COP dont on était en droit d’attendre beaucoup plus, surtout après un été dramatique d’extrême sécheresse (Europe), d’inondations ravageuses (Afrique) et de tempêtes destructrices (Asie du sud), marque la faillite du politique en matière de décisions pour le climat. Bien sûr, il ne faut pas les mettre tous dans le même panier : l’Europe se montre davantage volontariste que la plupart des autres régions et pays de la planète, par exemple. Au sein de l’Europe, des Etats comme la Belgique, le Danemark ou des régions comme la Wallonie ou l’Ecosse ont montré l’exemple en s’engageant concrètement à épauler financièrement les pays vulnérables. Mais globalement, la faillite du politique apparaît désormais comme une évidence. La COP n’a plus de crédibilité. Face à l’inefficacité de la gouvernance mondiale, on se demande même si le multilatéralisme a encore un sens.

« On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème ». Même s’il ne songeait pas au climat en écrivant cette phrase, Albert Einstein avait vu juste. On le sait : on ne pourra résoudre la crise climatique, sans remettre en question nos modes de production, de consommation, de décision collective ou même notre rapport au bonheur. Ces changements profonds, les décideurs politiques n’osent pas vraiment s’y risquer. Ils préfèrent avancer à petits pas, en se regardant en chien de faïence, en attendant que les premiers pas viennent de l’autre. Les Démocrates américains viennent joliment d’éviter une raclée électorale au Congrès en ayant offert le choix aux électeurs de sauver la démocratie ou pas. Cela a boosté le vote des moins de 30 ans favorables au parti de l’âne. N’y a-t-il pas moyen de tenter un même challenge pour sauver la planète, qui motiveraient particulièrement les jeunes électeurs ?

Dans ce contexte d’échec politique sur l’enjeu climatique, les associations environnementales (avec de nombreux citoyens derrière elles) et les entreprises ont la main. Peut-on compter sur elles ? Ces dernières années, les ONG ont pris de plus de plus d’importance pour encourager les politiques à prendre les bonnes décisions, mais les COP montrent que leur influence reste malgré tout encore limitée. Les entreprises, elles, semblent de plus en plus conscientes de la nécessité d’un effort rapide et concret. Elles ont compris que l’inaction pouvait coûter très cher et s’avérer désastreuse. Plus d’un quart des grandes entreprises cotées dans le monde sont déjà capables, par les mesures qu’elles ont prises, de limiter le réchauffement à 1,5 ° d’ici 2050.

Mais compter sur le seul secteur privé paraît paradoxal alors que celui-ci a toujours fonctionné grâce à un système économique qui n’est guère favorable à la cause climatique, malgré les avertissements qui se sont succédé depuis le rapport Meadows qui, au début des années 1970, pointait déjà les limites de la croissance dans un monde fini. S’il reste un espoir, celui-ci viendra des jeunes, la génération Z qui a grandi avec la conscience de la menace du dérèglement. Leur colère monte inéluctablement. Les actions de quelques-uns d’entre eux dans les musées en sont le signe spectaculaire. Les éclaboussures sur les tableaux de grands maîtres de la peinture, davantage condamnées par les plus âgés que les plus jeunes, ne sont que les prémisses du renversement de tables qu’ils nous promettent.

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