» Une vision très flamande « 

Le politologue Jean-Benoît Pilet (ULB) analyse les propositions de Knack pour réformer l’Etat belge.

K nack affirme qu’il existe, parmi les experts, un large consensus sur la manière de réformer l’Etat belge. Est-ce le cas ?

Pas du tout. Les experts partagent une série de points de vue, mais on est très loin de l’unanimité. En janvier, une cinquantaine d’économistes flamands et francophones ont présenté une note commune. Ils y défendent certains points concernant la réforme de l’Etat : une plus grande responsabilisation des entités fédérées et une légère autonomie fiscale. Mais, au-delà de ces deux principes, il n’y a pas de consensus. En ce qui concerne d’autres questions, moins économiques et davantage politiques, les experts ne sont pas du tout d’accord. Laisser entendre, comme le fait Knack, qu’il existe une réforme de l’Etat toute prête dans les cartons des experts, à laquelle les politiques n’ont qu’à se rallier, c’est exagéré.

Le mot  » responsabilisation  » revient souvent dans le dossier de Knack, mais aussi dans la bouche des dirigeants flamands. S’agit-il d’un euphémisme signifiant  » Chacun pour soi  » ?

En tant que tel, non. Toutefois, la volonté de responsabiliser les Régions relève parfois du repli sur soi. La Flandre en a marre de payer : c’est quand même ça, l’idée de départ. Ces dernières années, beaucoup d’argent a été transféré de la Flandre vers la Wallonie. Cela suscite un ras-le-bol. Les Flamands disent : on veut bien continuer à payer, mais il faut que les résultats suivent. Les économistes, tant au nord qu’au sud du pays, se rangent à cette idée. Mais jusqu’où doit aller cette obligation de résultats ? Là, Knack se situe dans une logique maximaliste. On pourrait imaginer que 10 % du budget consacré à l’activation des chômeurs varie en fonction des résultats. Mais, aux yeux de Knack, c’est insuffisant : l’hebdomadaire estime qu’il faut davantage pénaliser les Régions qui n’arrivent pas à remettre leurs chômeurs au travail. Ce raisonnement me paraît étrange. Cela équivaut à dire : s’il reste des chômeurs en Wallonie, c’est forcément de la faute des pouvoirs publics. Or nous ne sommes plus dans les années 1950, quand l’Etat providence pouvait, à lui seul, relancer l’économie.

Autrement dit : il s’agit d’une vision très flamande.

C’est clairement le point de vue d’une Région qui vit dans l’aisance financière et qui ne se met pas à la place des Régions moins favorisées. D’une manière générale, les questions communautaires sont en Belgique l’un des rares domaines où la presse reste une presse d’opinion. D’un côté comme de l’autre, les médias sont totalement alignés sur les partis politiques de leur communauté. Dans ce cas-ci, on aurait pu espérer que Knack allait davantage mettre en avant les idées d’experts francophones… Certes, le dossier cite Philippe Van Parijs, qui soutient que les francophones se comportent souvent en colons dans le Brabant flamand. Mais il se garde bien de rappeler une autre proposition de Van Parijs : le rattachement à Bruxelles de 4 des 6 communes à facilités de la périphérie.

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