Le Belge se rue sur les secondes résidences… en Belgique

Philippe Berkenbaum
Philippe Berkenbaum Journaliste

28 % des crédits hypothécaires destinés à l’achat d’une seconde résidence, en hausse de 27 % et pour un montant moyen emprunté de 221.000 euros… Tels sont les principaux chiffres du baromètre 2022 publié ce jeudi par BNP Paribas Fortis. Plus que jamais, le Belge investit dans la brique. Et privilégie la Belgique.

On dit du Belge qu’il a une brique dans le ventre et elle ne se limite manifestement pas aux murs de son habitation personnelle ! Le baromètre 2022 de la seconde résidence, publié par BNP Paribas Fortis, le confirme : plus d’un crédit hypothécaire sur quatre accordé l’an dernier par le leader national de la spécialité était destiné à l’achat d’une résidence secondaire. Alors même que 2021 a enregistré une forte croissance de l’ensemble des crédits hypothécaires, en hausse de 24 % pour un total de 41,5 milliards d’euros, selon les chiffres de l’Union professionnelle du Crédit.

Chez BNP Paribas Fortis, la part des emprunts visant à financer l’acquisition d’un bien immobilier autre que l’habitation personnelle a augmenté de 27 % en nombre et de 39 % en volume. Le montant moyen emprunté est donc lui aussi en croissance constante puisqu’il est passé de 193.500 euros en 2016 à 221.000 euros en 2021, que la seconde résidence soit destinée à la location ou utilisée à des fins récréatives. Sachant que la quotité empruntée se situe en moyenne à hauteur de 70 % du prix de vente.

Investir en Belgique

L’exotisme n’est cependant pas – ou plus – au rendez-vous puisque 95 % des crédits octroyés par la banque pour financer une seconde résidence concernent un bien situé en Belgique. La proportion n’atteignait que 80 % en 2017. « Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce choix, commente Jean-François Tilly, co-auteur de l’étude : les contraintes de voyages liées aux restrictions sanitaires, les nouvelles libertés offertes par le télétravail, une jouissance du bien plus régulière mais aussi plus de facilité à obtenir une hypothèque de son banquier pour l’achat d’une seconde résidence en Belgique. »

En revanche, ce qui apparaît clairement, c’est la volonté d’investir : 62% des secondes résidences financées par BNP Paribas Fortis en Belgique ont pour objectif de dégager des revenus locatifs. Un pourcentage en hausse constante ces dernières années (56% en 2019, 60% en 2020).

« Cette réalité trouve sa source dans la faiblesse des taux hypothécaires et des comptes d’épargne, et dans le fait que la Bourse reste encore trop aléatoire pour de nombreux Belges, alors que l’immobilier représente une valeur sûre à leurs yeux. Les emprunteurs ont donc en majorité un profil d’investisseur. » La plupart des crédits sont destinés à l’achat de maisons à hauteur de 62%, contre 27% pour des appartements et 11% pour de l’immobilier commercial ou un terrain, par exemple.

La côte, les Ardennes et les villes universitaires

Où achètent les Belges dans leur propre pays ? Si l’investissement a pour objectif de générer des revenus, ils optent en priorité pour les grands centres urbains bien pourvus en candidats locataires, qu’ils soient étudiants, jeunes travailleurs, jeunes ménages ou seniors. Bruxelles, Anvers, Louvain et Louvain-la-Neuve concentrent la majorité des achats de biens de rapport. Les villes étudiantes gardent clairement la cote. Trois résidences secondaires sur quatre (74 %) financées à Bruxelles par BNP Paribas Fortis sont ainsi destinées à la location. A Liège et à Louvain-la-Neuve, c’est 70 %, à Mons 60 %.

Liège @Getty

S’il s’agit d’un investissement plaisir, sans surprise, la Côte arrive en tête, suivie des Ardennes. Du moins, c’était vrai jusqu’en 2020, année où le littoral a concentré 8 % des achats et les Ardennes 3,5 %, au plus fort du covid. Mais en 2021, ces destinations ont été délaissées. A la mer, les biens achetés ne représentaient plus que 4 % du total. Destinations préférées : Knokke-Heist, Ostende et Coxyde. Dans les Ardennes, ils ont plafonné à un petit 1,3 % des crédits accordés. Grand écart aussi entre le Nord et le Sud puisque dans les Ardennes, 60% des biens achetés sont destinés à la location, alors qu’à la Côte belge, 70% des secondes résidences sont destinées à des fins récréatives.

Secondes résidences à l’étranger: Espagne, France et Pays-Bas en tête

Selon le baromètre, à peine 5 % des emprunteurs ont choisi d’acheter dans un autre pays en 2021. Ici, l’objectif reste prioritairement récréatif, même si la part des secondes résidences acquises à des fins locatives est en augmentation : 13 % des achats financés par BNP en 2021 contre 8 % en 2017. Les destinations privilégiées par les Belges restent l’Espagne, la France, les Pays-Bas, l’Italie, la Grèce et le Portugal, dans cet ordre à peu près immuable. Proximité relative et facilité d’accès restent des arguments majeurs.

Ce sont surtout les plus de 50 ans qui investissent dans une seconde résidence à l’étranger. Cette tranche de la population représente 77% des acheteurs. La part des moins de 45 ans s’est tassée : elle ne concerne plus qu’un emprunteur sur cinq contre un sur deux en 2020. Les moins de 35 ans, eux, ont complètement disparu du marché alors qu’ils pesaient 20 % en 2020. Cette année-là, l’effet « digital nomad » sur fond de pandémie avait joué à plein. Quant aux montants moyens empruntés pour un bien acheté à des fins récréatives, ils se situent à 320.000 euros aux Pays-Bas, 235.000 en France et 179.000 en Espagne. Si le bien est destiné à la location, il faut prévoir un crédit moyen de 301.000 euros en France, 269.000 aux Pays-Bas et 228.000 en Espagne.

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