Opinion

Carte blanche

Experts, politiques, journalistes: l’heure est à l’examen de conscience… et à la rigueur (carte blanche)

La pandémie s’éternise tandis que la patience et la compréhension de la population s’épuisent. Dans ce contexte, il est vital de respecter certaines bonnes pratiques en terme de communication de la part autant des scientifiques, des journalistes que des politiciens. Un collectif de signataires de l’ULiège, l’UNamur et l’ULB propose ici quelques pistes.

L’audition au parlement de Geert Vanden Bossche, connu pour ses positions anti-vaccins, a légitimement provoqué l’incompréhension de la communauté scientifique belge. De même, l’Université de Liège a eu à déplorer l’expression de craintes hypothétiques quant à la sécurité des vaccins de la part de l’un de ses membres, le Professeur Patrick Meyer. Il a été conclu que les propos de G. Vanden Bossche et P. Meyer s’écartent du consensus scientifique sans fournir de réels arguments factuels et ne peuvent donc être considérés comme de véritables avis d’experts.

Cependant, il ne suffit pas toujours d’être un expert « reconnu » pour éviter les écueils. Une question devient ainsi lancinante dans la gestion et la communication autour de la pandémie. Quelle est la réelle expertise de chacun.e et comment s’assurer qu’une prise de décision répond bien d’un « consensus sur la réalité des faits » et non d’une opinion?

Comment les politiciens, journalistes ou simples citoyens peuvent-ils s’y retrouver entre expertise solide et « déclaration au doigt mouillé » ? Nous proposons ici quelques clés utiles aussi bien pour nos collègues scientifiques que pour le public général, les médias et le monde politique afin de maintenir ou restaurer la confiance dans la communication scientifique, journalistique et politique concernant la pandémie.

1. Déclarons les conflits d’intérêt

Dans les domaines relatifs à la médecine, les scientifiques s’exprimant en conférence et dans les périodiques scientifiques sont soumis à de strictes règles de transparence en termes de conflits d’intérêt. Sont notamment considérés comme conflits d’intérêt des relations familiales avec des membres de l’industrie ou le monde politique, la possession d’actions, les activités de consultance ou autres activités rémunérées présentes et passées en lien avec l’industrie. Il serait essentiel que cette bonne pratique soit rigoureusement exigée tant par les politiciens que par les journalistes. Un conflit d’intérêt n’annule pas la compétence de l’expert.e qui s’exprime mais permet d’estimer les éléments pouvant altérer consciemment ou inconsciemment l’objectivité de ses positions.

2. Evitons les déclarations trop éloignées des domaines d’expertise réels

Un excellent ingénieur informaticien comme P. Meyer peut-il subitement se décréter expert en sécurité vaccinale ? Un biostatisticien est-il aussi épidémiologiste, clinicien, virologue ou immunologiste ? La « confusion » des expertises est devenue la règle dans les médias et auprès du monde politique, comme on l’a vu lors des auditions parlementaires. On touche là aux limites du système décisionnel et informationnel actuel dans lequel un petit nombre d’experts, quasi toujours les mêmes, sont invités à s’exprimer sur tous les aspects de la crise sanitaire. Personne ne peut pourtant se revendiquer expert de tous les aspects relatifs à la crise. Avant toute communication, les experts devraient faire leur examen de conscience, vérifier la solidité de leurs sources et estimer le degré de certitude et de compétence qu’ils peuvent avoir vis-à-vis de leurs déclarations. De même, leurs interlocuteurs devraient se garder de faire sortir les experts de leurs domaines d’expertise.

3. Soyons prudents avec le « nudging » et estimons le degré de certitude des déclarations

La persuasion de la population repose en Belgique fortement sur le « nudging », qui consiste à influencer les choix de santé en présentant les « meilleurs » incitants. L’exemple de nudging sans doute le plus connu de tous dans la crise actuelle est le message que les doses de rappel permettent de réduire les risques de formes graves mais aussi de transmission du coronavirus. Un problème survient cependant lorsque le nudging amène à biaiser ou filtrer l’information objective pour n’en présenter que les aspects les plus avantageux.

Ainsi, l’affirmation que le rappel du vaccin « limite le risque d’infection par Omicron de 50% » a été largement reprise par nombre d’experts et politiciens. Or, ce chiffre n’est basé que sur les relevés d’infections passifs de Sciensano alors que notre testing est à complète saturation et fortement biaisé de ce fait. Comme le reconnaît Sciensano dans le paragraphe introductif de son analyse , seule une confiance très relative peut être accordée au chiffre de 50%. Ce chiffre fait aussi l’impasse sur le fait que la protection contre l’infection conférée par le booster est en fait transitoire. On peut comprendre la volonté de promouvoir l’existence d’un effet significatif du booster sur les infections, puisqu’il est notamment l’argument moral principal soutenant le Covid Safe Ticket. Pourtant, un grand nombre de personnes ayant reçu leur rappel pourront contracter l’infection, et ce risque augmente d’autant plus que le temps depuis leur dose de rappel passe. Le virus pourra se répliquer chez ces personnes, entrainant des signes cliniques généralement peu importants mais les rendant toutefois infectieuses, c’est à dire capables de transmettre le virus. Fort heureusement, l’immunité conférée par le vaccin reste suffisante pour éviter les complications sévères (dont l’insuffisance respiratoire) chez la grande majorité des individus.

Malgré les tentations du nudging, nos experts, politiciens et journalistes ne peuvent ignorer qu’une fausse promesse de sécurité peut conduire les personnes se croyant protégées à prendre plus de risques, ce qui peut faire augmenter la circulation virale. Nous aurions sans doute pu mieux réduire l’ampleur de la vague actuelle, notamment hospitalière, si nous avions déclaré plus tôt que le vaccin ne permet pas de contrôler la circulation virale, ce qui est la réalité observée, et recommandé à tous la plus grande prudence notamment au contact de personnes fragiles. C’est ce qu’a fait notamment le Center for Disease Control américain . A l’avenir, le degré de fiabilité de toute affirmation pouvant avoir un lourd impact sur l’évolution de la pandémie devrait être mieux évalué et rapporté par les experts, mais aussi par les journalistes et les politiciens. Nous pourrions prendre exemple sur l’agence de surveillance de la santé du Royaume-Uni UKHSA qui estime un niveau de fiabilité à toutes ses conclusions.

4. Exigeons plus de collégialité pour une meilleure synthèse4

Le Professeur P. Meyer aurait sans doute évité bien des écueils dans sa communication s’il avait recherché l’avis de cliniciens, d’épidémiologistes, de virologues ou d’immunologistes, par exemple au sein de son institution. Une recommandation à faire aux politiciens et aux journalistes est d’exiger que toute contribution faisant appel à des connaissances multidisciplinaires, si elle s’écarte du consensus scientifique, doive être soutenue par un ensemble d’experts crédibles couvrant les différents domaines abordés. Mais il faut aussi que les politiciens et les journalistes restent conscients que, même au coeur d’une discipline, de nombreux points de vue sont nécessaires pour atteindre le meilleur niveau de compréhension d’une question précise. Cela est notamment permis par ce que l’on appelle la révision par les pairs, processus au cours duquel les résultats ou conclusions des scientifiques sont « mis à l’épreuve » par d’autres scientifiques du même domaine. Le manque de collégialité, notamment la non-recherche d’expertises étrangères, l’absence de révision par les pairs, le recours systématique aux mêmes petits comités d’ « experts » créent un risque d’erreur important dans les cercles conseillant directement ou indirectement le gouvernement . Certains débats peuvent ainsi sembler « cadenassés », où l’on présente comme un consensus des positions qui n’apparaîtraient souvent que comme une opinion parmi d’autres à l’échelle de la communauté scientifique internationale.

5. Imposons nous plus de retenue

Entre déclarations « rassuristes » et « alarmistes » qui se succèdent à un rythme effréné et en tous sens dans la presse et sur les réseaux sociaux, la population finit par s’y perdre. Par exemple, supputer qu’aucun variant problématique n’apparaîtra avant l’été en mode « rassuriste », ou promettre à tous le besoin prochain d’une quatrième dose de vaccin en mode « alarmiste » sont le type de déclarations qui font aujourd’hui plus de tort que de bien. Elles ne reposent sur rien de concret, nourrissent de faux espoirs ou l’anxiété, et démotivent voire irritent les personnes qui en ont assez des promesses sans lendemain. Les médias, les réseaux sociaux, plus utilisés pour nourrir les égos que pour alimenter un débat constructif, ne sont pas le meilleur endroit pour mener un débat scientifique et sociétal de cette importance. Soyons tous conscients que ce que nous déclarons peut être interprété de diverses manières par la population et que le comportement des personnes est le facteur numéro un conditionnant la circulation du virus.

Les points d’attention soulevés ici ne sont bien entendu pas exhaustifs et le débat sur la communication autour de la pandémie est universel et nécessaire . Nous ne pouvons qu’appeler nos collègues à l’humilité, à la collégialité, à la transparence et à la retenue quant à leurs déclarations individuelles vers le public et les politiciens. De même, les politiciens et journalistes devraient être plus exigeants quant à la qualité et la robustesse des avis qu’ils récoltent auprès des différents experts qu’ils consultent. Personne ne peut se prétendre « expert en tout », et certainement pas au milieu d’une pandémie aussi changeante. La situation est complexe, la façon de l’appréhender et de la présenter au public se doit d’être plus rigoureuse. Nous avons tous un rôle à jouer pour informer correctement la population que nous soyons experts, politiciens, journalistes, mais aussi personnes du public qui relaient les informations à leurs réseaux. Ainsi nous contribuerons tous à arriver à un consensus au plus près de la réalité de la pandémie et pourrons la gérer le mieux possible.

Signataires

Fabrice Bureau, Immunologiste, Liège Université

Christophe Desmet, Immunologiste, Liège Université

Daniel Desmecht, Pathologiste, Liège Université

Benjamin Dewals, Immunologiste, Liège Université

Nicolas Gillet, Immunologiste, Université de Namur

Nathalie Jacobs, Virologue, Liège Université

Oberdan Leo, Immunologiste, Université Libre de Bruxelles

Annick Linden, Infectiologue, Liège Université

Bénédicte Machiels, Immunologiste, Liège Université

Thomas Marichal, Immunologiste, Liège Université

Benoît Misset, Médecin intensiviste, Liège Université

Muriel Moser, Immunologiste, Université Libre de Bruxelles

Michel Moutschen, Infectiologue, Liège Université

Eric Muraille, Immunologiste, Université Libre de Bruxelles

Catherine Sadzot, Virologue, Liège Université

[CD1]https://www.levif.be/actualite/belgique/l-absence-de-consensus-sur-la-veracite-des-faits-met-en-danger-la-sante-publique-carte-blanche/article-opinion-1517881.html?cookie_check=1643794632

[CD2]https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/COVID-19_Weekly_report_FR.pdf

[CD3]https://www.shorenewsnetwork.com/2022/01/10/cdc-director-covid-19-vaccines-no-longer-prevent-transmission/

[CD4][CD4]https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/1050721/Vaccine-surveillance-report-week-4.pdf

[CD5]https://www.nature.com/articles/d41586-022-00212-5?WT.ec_id=NATURE-20220203&utm_source=nature_etoc&utm_medium=email&utm_campaign=20220203&sap-outbound-id=98399E6F1B6F4A5B3CF2B9AC94244B3902E133FB

[CD6]https://comite-ethique.cnrs.fr/avis-du-comets-communication-scientifique-en-situation-de-crise-sanitaire-profusion-richesse-et-derives/

Le titre est de la rédaction. Titre original: Appel à la rigueur dans la communication scientifique, politique et journalistique autour de la pandémie COVID-19

Cette carte blanche a donné lieu à un droit de réponse de Patrick Meyer, à retrouver ici et ci-dessous:

Dans une carte blanche intitulée « Experts, politiques, journalistes : l’heure est à l’examen de conscience… et à la rigueur », signée par des collègues universitaires et publiée dans Le Vif le 15 février 2022, j’ai été personnellement mis en cause, de même que la qualité de mon travail.

Dans cette carte blanche, les signataires entendent présenter leur vision des « bonnes pratiques en termes de communication de la part tant des scientifiques, des journalistes que des politiciens » en cette période de pandémie. Ils illustrent leur propos en présentant le travail et la communication scientifique de Geert Vanden Bossche d’une part, et de moi-même d’autre part, comme deux contre-exemples absolus de ces prétendues « bonnes pratiques ». Dans cette réponse je ne répondrai que pour ce qui me concerne bien sûr.

Je tiens à préciser également que la carte blanche à laquelle je réponds s’inscrit à la suite de plusieurs autres carte blanche qui ont toutes eu pour objectif de me nuire personnellement. J’ai fait l’objet de critiques acerbes dans des cartes blanches publiées successivement le 26 janvier 2022 dans Le Vif, le 1er février 2022 dans La Libre, le 14 février 2022 dans Le Soir et le 15 février 2022 une nouvelle fois dans Le Vif. Ces cartes blanches sont essentiellement des textes et des signataires différents, mais ont cependant en commun d’avoir comme signataire Monsieur Eric Muraille. Un tel contexte me paraissait essentiel d’être précisé, dès lors que les signataires se présentent, dans cette carte blanche-ci, comme les chantres des bonnes pratiques en matière de communication scientifique.

Les signataires écrivent : « Il a été conclu que les propos de G. Vanden Bossche et P. Meyer s’écartent du consensus scientifique sans fournir de réels arguments factuels et ne peuvent donc être considérés comme de véritables avis d’expert »

Contrairement aux signataires qui émettent ici une simple opinion (« il a été conclu » :  par qui ? et comment ?), mes communications, elles, s’appuient sur des chiffres, à savoir les données brutes officielles de mortalité de 2021, toutes causes confondues, pour les tranches d’âge des moins de 65 ans, dans plusieurs pays européens. L’étude révèle une surmortalité anormale qui coïncide avec les campagnes de vaccination contre la Covid-19, en particulier pour les moins de 45 ans. J’arrive aussi au constat qu’aucune autre variable que la vaccination ne semble expliquer mieux, à ce stade, cette surmortalité observée. Les données que j’ai utilisées sont publiques, la méthodologie, totalement transparente. Par ailleurs, des conclusions similaires (toutes aussi disponibles en preprints) sont atteintes par d’autres études à partir des données de surmortalité américaines [5], anglaises [1] et allemandes [2], lesquelles études sont toutes réalisées par des chercheurs reconnus internationalement.

Les signataires écrivent aussi : « Un excellent ingénieur informaticien comme P. Meyer peut-il subitement se décréter expert en sécurité vaccinale ? Un biostatisticien est-il aussi épidémiologiste, clinicien, virologue ou immunologiste ? La ‘confusion’ des expertises est devenue la règle dans les médias et auprès du monde politique »

Je tiens à préciser que je suis un académique bioinformaticien, attaché au département des Sciences de la vie de l’Université de Liège. Ça fait 15 ans que je travaille dans le domaine de l’analyse des données biomédicales, et j’ai engrangé plusieurs publications validées par les pairs. Mon étude se situe au cœur de mes compétences. Les auteurs des preprints de surmortalité mentionnés ci-dessus sont, eux aussi (et ce n’est probablement pas un hasard…), dans le même domaine scientifique que moi. Aucun de nous n’a jamais, à aucun moment, prétendu être expert en sécurité vaccinale. Par contre, aucun des signataires, eux, n’a une expertise équivalente à la nôtre dans ce domaine de l’intelligence artificielle appliquée au domaine des données biomédicales. La présentation qu’ils font de mon expertise, au regard de la leur, est donc précisément ce qui crée cette « confusion » qu’ils entendent dénoncer.


Les signataires écrivent encore : « Quelle est la réelle expertise de chacun et chacune, et comment s’assurer qu’une prise de décision répond bien d’un ‘consensus sur la réalité des faits’ et non d’une opinion ? »

De quel « consensus » parlent-ils ? Un consensus sur l’innocuité des vaccins contre la Covid-19 ? Il ne fait plus guère de doute que certains de ces vaccins tuent ou causent des effets indésirables graves (thromboses notamment). Pour preuve, trois des quatre vaccins proposés en Europe sont maintenant déconseillés pour les jeunes par des organismes officiels. On notera aussi que plus de 80 scientifiques et professionnels de la santé anglais exigent une enquête d’urgence en raison précisément d’une surmortalité (toute cause) alarmante des jeunes « qui semble coïncider avec la campagne de vaccination » (4).

On lit en outre dans la carte blanche : « Le professeur P. Meyer aurait sans doute évité bien des écueils dans sa communication s’il avait recherché l’avis de cliniciens, d’épidémiologistes, de virologues ou d’immunologistes, par exemple au sein de son institution ». Ou encore : « C’est notamment permis par ce que l’on appelle la ‘révision par les pairs’, processus au cours duquel les résultats ou conclusions des scientifiques sont ‘mis à l’épreuve’ par d’autres scientifiques du même domaine. Le manque de collégialité, notamment la non-recherche d’expertises étrangères, l’absence de révision par les pairs, le recours systématique aux mêmes petits comités d’’experts’ créent un risque d’erreur important dans les cercles conseillant directement ou indirectement le gouvernement ».

N’en déplaise à certains, il n’y a eu aucun écueil dans ma communication, qui a été à chaque instant dûment réfléchie, et responsable. Tout d’abord j’ai bel et bien consulté des chercheurs en médecine et virologues avant de m’exprimer publiquement. Je dispose de plusieurs emails pour en attester. Ensuite j’ai clairement indiqué, dans la communication que j’ai faite de mon travail, qu’il s’agissait d’une prépublication, et j’ai aussi indiqué que la gravité des résultats suggérés par mon étude (aux côtés d’autres études allant dans le même sens comme il a été dit), justifiait amplement sa communication sans attendre la fin du long processus de publication.

J’ai aussi clairement précisé que j’attendais sans attendre des suggestions concernant mon étude. Plusieurs se sont manifestés, mais aucune des remarques reçues n’est venue invalider mes conclusions.

Enfin, dès le moment où l’on dépose un preprint sur une plateforme publique, n’importe qui est à même de le lire et de s’exprimer publiquement dessus : n’importe qui, sauf l’auteur lui-même ?! Ou bien suggèrent-ils qu’il faille s’exprimer de manière pseudonyme lorsqu’on atteint des conclusions scientifiques qui pourraient déranger des confrères ?

Les signataires affirment s’exprimer dans l’objectif de « restaurer la confiance dans la communication scientifique, journalistique et politique concernant la pandémie ».

Il est pourtant un point essentiel qu’ils ont pris soin de passer sous silence : mes communications lancent un appel à ce que soient urgemment rendues publiques (sous forme anonymisée bien sûr) les données du statut vaccinal des personnes décédées en 2021, ce qui permettrait de clore la question. On parle quand même d’une tranche d’âge -les moins de 45 ans- dont les risques de mortalité liée à la maladie elle-même, sont proches de 0 : l’analyse de la balance bénéfice-risque de la vaccination pour cette tranche d’âge est donc une question cruciale, qui justifie amplement, déontologiquement, une communication de mon étude, en ce compris à l’état de prépublication. Et, ici encore, je suis en bonne compagnie, puisque le très renommé professeur de santé publique Peter Doshi appelle, lui aussi, à ce que les données soient rendues publiques sans plus attendre (3).

S’il s’agit vraiment de « restaurer la confiance » comme ils le disent, ne devraient-ils pas se joindre à cet appel, et exiger des autorités la libération de ces données qui permettraient d’en avoir le cœur net, et de lever les graves inquiétudes que mon étude, aux côtés d’autres, viennent soulever ? Que risque-t-on à jouer la transparence ?

Les signataires écrivent : « Certains débats peuvent ainsi sembler ‘cadenassés’, où l’on présente comme un consensus des positions qui n’apparaîtraient souvent que comme une opinion parmi d’autres à l’échelle de la communauté scientifique internationale ».

Je ne pourrais qu’abonder en ce sens ! La démarche des signataires dans ce journal, qui vient comme il a été dit s’ajouter à des démarches similaires dans d’autres journaux, ne vient-elle pas provoquer un effet d’intimidation à l’attention de tout chercheur qui oserait amener des résultats posant des questions qui dérangent, toutes étayées soient-elles ? N’est-ce pas la définition-même du « débat cadenassé » que les signataires entendent dénoncer ? [7].

Mes propos s’appuient sur un document scientifique, une méthodologie transparente, ils s’inscrivent donc totalement dans le cadre de ce qu’on appelle la liberté académique. Les propos des signataires s’appuient sur quoi ? L’effet de meute ?

Ils écrivent encore : « Les médias, les réseaux sociaux, plus utilisés pour nourrir les egos que pour alimenter un débat constructif, ne sont pas le meilleur endroit pour mener un débat scientifique et sociétal de cette importance ». Ou encore : « Personne ne peut se prétendre ‘expert en tout’, et certainement pas au milieu d’une pandémie aussi changeante ».

A tout le moins dans le chef d’un des signataires, Eric Muraille en l’occurrence, qui est devenu un personnage éminemment médiatique depuis la pandémie, habitué des émissions de la télévision, et régulièrement interrogé et cité dans les journaux, de tels propos ne manquent pas d’ironie…

Quant à l’allusion au fait que j’aurais juste voulu « nourrir mon égo », le propos me paraît plus que déplacé, comme s’il fallait oublier absolument que, ce dont il s’agit ici, c’est de sauver des vies humaines !

Patrick MEYER

Bioinformaticien

Université de Liège

 [1] Neil, M. and Fenton, N. (2021). Latest statistics on england mortality data suggest systematic mis-categorisation of vaccine status and uncertain effectiveness of covid-19 vaccination. Preprint December 2021.

[2] Christof Kuhbandner. (2022). Der Anstieg der Übersterblichkeit im zeitlichen Zusammenhang mit den COVID-Impfungen (Preprint: 21.01.2022) 

[3] Peter Doshi. (2022). Covid-19 vaccines and treatments: we must have raw data, now. B MJ editorials. 

[4] Open Letter to the MHRA Regarding Child Death Data 

Open Letter to the MHRA Regarding Child Death Data

[5] Pantazatos, S. and Seligmann, H. (2021). Covid vaccination and age-stratified all-cause mortality risk. (Preprint October 2021)

[6] Le Vif 26 janvier : https://www.levif.be/belgique/labsence-de-consensus-sur-la-veracite-des-faits-met-en-danger-la-sante-publique-carte-blanche/

La Libre 1er février : https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/02/01/le-parlement-et-les-universites-legitiment-par-leur-silence-des-messages-criminels-CMXSAW2GHFBFZAYTGO7V46LGXY/

Le Soir 14 février : https://www.lesoir.be/424029/article/2022-02-14/la-communication-scientifique-politique-et-journalistique-autour-de-la-pandemie

Le Vif 15 février : https://www.levif.be/belgique/experts-politiques-journalistes-lheure-est-a-lexamen-de-conscience-et-a-la-rigueur-carte-blanche/

[7] Voir sur ce point la carte blanche du docteur Gaëtan Cantineau dans La Libre du 21 février 2022, qui réagit à la carte blanche d’Eric Muraille du 1er février dans le même journal : https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/02/21/qui-est-et-qui-nest-pas-digne-detre-un-expert-scientifique-4FIGBXQFDBE2BIZXV64XD4ZDXA/

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