Le livre de Saliha Ben Ali, Maman, entends-tu le vent ? (éd. de l'Archipel, 208 p.), est davantage que le témoignage d'une mère ayant perdu un fils embrigadé par les djihadistes de Syrie. Il décrit, avec une grande sincérité et une extrême sensibilité, le parcours de trois générations d'une famille de l'i...

Le livre de Saliha Ben Ali, Maman, entends-tu le vent ? (éd. de l'Archipel, 208 p.), est davantage que le témoignage d'une mère ayant perdu un fils embrigadé par les djihadistes de Syrie. Il décrit, avec une grande sincérité et une extrême sensibilité, le parcours de trois générations d'une famille de l'immigration maghrébine, de Laeken à Vilvorde. Les relations de l'auteure avec ses parents, qui prônent la discrétion comme vecteur d'intégration, sont marquées par un manque de communication, un devoir d'obéissance et le poids de la tradition patriarcale, mais aussi par le respect de la personne et par l'amour paternel. Pourquoi, deux générations plus tard, Sabri, le petit-fils parti " aider le peuple syrien ", s'est-il détourné de ces valeurs ? Saliha Ben Ali cherche tout au long du livre les événements qui ont placé son fils en état d'être " prêt à basculer ". La rencontre avec un réseau organisé de recrutement y a participé. Mais le véritable déclencheur de la transformation de Sabri, l'auteure l'identifie dans le comportement jugé raciste d'un professeur d'une école hôtelière qui se sert d'un léger handicap de son élève pour le rabaisser. Abandonnant la formation qui l'aurait inséré dans le monde du travail, il deviendra une proie pour les prometteurs de reconnaissance sociale. Depuis la mort de son fils, Saliha Ben Ali lutte contre l'extrémisme à travers son association S.A.V.E. Belgium (Society Against Violent Extremism). Le combat d'une vie, pour éviter que d'autres que Sabri ne plongent à leur tour.