Les projections issues de sondages nationaux ne se sont pas trompées : le paysage politique européen est sorti des élections européennes plus fragmenté que jamais. La coalition entre démocrates-chrétiens et conservateurs (PPE) et sociaux-démocrates (S&D) n'est plus majoritaire, ce qui va rendre plus complexe la recherche de compromis sur les grandes réformes européennes et la répartition des plus hauts postes de l'Union (présidents de la Commission, du Conseil, du Parlement, de la Banque centrale européenne, haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité). On en a eu un avant-goût dès la publication des résultats : les leaders du PPE ont réclamé la présidence de la Commission européenne pour leur chef de file, le conservateur bavarois Manfred Weber, selon la formule informelle du spitzenkandidat (la tête de liste de la famille politique ayant obtenu le plus de sièges a la main pour former une coalition). Mais les socialistes ont répliqué que l'heure n'était pas à l'attribution des postes clés, alors que les chefs d'Etat et de gouvernement devaient se retrouver le surlendemain des élections pour un sommet au cours duquel il y aurait des échanges sur les nominations.
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Les projections issues de sondages nationaux ne se sont pas trompées : le paysage politique européen est sorti des élections européennes plus fragmenté que jamais. La coalition entre démocrates-chrétiens et conservateurs (PPE) et sociaux-démocrates (S&D) n'est plus majoritaire, ce qui va rendre plus complexe la recherche de compromis sur les grandes réformes européennes et la répartition des plus hauts postes de l'Union (présidents de la Commission, du Conseil, du Parlement, de la Banque centrale européenne, haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité). On en a eu un avant-goût dès la publication des résultats : les leaders du PPE ont réclamé la présidence de la Commission européenne pour leur chef de file, le conservateur bavarois Manfred Weber, selon la formule informelle du spitzenkandidat (la tête de liste de la famille politique ayant obtenu le plus de sièges a la main pour former une coalition). Mais les socialistes ont répliqué que l'heure n'était pas à l'attribution des postes clés, alors que les chefs d'Etat et de gouvernement devaient se retrouver le surlendemain des élections pour un sommet au cours duquel il y aurait des échanges sur les nominations. Sanctionnés par le citoyen, le PPE et le S&D restent, avec respectivement 180 et 146 sièges, les deux premières formations dans l'hémicycle, mais le bipartisme historique va laisser la place à une tripartite, voire à une quadripartite. Troisième force politique de l'assemblée avec 109 sièges, les libéraux, en progrès et renforcés par l'arrivée des " marcheurs " d'Emmanuel Macron, se disent incontournables. " Aucune majorité solide ne sera possible au Parlement européen sans notre nouveau groupe ", assure Guy Verhofstadt, chef de file du groupe libéral Alde. De même, les Verts, portés par la mobilisation pour le climat dans plusieurs Etats membres, pourraient être, eux aussi, déterminants afin d'installer une majorité stable ces cinq prochaines années. Forts de leur score historique en Allemagne (ils deviennent la deuxième force politique du pays, avec plus de 20 % des voix) et de leur succès en France, les écologistes seront le quatrième groupe parlementaire (69 sièges), devançant les listes souverainistes et d'extrême droite. La poussée des forces populistes et ultra- nationalistes est réelle, surtout en Italie (la Ligue de Matteo Salvini passe de 6 à 28 sièges), mais il n'y a pas eu de marée noire sur l'Europe. " Les conservateurs, les sociaux-démocrates et les libéraux sont en mesure, mathématiquement, de former une nouvelle majorité sans nous, reconnaît Philippe Lamberts, chef de file du groupe des Verts/ALE. Mais cette coalition risque d'être l'otage, en cours de législature, de franges extrémistes du PPE ou de radicaux du S&D. Sur des questions comme la politique migratoire ou les traités de libre échange, elles peuvent faire basculer la majorité d'un côté ou de l'autre. N'oublions pas que le parti populiste de Viktor Orban, qui vient de triompher en Hongrie, fait toujours partie du groupe PPE. Si les Verts acceptent de monter dans la barque, ce ne sera pas sans exiger un changement de cap de l'Union. " Au lendemain du scrutin européen, les contacts entre chefs d'Etat et de gouvernement se sont multipliés, certains tournant autour de l'idée d'une alliance dite " progressiste " entre socialistes, libéraux-centristes et Verts. " Même soutenue par l'extrême gauche, cela ne ferait pas une majorité suffisante au Parlement européen, prévient Philippe Lamberts. On entend beaucoup, ces temps-ci, la petite musique d'Emmanuel Macron ou celle du social-démocrate Frans Timmermans, n°2 de la Commission : libéraux et socialistes rêvent tous deux de ''satelliser'' les Verts, pour aller ensuite négocier en position de force avec le PPE. " On l'aura compris : la grande alliance à quatre qui se dessine ne sera pas simple à sceller.