La N-VA envisage de retarder l'âge légal du départ en pension au-delà de 67 ans, en raison de l'allongement de l'espérance de vie. Ce seul critère de l'âge est-il à vos yeux pertinent ?
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La N-VA envisage de retarder l'âge légal du départ en pension au-delà de 67 ans, en raison de l'allongement de l'espérance de vie. Ce seul critère de l'âge est-il à vos yeux pertinent ? Non. Fixer un âge pour le départ en retraite, même à 65 ans, est une ineptie. Les temps ont changé : les pensionnés des prochaines années sont ceux des Trente Glorieuses. A part la crise pétrolière des années 1970, ils n'ont pas connu de problème majeur. Les pensionnés de demain, en revanche, auront vraisemblablement un parcours professionnel nettement plus fragmenté. Il faut en tenir compte. Auparavant, il y avait un âge pour étudier, un autre pour travailler, durement, et un troisième pour se reposer. A cette époque, l'espérance de vie était limitée. Aujourd'hui, on assiste à une déstandardisation des âges. L'organisation ancienne des temps sociaux est délégitimée. Les gens ne veulent plus qu'on leur impose un âge fixe de départ en pension. Le gouvernement impose des tas de décisions avec lesquelles la population n'est pas forcément d'accord. Alors, pourquoi pas celle-là ? Parce qu'alors, ce sera la guerre. Remarquez d'ailleurs que la pension à points et la pension à mi-temps sont les seuls dossiers sur lesquels le gouvernement Michel a fait machine arrière. Les Belges veulent choisir le moment où ils arrêtent, après avoir respecté un nombre minimal d'années de cotisations. Il n'y a pas d'âge idéal pour arrêter. Cela dépend du parcours de chacun, qui doit pouvoir le choisir. Pas forcément pour quitter plus vite le marché du travail : selon une enquête de Solidaris, 26 % des sondés étaient prêts à travailler au-delà de 65 ans, parfois pour des raisons financières mais aussi parce qu'ils aiment leur travail et leur ambiance de travail. La conception même de la retraite a-t-elle changé ? Oui. Avant, il s'agissait d'une période de repos, méritée après une dure carrière. Aujourd'hui, il s'agit d'une période d'autres activités, pour faire du bénévolat, se former, s'occuper de sa famille... Les sexagénaires n'ont pas envie d'être considérés comme improductifs. Dans les années 1960, la retraite durait en moyenne huit ans. Aujourd'hui, elle dure en moyenne vingt ans. Quel serait, dès lors, le système idéal à vos yeux ? Du temps où Jean-Luc Dehaene était Premier ministre, nous avions proposé une formule de départ flexible à partir de 60 ans, afin de tenir compte des différences de condition de vie et de santé que l'on rencontre dans la population. La décision a été détricotée par les gouvernements suivants. On est passé à une pension anticipée possible à partir de 63 ans seulement, avec 42 ans de carrière. Ces conditions sont impossibles à remplir pour une majorité de femmes. Je propose donc un départ possible mais non obligatoire à partir de 60 ans et 35 ans de carrière (toujours calculés en 45es), ce qui correspond à la carrière moyenne des femmes. Ceux qui travailleraient au-delà de 60 ans percevraient bien sûr une pension majorée. Il faudrait d'ailleurs permettre la poursuite d'une activité professionnelle rémunérée sans aucune limite après l'âge de la retraite. Un bonus pension pourrait être proposé au-delà de 65 ans et de 40 ans de carrière. Avez-vous calculé ce que coûterait un tel système ? Non, puisque j'ignore les choix que feront les futurs pensionnés. Mais ne parler des pensions qu'en termes de budget et de finances est une erreur. On ignore complètement le capital humain. Et affirmer que les pensions sont impayables, c'est faux. Car ce que d'aucuns oublient de dire, c'est que le produit intérieur brut (PIB) augmente aussi vite, sinon plus vite, que le coût des pensions. Il y a donc de l'argent pour les payer. On oublie aussi que la sécurité sociale fait l'objet d'une gestion globale, avec des ressources à affecter aux différents postes de dépenses en fonction de choix politiques. J'ajoute enfin qu'il y a des ressources financières à récupérer dans les différentes niches sociales et fiscales. Même les jeunes croient pourtant aujourd'hui qu'ils ne pourront en sortir à la fin de leur vie professionnelle sans cotiser de leur propre initiative pour des pensions complémentaires... Le gouvernement Michel, à travers plusieurs mesures, a tout fait pour cela, par exemple en augmentant l'exonération d'impôts sur l'épargne-pension individuelle. Cette démarche ne vise qu'à affaiblir le premier pilier, celui de la pension légale, alors que c'est celui qui résiste le mieux aux crises, comme on l'a vu en 2008. Comment prendre en compte la pénibilité du travail dans ce système de départ flexible à partir de 60 ans ? Je maintiendrais ce seuil d'âge minimum pour toutes les professions mais je proposerais une pension plus élevée par année de travail pénible. Faut-il maintenir le principe du rachat possible d'années d'études pour le calcul de la pension, tel qu'il existe aujourd'hui dans le secteur privé ? J'alignerais plutôt le secteur privé sur le secteur public, où les années d'études sont intégrées automatiquement et gratuitement dans la durée de la carrière. Il faut savoir ce que l'on veut : si l'on souhaite avoir une population mieux formée et plus qualifiée, il ne faut pas que les années d'études soient pénalisantes.