Le yoyo. Le rétropédalage. La volte-face. Les termes ne manquent pas pour désigner l'instabilité chronique dont semble être atteinte la gestion de crise sanitaire en Belgique. Chronique, car cette fois, ça commence à durer.

Si le Codeco était un cirque, les acrobaties réalisées avec justesse auparavant échouent désormais systématiquement. Le public n'applaudit plus. Il rigole parfois, siffle beaucoup, puis quitte le chapiteau, alors que la cage aux lions est laissée grande ouverte par les dresseurs en chef nommés Frank et Alexander, insensibles aux cris du public.

Changements perpétuels, manque de vision stratégique au long terme, mesures one shot tantôt disproportionnées, tantôt absurdes, football panique à la moindre attaque de l'adversaire (ici : le virus): la rupture de confiance est totale entre politiques, citoyens et (parfois) experts. Plus surréaliste encore : le politique en vient même à critiquer une mesure qu'il a signée la veille. Alors que celle-ci n'était même pas recommandée par les experts. Oui, le niveau d'absurdité dépasse l'entendement.

Ce flou constant, cette absence de considération pour certains secteurs, ce manque de logique et ce vide de justifications rationnelles/scientifiques, provoquent une perte d'adhésion totale vis-à-vis des mesures sanitaires décidées. Maintenant, il reste à faire en sorte que la crise de nerfs ne vire pas à l'infarctus général.

Les sources du mal

Revenons aux bases : le Comité de concertation n'est pas "le" gouvernement. Il est la représentation de chaque entité fédérée (gouvernement flamand, wallon, Bruxelles-Capitale, germanophone) et du gouvernement fédéral. Un rassemblement qui a l'avantage de donner une illustration parfaite de la division du pouvoir en Belgique, la fameuse "lasagne institutionnelle", dont la digestion provoque souvent certaines complications intestinales, soignées à coups de comprimés (ou compromis).

Ces strates de pouvoir favorisent naturellement la cacophonie, chaque Région prêchant souvent pour sa chapelle. Au point, pour certains, de provoquer un Codeco pour une sombre histoire de Saint-Nicolas. Pour ensuite plaider l'inverse de ce qui était à la base de cette demande urgente, une semaine plus tard. On est dans l'individualisme pur.

Et comme si cette division du pouvoir ne suffisait pas à rendre la casse-tête suffisamment complexe, chaque gouvernement possède sa coalition majoritaire, au sein de laquelle des partis qui n'ont pas toujours (souvent) les mêmes idées signent quand même une décision "par solidarité avec la majorité", avant de la critiquer dès le lendemain. C'est compliqué, trop compliqué pour une crise qui demande du bon sens.

Le bon sens citoyen, tant requis depuis ce fameux mois de mars 2020, n'est plus appliqué dans la sphère politique. Et quand le professeur est désordonné et arbitraire, il est rare que les élèves se comportent bien en retour. C'est d'ailleurs souvent dans ces moments-là où les boules puantes commencent à fuser çà et là.

Le mode de fonctionnement du Codeco doit être modifié, revu, revisité

Pour toutes ces raisons, le mode de fonctionnement du Codeco doit être modifié, revu, revisité. Il ne peut plus subsister sous sa forme actuelle. Il ne peut plus être systématiquement être présenté comme un happening chaque semaine. Il ne peut plus être systématiquement une source d'angoisses pour les uns, d'attentes pour les autres. Au risque que la moindre décision ou recommandation, même bonne, soit automatiquement rejetée, dans une atmosphère où les amalgames et les théories fumeuses sont rois et reines.

Est-ce encore acceptable de (mal) "couper la poire en deux", pour donner une illusion de parité, mais dénuée de toute logique? Est-ce encore acceptable de pouvoir convoquer un Codeco à la moindre lubie d'un président de Région et/ou de parti ? Est-ce encore acceptable de se baser uniquement sur un rapport d'experts virologues pour gérer une crise qui touche tous les secteurs, et alors que la société recèle de bien d'autres aspects ? Est-ce encore acceptable de prôner la peur à coup de déclarations fracassantes, la veille d'un Codeco, dans le seul but de faire pencher la balance de son côté ? Est-ce encore acceptable de menacer le personnel soignant d'un hôpitalou de faire la sourde oreille face à un secteur en pleine souffrance?

Après presque deux ans d'expérience de crise sanitaire : non, toutes ces pratiques ne sont plus acceptables, et d'ailleurs plus acceptées. Des excuses sont une première étape, des actions concrètes pour remodeler la gestion et les comportements politiques face à cette crise sont une seconde étape. C'est une urgence.

Dans ce capharnaüm, une lumière persiste : celle de la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) qui a permis, via le Conseil d'Etat, de désapprouver la fermeture du secteur culturel. Une décision qui fera certainement jurisprudence dans le futur, avec un impact plus que probablement important. Mais une décision, aussi, qui a s'est directement vue être réappropriée par certains partis, "preuve que la démocratie fonctionne". Ne devrait-elle d'abord pas fonctionner au coeur des décisions politiques ?

Mais réjouissons-nous. Cette fois, les théâtres sont ouverts. Le Codeco pourrait s'y produire ; il y ferait aisément salle comble, peu importe les jauges en vigueur.

Le yoyo. Le rétropédalage. La volte-face. Les termes ne manquent pas pour désigner l'instabilité chronique dont semble être atteinte la gestion de crise sanitaire en Belgique. Chronique, car cette fois, ça commence à durer. Si le Codeco était un cirque, les acrobaties réalisées avec justesse auparavant échouent désormais systématiquement. Le public n'applaudit plus. Il rigole parfois, siffle beaucoup, puis quitte le chapiteau, alors que la cage aux lions est laissée grande ouverte par les dresseurs en chef nommés Frank et Alexander, insensibles aux cris du public. Changements perpétuels, manque de vision stratégique au long terme, mesures one shot tantôt disproportionnées, tantôt absurdes, football panique à la moindre attaque de l'adversaire (ici : le virus): la rupture de confiance est totale entre politiques, citoyens et (parfois) experts. Plus surréaliste encore : le politique en vient même à critiquer une mesure qu'il a signée la veille. Alors que celle-ci n'était même pas recommandée par les experts. Oui, le niveau d'absurdité dépasse l'entendement. Ce flou constant, cette absence de considération pour certains secteurs, ce manque de logique et ce vide de justifications rationnelles/scientifiques, provoquent une perte d'adhésion totale vis-à-vis des mesures sanitaires décidées. Maintenant, il reste à faire en sorte que la crise de nerfs ne vire pas à l'infarctus général. Revenons aux bases : le Comité de concertation n'est pas "le" gouvernement. Il est la représentation de chaque entité fédérée (gouvernement flamand, wallon, Bruxelles-Capitale, germanophone) et du gouvernement fédéral. Un rassemblement qui a l'avantage de donner une illustration parfaite de la division du pouvoir en Belgique, la fameuse "lasagne institutionnelle", dont la digestion provoque souvent certaines complications intestinales, soignées à coups de comprimés (ou compromis). Ces strates de pouvoir favorisent naturellement la cacophonie, chaque Région prêchant souvent pour sa chapelle. Au point, pour certains, de provoquer un Codeco pour une sombre histoire de Saint-Nicolas. Pour ensuite plaider l'inverse de ce qui était à la base de cette demande urgente, une semaine plus tard. On est dans l'individualisme pur. Et comme si cette division du pouvoir ne suffisait pas à rendre la casse-tête suffisamment complexe, chaque gouvernement possède sa coalition majoritaire, au sein de laquelle des partis qui n'ont pas toujours (souvent) les mêmes idées signent quand même une décision "par solidarité avec la majorité", avant de la critiquer dès le lendemain. C'est compliqué, trop compliqué pour une crise qui demande du bon sens. Le bon sens citoyen, tant requis depuis ce fameux mois de mars 2020, n'est plus appliqué dans la sphère politique. Et quand le professeur est désordonné et arbitraire, il est rare que les élèves se comportent bien en retour. C'est d'ailleurs souvent dans ces moments-là où les boules puantes commencent à fuser çà et là.Pour toutes ces raisons, le mode de fonctionnement du Codeco doit être modifié, revu, revisité. Il ne peut plus subsister sous sa forme actuelle. Il ne peut plus être systématiquement être présenté comme un happening chaque semaine. Il ne peut plus être systématiquement une source d'angoisses pour les uns, d'attentes pour les autres. Au risque que la moindre décision ou recommandation, même bonne, soit automatiquement rejetée, dans une atmosphère où les amalgames et les théories fumeuses sont rois et reines. Est-ce encore acceptable de (mal) "couper la poire en deux", pour donner une illusion de parité, mais dénuée de toute logique? Est-ce encore acceptable de pouvoir convoquer un Codeco à la moindre lubie d'un président de Région et/ou de parti ? Est-ce encore acceptable de se baser uniquement sur un rapport d'experts virologues pour gérer une crise qui touche tous les secteurs, et alors que la société recèle de bien d'autres aspects ? Est-ce encore acceptable de prôner la peur à coup de déclarations fracassantes, la veille d'un Codeco, dans le seul but de faire pencher la balance de son côté ? Est-ce encore acceptable de menacer le personnel soignant d'un hôpitalou de faire la sourde oreille face à un secteur en pleine souffrance?Après presque deux ans d'expérience de crise sanitaire : non, toutes ces pratiques ne sont plus acceptables, et d'ailleurs plus acceptées. Des excuses sont une première étape, des actions concrètes pour remodeler la gestion et les comportements politiques face à cette crise sont une seconde étape. C'est une urgence.Dans ce capharnaüm, une lumière persiste : celle de la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) qui a permis, via le Conseil d'Etat, de désapprouver la fermeture du secteur culturel. Une décision qui fera certainement jurisprudence dans le futur, avec un impact plus que probablement important. Mais une décision, aussi, qui a s'est directement vue être réappropriée par certains partis, "preuve que la démocratie fonctionne". Ne devrait-elle d'abord pas fonctionner au coeur des décisions politiques ?Mais réjouissons-nous. Cette fois, les théâtres sont ouverts. Le Codeco pourrait s'y produire ; il y ferait aisément salle comble, peu importe les jauges en vigueur.