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«La méditation n'élimine pas les émotions, mais permet de les comprendre» © Getty Images/Westend61

Pourquoi il faut méditer avec ses enfants

Olivia Lepropre
Olivia Lepropre Journaliste au Vif

La méditation, c’est bon pour la santé des grands, mais aussi des petits. Si de nombreux adultes s’adonnent déjà à la pratique, les enfants peuvent en retirer plusieurs bienfaits, selon un livre publié ce mercredi. Voici quelques conseils pour les initier.

Si la méditation était enseignée à tous les enfants âgés de 8 ans sur la terre, nous ferions disparaître la violence du monde en une génération.» Ces mots du dalaï-lama peuvent faire sourire, mais… s’il avait (en partie) raison?

Steven Laureys, neurologue belge de renom, en est convaincu. «C’est un moyen de guider les enfants vers une vie consciente et émotionnellement équilibrée», écrit-il dans La méditation, c’est bon pour les enfants, publié ce 10 avril aux Editions Odile Jacob. Cet ouvrage, rédigé avec son épouse Vanessa Charland-Laureys, psychologue, invite à leur apprendre la méditation, à travers des conseils pratiques, pour les parents, mais aussi des histoires illustrées auxquelles les enfants peuvent s’identifier.

La méditation, un précieux allié

La méditation aide les enfants «à développer une compréhension plus profonde de leurs états internes», notamment la reconnaissance et l’acceptation de leurs émotions, sans jugement, pour un meilleur équilibre émotionnel. Un outil que Steven Laureys estime «puissant» pour cultiver le bien-être mental et émotionnel, et ce tout au long de leur vie. Cela peut aider à gérer les émotions fortes, comme la colère ou la déception, mais aussi à canaliser leurs pensées pour profiter au maximum du moment présent. «La méditation n’élimine pas les émotions, mais elle offre un moyen de les comprendre, de les accepter et de les laisser passer.»

Et n’est pas qu’une question d’émotions. Il s’agit aussi de l’utiliser comme «superpuissance», via la respiration, pour booster sa confiance en soi ou pour se préparer un évènement redouté, afin de se sentir bien, quelle que soit la finalité. La méditation peut également devenir un allié du sommeil. Les auteurs conseillent d’intégrer un moment de méditation dans la routine du coucher. Elle permet aussi d’améliorer la concentration et la mémoire chez les jeunes enfants et adolescents. Idem pour la gestion de la douleur en cas de petits bobos: «Transformer la douleur en image peut la rendre plus tangible et gérable.»

Ni trop jeunes, ni trop agités

Mais les enfants ne seraient-ils par trop agités pour méditer? Non, répond Steven Laureys. Pas même les enfants turbulents. Certains exercices peuvent leur faciliter la pratique. «Poser la main sur son ventre et respirer calmement est une chose que vous pouvez apprendre à vos enfants à un âge assez jeune.» Il conseille d’y aller progressivement, et surtout de s’amuser. «On emploie le mot « méditation », mais c’est avant tout une invitation à être curieux, à s’intéresser à ses pensées, ses perceptions et ses distracteurs.»

«Il n’est pas question de dire « allez, maintenant on va méditer », on n’est pas des robots. Et ce n’est pas une compétition»

Steven Laureys

Neurologue et auteur de «La méditation, c’est bon pour les enfants»

Quant à l’âge auquel commencer, il n’y a pas vraiment de règle. «Cela dépend des enfants, assure Steven Laureys, fort de son expérience avec ses cinq enfants de 4 à 24 ans. Ce qui est important, c’est qu’il y ait un exemple de la part des parents. S’ils méditent, il y a des chances que la curiosité naturelle de l’enfant le pousse à s’y intéresser, et à vouloir essayer, par mimétisme.» Les bénéfices peuvent se faire ressentir très tôt. Si les parents sont calmes grâce à la méditation, l’enfant va le ressentir. L’inverse est aussi vrai: si les parents sont stressés, il le perçoit.

Comment (bien) méditer avec ses enfants

Le mot d’ordre d’une (bonne) méditation en famille: ne pas forcer. «Le symbole de la méditation, c’est être assis les jambes en tailleur, mais cela peut prendre plein de formes. Il n’est pas question de dire « allez, maintenant on va méditer », on n’est pas des robots. Et ce n’est pas une compétition», insiste le neurologue. La méditation peut être introduite de diverses manières. Cela peut être un moment dédié, un rituel, ou plusieurs petits moments de la journée. Vanessa Charland-Laureys donne trois exemples: manger ensemble consciemment, instaurer des moments d’écoute ou se promener dans la nature pour éveiller les sens.

La visualisation et les imageries mentales (boules de neige ou de feu, par exemple) peuvent être une aide précieuse. Ils conseillent d’aménager chez soi un lieu paisible, où les enfants peuvent méditer ou simplement trouver le calme. «Cela ne doit pas être très élaboré, précise Steven Laureys. Cela peut être des exercices formels, ou simplement prendre conscience du moment présent, quand on se brosse les dents ou en vidant le lave-vaisselle, par exemple» Les parents peuvent aussi demander le soir trois choses que les enfants ont apprécié durant la journée. Un peu comme la pratique d’un sport, où certains préféreront nager, et d’autres faire du vélo, à chacun de trouver «son truc». Si le livre donne des clés pour démarrer, ce n’est pas le seul outil. Il est aussi possible de trouver l’inspiration sur internet, via des cours, ou encore sur des applications pensées pour les enfants avec des vidéos ludiques.

La méditation en famille… avant l’école?

«L’essentiel est de se rendre compte que nos pensées et nos émotions ne nous définissent pas. Et lâcher prise.» Selon Steven Laureys, c’est un «soft skill» très important, qui est souvent mis au second plan. La famille a un rôle crucial à jouer, mais n’est pas le seul levier. «Les enfants vont à l’école pour apprendre à lire et à écrire. Mais il y a beaucoup de défis pour lesquels ils ne reçoivent pas les outils. Il faut aussi investir dans le bien-être émotionnel et l’intelligence sociale, comme c’est le cas pour le bien-être physique avec les cours de gym. C’est souvent négligé

Avec des répercussions pour la suite: si les enfants n’apprennent pas à gérer leurs émotions et celles des autres, cela peut engendrer, plus tard, un mal-être dans la vie professionnelle ou privée, estime le neurologue. La méditation n’est cependant pas une solution unique. Elle vient compléter un panel de pratiques et autres soins de santé mentale et physique. Si l’enfant présente des problèmes, il convient avant tout d’en déterminer la cause, avec l’appui d’un professionnel de la santé.

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