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L’Absym veut une vaccination obligatoire dès 6 ans: « les jeunes sont les plus contaminants »

Noé Spies

Luc Herry, successeur de Philippe Devos à la tête de l’ABSyM (association des syndicats de médecins), plaide pour une vaccination obligatoire dès 6 ans. « Car les jeunes sont les plus contaminants, et les plus contaminés », dit-il. Le président pointe la surcharge des médecins généralistes, et la lenteur du gouvernement dans les prises de décisions. Il craint par ailleurs pour l’avenir des jeunes médecins formés en Belgique. Entretien.

Les médecins généralistes subissent une surcharge depuis le début de la pandémie. Estimez-vous la situation actuelle tenable?

Le système est fatigant et usant. Les généralistes sont débordés par l’administration liée au covid et à la vaccination. Cela représente une surcharge de travail importante. D’autre part, la population est aussi fatiguée par la gestion de cette pandémie. On observe que cela se répercute au niveau des gestes barrières, moins respectés. On voit aussi que la vaccination n’arrange pas nécessairement tout. Donc, il y a une fatigue qui s’installe, aussi bien chez la population que chez le personnel soignant.

Pensez-vous que la structure hospitalière sera à nouveau mise à rude épreuve cet hiver?

Il est dur de prédire si la situation sera tenable ou non. Actuellement, force est de constater que beaucoup de cas covid ne nécessitent pas d’hospitalisation ni de soins intensifs. En revanche, beaucoup de médecins et d’infirmiers attrapent aussi le covid, même en étant vaccinés. Les gestes barrières existent toujours dans le milieu du soin, mais les soignants doivent constamment veiller au grain, et ça représente une charge de fatigue supplémentaire. La population pense que la vaccination a tout effacé. Heureusement, les chiffres nous rappellent à l’ordre. On n’est pas encore sorti de cette pandémie. On met un mot en évidence pour le moment : l’incertitude.

Vous redoutez donc un fort impact de la 4e vague sur le personnel soignant…

La prudence n’est plus là dans la population. Il faut être réaliste, si on a la 4e vague qui entraîne des malades chez les soignants, tout devient encore plus compliqué. Non seulement, on doit faire face au covid, mais aussi aux autres problèmes pulmonaires. La grippe peut aussi venir nous perturber de manière importante. Surtout si les gens ne portent plus le masque. L’année dernière, l’hiver était relativement tranquille parce que tout le monde portait le masque. Les gens croient qu’avec le vaccin, tout va bien.

Selon vous, la vaccination doit devenir obligatoire. Quels sont vos arguments?

Oui, il faut que la vaccination soit obligatoire. Si on veut que le corps médical soit un tant soit peu aidé. Tout en sachant que la vaccination ne résout pas tout. On espère aussi qu’on trouvera un vaccin plus performant, et avec moins d’effets secondaires, même si ceux du vaccin actuel restent minimes. Le virus n’a pas dit son dernier mot. Il circule encore beaucoup dans de nombreux pays.

Le problu0026#xE8;me n’est pas que le Covid soit dangereux pour les enfants, mais ce sont eux qui font le plus circuler le virus.

Si je plaide pour la vaccination obligatoire pour tout le monde, c’est pour tout le monde. Car la rendre uniquement obligatoire pour le corps médical, c’est un peu discriminant. Vacciner les soignants pour qu’ils transmettent moins le virus, c’est bien, mais c’est surtout important de vacciner tout le monde pour que le virus se transmette moins partout.

Vous plaidez par ailleurs pour une vaccination obligatoire dès l’âge de 6 ans. Pourquoi?

Dans le milieu scolaire, il y a beaucoup de contaminations. Les jeunes entre 6 et 20 ans sont les plus contaminants. Et les plus contaminés, car c’est la tranche de population la moins vaccinée. Le problème n’est pas que le covid soit dangereux pour les enfants, mais ce sont eux qui font le plus circuler le virus. Pour les jeunes enfants, il est aussi plus difficile de respecter les gestes barrières. Donc, si les gestes barrières ne peuvent pas être respectés, autant prôner la vaccination. De façon à ce que la population jeune fasse moins circuler le virus.

Vous insistez également pour une administration rapide de la troisième dose chez le personnel soignant. C’est urgent, selon vous. Pourquoi?

Cela fait deux mois qu’on demande cette troisième dose pour le personnel soignant. Elle est utile pour protéger les personnes vulnérables d’une part, mais aussi pour éviter un trop grand absentéisme du personnel durant les mois de novembre, décembre et janvier. La plupart des soignants ont été vaccinés en février-mars : cela fait maintenant 7 mois. La dose de rappel est donc utile maintenant. Dans deux mois, ce sera trop tard. Car cela pourrait ré entrainer un nombre d’infections supplémentaires chez les soignants, et donc des absences supplémentaires. Au final, ça fatigue tout le système de santé.

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Quand vous avez deux personnes absentes, c’est toute l’équipe qui souffre. La troisième dose, ce n’est donc pas uniquement pour protéger les soignants. C’est aussi pour éviter l’absentéisme, qui fera basculer la surcharge de travail sur les autres, qui vont s’épuiser, et qui vont à leur tour devenir malades. Selon moi, c’est une erreur d’estimation et on prend un gros risque en retardant cette troisième dose chez les soignants.

Les prises de décisions sont-elles trop lentes en Belgique?

Le gouvernement est lent, beaucoup trop lent. Le fait qu’on ait un grand nombre de responsables, ça n’aide pas. A titre de comparaison, l’Italie a rendu obligatoire la vaccination pour les soignants au mois de mai. Chez nous, on parle de janvier ou février, si les textes sont prêts. Il y a une lenteur dans les décisions, et trop de monde est à la table pour les prendre. Ça complique beaucoup les choses.

L’Italie a rendu obligatoire la vaccination pour les soignants au mois de mai. Chez nous, on parle de janvier ou fu0026#xE9;vrier, si les textes sont pru0026#xEA;ts.

Vous avez pris la succession de Philippe Devos à la tête de l’ABSyM. Plus globalement, y-a-t-il des sujets que vous souhaitez mettre sur la table?

A terme, mis à part la pandémie, le financement global de la médecine m’inquiète. On est dans une médecine qui est peu financée par rapport à nos voisins. Dans le 1,2 milliard du nouveau budget pour les soins de santé, beaucoup est en faveur des hôpitaux et de la gestion hospitalière. Il reste peu pour les médecins : 110 millions pour 50.000 pratiquants. Si on voulait satisfaire les demandes qui sont formulées depuis longtemps, il faudrait, à bas prix, 150 millions supplémentaires.

Quelles conséquences craignez-vous?

En Belgique, on est donc relativement mal financé par rapport à nos voisins. Par contre, on est plus imposés. Notre pays est dans le trio des pays européens où l’imposition est la plus lourde. Donc non seulement, on est moins financés, mais on est plus imposés. Ce sont des éléments aggravants. A terme, j’ai peur qu’on perde nos jeunes médecins, qui pourraient être tentés par des meilleures conditions à l’étranger. On risque de former beaucoup de médecins qui partiront ensuite à l’étranger.

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