Henry Bauchau, la voie de l’écrit

Son roman Odipe sur la route est actuellement adapté à l’opéra.

Rencontre avec un tout grand écrivain, venu à la littérature sur le tard et passionné par le cheminement humain

îdipe sur la route et Antigone sont édités chez Actes Sud (coll. Babel). Dernière parution, chez le même éditeur : Passage de la Bonne Graine (2002).

A deux pas de l’Opéra Bastille, à Paris, à côté de l’agitation urbaine, dans un passage calme, celui de la Bonne Graine, Henry Bauchau a fêté récemment ses 90 ans. C’est dans ce lieu chargé de vie que nous l’avons rencontré pour parler de la création d’ îdipe sur la route, à la Monnaie ( lire page 68), de la musique, du temps, de l’écriture, de nos errances.

Vous signez le livret d’îdipe sur la route, opéra adapté de votre propre roman sur une musique de Pierre Bartholomée. Est-ce qu’un opéra n’est pas une forme d’aboutissement pour l’écriture qui rejoint ainsi la musique ?

Henry Bauchau :

Cela veut-il dire que l’écriture doit se fondre ou se noyer dans la musique ?

La musique a toujours beaucoup accompagné votre vie.

Où trouvez-vous alors la musique, aujourd’hui ?

Quand on observe votre parcours, cela ressemble un peu à la route d’îdipe : vous avez laissé le temps installer les choses. Vous avez commencé à écrire votre premier roman à l’âge de 47 ans. Vous prenez plusieurs années pour écrire chacun de vos romans. Tout est un long cheminement.

, est sorti quand j’avais 84 ans. Donc, quand on est obligé de faire un autre travail pour gagner sa vie, on a moins de temps à consacrer à l’écriture. Cela a été mon cas pendant toute ma vie. Maintenant que j’ai plus de temps, j’ai moins de force. En ce qui concerne mes romans, je pense que, pour faire naître de vrais personnages, il faut d’abord qu’ils naissent en soi, et pour cela il faut du temps. Bien entendu, je ne parle pas pour les autres romanciers, je ne parle que de ma propre expérience. J’ai besoin d’assez bien de temps pour connaître mes personnages, pour savoir comment ils peuvent parler, comment ils peuvent agir. Et parfois on se trompe aussi.

Le temps joue un rôle aussi dans chacun de vos livres. Le temps est quelque chose de fort et dense à la fois dans votre £uvre et dans votre vie : il y a le temps de la création, et ce temps de la création, vous l’observez vous-même, puisque vous publiez, à côté de vos romans, des journaux intimes.

Vous avez commencé en écrivant de la poésie, genre plus atemporel que le roman. Est-ce que vous n’avez pas eu peur, en fait, de vous lancer dans le roman ?

Il vous a fallu aussi la rencontre avec vos personnages. Et votre personnage d’îdipe, vous l’avez rencontré par la psychanalyse.

Mais, dans votre roman, vous dépassez la vision freudienne d’îdipe.

Et quel a été votre rôle en écrivant cette route ?

, j’ai fait de même ainsi que dans le roman que j’espère terminer cette année.

Il y a dans votre roman l’épisode de la vague : îdipe, aveugle, va sculpter dans le rocher une vague gigantesque. Est-ce qu’écrire un roman ne relève pas du même défi ?

Le personnage d’Antigone, justement, n’est pas un personnage anecdotique aux côtés d’îdipe sur la route. C’est elle qui va maintenir îdipe dans la tragédie et lui éviter de basculer dans la comédie.

. Ici, au contraire, il continue à marcher sans savoir où il va. Et cette fermeté à continuer sa route est soutenue par sa fille Antigone. Elle va prendre une existence tout à fait différente dans le second roman du cycle où, là, c’est sa propre pensée qui la guide. Il y a une profonde différence dans les deux livres : îdipe, dans le premier roman, ne cesse de progresser, de monter pour se trouver, tandis qu’Antigone se trouve aussi, dans le second roman, mais en allant de désastre en désastre, d’échec en échec. Les deux voies sont possibles.

Tout se termine-t-il dans l’art ?

Entretien : Stéphane Lambert

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