Bébés cavaliers

En France, des clubs d’équitation les accueillent dès 18 mois. Pas pour en faire des champions, mais des enfants épanouis

Caroline s’approche du shetland et jette le tapis sur la croupe du poney. Sa mère l’aide à installer la selle. Au haras des Mairins-Berdrix à la Chapelle-Montligeon, dans le Perche, les cavaliers sont des bébés. La plupart n’ont que de 18 à 36 mois. Ici, le doudou, c’est le dada. Après les bébés nageurs, la baby-gym, voici la mode des bébés cavaliers : une pédagogie inédite qui mêle les préceptes éducatifs de Françoise Dolto à l’art de la reprise équestre.

L’ex-éducatrice et cavalière de compétition, la Française Claudine Pelletier-Milet, fait trotter les bébés – 600 en 2005. ( Un poney pour être grand, Editions Belin). Pas pour en faire des cracks, mais des enfants bien dans leur peau.  » Porté, bercé par le poney, le petit quitte les bras du parent pour un autre corps-à-corps, dit-elle. Cela lui permet de se séparer en douceur. Plus tard, ces gamins s’adapteront très bien à l’école.  » Peur des animaux, instabilité, manque de confiance en soi, le crin adoucit la crainte.

 » Que tu fais bien toute seule !  » Claudine court à côté de Liloo, 24 mois, parka rose, qui souffle à son poney  » tic-tac  » – ça veut dire plus vite. Les petits se penchent, attrapent une balle. Aucun ne tombe. Ils tiennent tous en équilibre sans aide, même au trot. Sauf Emile qui n’a que 11 mois.  » A la maison, je le couve, raconte sa mère, Lisbeth Van Reeth. Ici, on lui apprend à prendre soin de quelqu’un d’autre.  » La clé de la méthode Milet, c’est la balade en forêt. Ciel gris. Feuilles mouillées. Sur le chemin boueux, l’équipée entame la  » promenade des monstres « , symbolisés par les souches mortes.  » A poney, le bébé se sent plus fort, invincible, il peut exorciser ses peurs, souligne la psychanalyste Catherine Mathelin. A l’heure où l’enfant roi fait la loi en famille, ici, il découvre le respect : un poney, c’est beaucoup moins obéissant qu’une mère !  » Partout en France, à Poitiers, St-Raphael, Conches, etc., des clubs commencent à offrir aux 2-3 ans des séances de baby-poney. Forte de dix ans de pratique, Claudine Pelletier-Milet milite pour la création d’une formation spécifique.  » Attention à la vulgarisation de cette expérience : il faut qu’elle reste ludique, souligne un conseiller technique en sports. N’attendons pas qu’un petit sache diriger et donner des jambes !  » 80 % des bébés cavaliers continuent à monter.

Marie Huret

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