En visite à Cergy-Pontoise dans le cadre de la campagne, Emmanuel Macron bénéficiera-t-il lors des législatives de juin d’un front anti-Mélenchon? © getty images

Législatives en France : Emmanuel Macron va-t-il réussir à rassembler face aux extrêmes ? (analyse)

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

En se présentant sous une confédération centriste, la macronie est en ordre de bataille pour les législatives de juin. Elle pourrait bénéficier d’un front anti-Mélenchon après avoir été servie par un front anti-Le Pen. C’est bon pour Macron, moins pour la démocratie.

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Le contexte Le Premier ministre français, Jean Castex, a mis fin à sa mission le 13 mai. Une personnalité attachée «à la question sociale, à la question écologique et à la question productive», telle que l’a décrite le président réélu Emmanuel Macron le 27 avril lors d’un déplacement à Cergy-Pontoise, devrait lui succéder. Sa longévité à la tête du gouvernement dépendra de la capacité du parti présidentiel à obtenir la majorité à l’issue des élections législatives, le 19 juin. Pour y parvenir, c’est en réalité une confédération de formations centristes, dénommée Ensemble, que la macronie soumettra au choix des électeurs.

«Emmanuel Macron avec vous», «Avec vous chaque jour!», «Nous tous», et maintenant, «Ensemble». Des affiches de campagne pour sa réélection au nom de l’alliance de partis qui doit lui octroyer une majorité pour gouverner, Emmanuel Macron veut résolument inscrire son deuxième quinquennat sous le signe du rassemblement. Comme pour mieux exorciser la division qui a marqué la France sous sa présidence ces cinq dernières années.

L’intention est assurément louable. Mais elle se heurte au sentiment de trahison perçu par nombre de Français qui s’attendaient, en votant pour lui en 2017, à une gouvernance dépassant le clivage gauche-droite et qui ont eu la surprise de se retrouver face au «président des riches». Dès lors, faut-il croire Emmanuel Macron lorsqu’il assure, dans son discours d’investiture du 7 mai, que s’ouvre un «nouveau mandat» et pas le prolongement du premier? «Le fait d’afficher cette volonté de nouveauté l’engage, quand même. Après, ce qu’il décrit est totalement à l’opposé de ce qu’il a fait depuis 2017, à savoir la verticalité du pouvoir, la gouvernance jupitérienne et la domination de la présidence sur le système politique jusqu’à la caricature, commente Vincent Laborderie, professeur de science politique à l’UCLouvain. Il faut aussi pouvoir poser la question de sa capacité personnelle à incarner le rassemblement alors que c’est quelqu’un d’extrêmement clivant.»

Il faut aussi pouvoir poser la question de la capacité personnelle d’Emmanuel Macron à incarner le rassemblement alors qu’il est quelqu’un d’extrêmement clivant.

Ainsi, c’est davantage sous la contrainte du contexte politique du moment que par altruisme naturel que le président réélu a bâti l’alliance censée lui procurer une majorité de députés à l’ Assemblée nationale au terme des élections législatives des 12 et 19 juin. Progression de l’extrême droite à l’élection présidentielle, ambition affichée de l’ancien Premier ministre Edouard Philippe de rejouer un rôle majeur sur la scène nationale et réconciliation surprise des gauches sous l’impulsion de La France insoumise sont autant d’éléments qui imposaient de présenter un front uni centriste lors du scrutin.

Aspirateur à électeurs

Le bien nommé Ensemble regroupe donc l’ancienne La République en marche rebaptisée du nom de son extension européenne Renaissance, le Mouvement démocrate (MoDem) du vieux compagnon de route François Bayrou, et la formation Horizons récemment créée par Edouard Philippe. «Cette alliance n’est pas forcément une construction très différente de La République en marche en 2017, juge Vincent Laborderie. L’ avantage est que le plan de bataille est défini. Sera-t-il efficace? C’est difficile à dire. La politique française tend à se transformer en un jeu à trois composantes: la gauche dominée par l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon, l’extrême droite identitaire de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour, et un grand parti centriste censé occuper tout l’espace restant, plutôt de centre-droit mais qui peut pencher vers le centre-gauche au cours du second mandat. La nouveauté est que cette force centrale est la seule à n’être ni populiste ni antieuropéenne. Pour cette raison et par défaut, un certain nombre de citoyens voteront pour Ensemble. La seule incertitude réside dans la façon dont Les Républicains se comporteront lors du scrutin.»

Pour Luc Rouban, directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po, à Paris, «Ensemble n’est pas exactement la même chose que La République en marche. Celle-ci était constituée autour d’Emmanuel Macron qui avait pour but de court-circuiter les partis traditionnels. Désormais, on entre dans une logique plus classique, plus partisane. On crée des alliances, ce qui implique de faire des concessions sur les investitures pour les législatives. Avec dans le fond, l’idée d’une grande structure un peu souple qui pourrait être une sorte d’aspirateur à électeurs à destination de tous ceux qui voudraient éviter la radicalisation.»

Stratégie de triangulation

La perspective de voir la Nouvelle Union populaire écologique et sociale – rassemblant La France insoumise, Europe Ecologie Les Verts, le Parti communiste et le Parti socialiste – devenir la principale force d’opposition à l’Assemblée nationale, l’ambition même de son leader Jean-Luc Mélenchon de briguer le poste de Premier ministre pourraient donc servir les visées électorales de l’alliance Ensemble en poussant à se rallier à elle des électeurs sociaux-démocrates déçus par l’orientation radicale privilégiée par le PS et EELV. Après le front anti-Le Pen, Macron bénéficierait d’un front anti-Mélenchon. «La macronie ne fonctionne que comme refuge face à un repoussoir», constate Vincent Laborderie.

D’où l’intérêt pour le président réélu de placer à la tête de son gouvernement une personnalité à la fibre sociale affirmée. «C’est dans la continuité de sa stratégie de triangulation. Selon le principal opposant auquel on est confronté, on se rapproche de ses positions, on lui prend une partie de son programme et on l’affaiblit. Emmanuel Macron a appliqué cela pendant cinq ans à la droite pour affaiblir les Républicains. Il y est très bien arrivé, note le professeur de science politique de l’UCLouvain. Aujourd’hui, il observe que son principal opposant lors de ces législatives devrait être la Nouvelle Union populaire écologique et socialiste puisque que la droite républicaine n’existe quasiment plus et que le Rassemblement national a acté qu’il aurait une majorité. Donc, il veut donner des gages à la gauche

Dans une France dont le centre de gravité politique reste tout de même à droite, la voie est ouverte, même si elle est moins royale qu’il y a cinq ans, a une majorité en faveur du président réélu. Mais, comme le souligne Vincent Laborderie, la réduction de l’offre politique à un choix entre un seul parti modéré et des formations extrémistes provoque «une atrophie du débat démocratique». Et un jour, le barrage, anti-Le Pen ou anti-Mélenchon, finira par céder…

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