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Pouvoir d’achat: 55% des Belges insatisfaits du gouvernement fédéral (sondage exclusif)

La crise du pouvoir d’achat n’est plus une bombe à retardement, mais une urgence quasi vitale. Tandis qu’une bonne part de la population tire la langue, le gouvernement fédéral est pressé d’agir. Par la rue, mais aussi par ses propres membres.

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Par la porte ou par la fenêtre, la crise du pouvoir d’achat s’imposera ces prochaines semaines, tant dans les priorités politiques que dans les préoccupations de pans entiers de la population. La flambée de l’inflation pèse sur le pouvoir d’achat de nombreux ménages, comme en témoigne le sondage «Le pouvoir d’achat à la loupe» réalisé par Le Vif.

Le politique, singulièrement le gouvernement fédéral, est tenu de passer à la vitesse supérieure pour préserver autant que faire se peut le portefeuille des Belges. La pression vient tout d’abord de la rue. Le 20 juin, FGTB, CSC et CGSLB organiseront en front commun une grande manifestation dans les rues de la capitale. L’ objectif, pour les syndicats, consiste à se rappeler au bon souvenir du gouvernement, en particulier sur la problématique des salaires, dont l’indexation automatique, selon eux, ne suffit plus à amortir l’explosion des prix.

Dans le viseur, la loi de 1996 sur la norme salariale. Le texte a été réformé en 2017 sous le gouvernement Michel, la norme étant depuis lors contraignante et non plus indicative. Les syndicats y voient un carcan beaucoup trop rigide pour négocier les salaires. Au fédéral, socialistes et écologistes réclament ouvertement la réouverture du dossier. Et se heurtent illico aux réticences de la droite et du patronat, qui lient cette question à celle de l’indexation automatique des salaires. Un tabou pour la gauche. Le serpent se mord la queue.

Les syndicats seront également auditionnés, le 29 juin, en commission des Affaires sociales de la Chambre, après qu’ils ont récolté près de 90 000 signatures pour une pétition réclamant la modification de cette loi. Quelques jours après la manifestation, cette intervention ne fera qu’accentuer la pression. La présence des pétitionnaires au Parlement pourrait bien mettre un peu plus en lumière les divergences internes à la Vivaldi sur le sujet.

Au-delà de la question des salaires, les sept partis de la coalition peineront en effet à s’entendre sur les mesures à adopter face à la crise du pouvoir d’achat, tant le clivage gauche-droite est exacerbé par l’affaire. Il faudra pourtant s’accorder, conformément au programme des chantiers qu’Alexander De Croo compte faire atterrir avant le 21 juillet. En début de semaine, le PS lâchait encore un coup de semonce, enjoignant le Premier ministre à presser le pas pour faire aboutir plusieurs dossiers, dont la réforme des pensions, le deal pour l’emploi et la facture énergétique.

Se posera tout d’abord la question de la prolongation, après la rentrée de septembre, de certaines mesures ponctuelles, comme la baisse de la TVA sur le gaz et l’électricité. Fin avril, le gouvernement fédéral a également mandaté un groupe d’experts sur le pouvoir d’achat et la compétitivité. Sous la houlette de Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale de Belgique, ce groupe essentiellement composé d’économistes présentait son prérapport au kern ce 15 juin.

L’ objectif consiste à la fois à dresser un diagnostic des problèmes de pouvoir d’achat et de compétitivité, traversés par les ménages et les entreprises, et à fournir des solutions. L’initiative devra idéalement aboutir à des mesures politiques concrètes et cohérentes, la Vivaldi étant tenue de poser des choix entre des options plus ou moins ciblées, ponctuelles ou structurelles. Le tout dans un contexte d’incertitudes liées à l’inflation et à la situation internationale, auxquelles s’ajoutent des tensions politiques de moins en moins voilées.

Les politiques peinent à rassurer

Ce n’est pas vraiment une surprise. Lorsqu’ils sont interrogés sur leur degré de satisfaction des mesures prises aux différents échelons de pouvoir pour soutenir le pouvoir d’achat ou contenir la hausse des prix, les Belges expriment un sentiment plus que mitigé.

Avec ses « paquets de mesures », dont la réduction de la TVA, la prolongation du tarif social élargi, lavprime chauffage, le chèque mazout ou encore l’instauration du système de cliquet inversé sur les carburants, le gouvernement fédéral a été le plus exposé. Ce n’est pas pour autant que les répondants expriment une grande satisfaction à son égard. Seuls 2,1 % se disent très satisfaits des mesures prises, 11,4 % étant plutôt satisfaits. Par contre, 26,5 % sont plutôt insatisfaits et 28,2 % très insatisfaits.

Le gouvernement De Croo sera appelé à entendre ce mécontentement à l’heure d’instaurer de nouvelles mesures, au cours des prochaines semaines.

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Fait notable : les jeunes sont les plus indulgents, peut-être parce qu’ils ne sont pas tous entrés dans la vie active et sont, de ce fait, moins directement concernés par la hausse des prix. En effet, les 18‑24 ans sont 26 % à être plutôt ou très satisfaits et 33,8 % à être plutôt ou très insatisfaits de la gestion à l’échelon fédéral. C’est loin d’être un plébiscite, mais cela fait d’eux les plus contents et les moins critiques. A l’inverse, les 55‑64 ans sont les plus sévères : 9 % sont plutôt ou très satisfaits et 63,3 % sont plutôt ou très insatisfaits.

Un autre constat s’impose pour le fédéral, comme pour les autres niveaux de pouvoir d’ailleurs : une part conséquente de la population n’a pas d’avis tranché. Une proportion importante n’est ni satisfaite ni insatisfaite (25,4 %), les autres ne sachant tout simplement pas (6,4 %).

Pas de satisfecit non plus pour la gestion du problème à l’échelle de l’Union européenne : seuls 4 % des répondants sont très satisfaits et 11,4 % plutôt satisfaits. A l’inverse, 24,6 % sont plutôt insatisfaits et 22,1 % très insatisfaits.

La note pour le pouvoir régional est la plus sévère : 2,5 % sont très satisfaits, 9,6 % plutôt satisfaits, 27,3 % plutôt insatisfaits et 27,5 % très insatisfaits. Les Bruxellois sont plus indulgents (44,5 % d’insatisfaits) que les Flamands (53 %) et, surtout, que les Wallons (61,2 %).

Le pouvoir d’achat à la loupe

Ce sondage sur les Belges et le pouvoir d’achat a été réalisé entre le 19 et le 24 mai par Kantar pour Le Vif, Knack, Trends et Trends-Tendances auprès d’un échantillon représentatif composé de 2 003 personnes habitant en Belgique et âgées d’au moins 18 ans. Les résultats chiffrés ont été arrondis au dixième. L’intervalle de confiance est de maximum 2,2%.

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