Opinion

Thierry Fiorilli

Le MR, la ligne, la pluie et la boue

Thierry Fiorilli Journaliste

Jusqu’où aller sans se trahir ? A partir de quand, à partir de quoi, considère-t-on qu’on renonce à soi, à ses convictions, à ses valeurs ? A quel moment décide-t-on que, là, non, vraiment, on ne peut plus, et que, qu’importent les conséquences, on cesse de suivre la ligne qu’on suivait jusqu’ici ?

Et Comment vit-on ce dilemme, entre ce qui serait une loyauté à un groupe, à un programme, à une promesse et ce qui n’est plus acceptable pour sa propre conscience ? Encore autrement dit : qu’est-on plutôt prêt à perdre ? L’estime des autres ou la sienne ? Et, dans un cas comme dans l’autre, comment le vit-on ?

Ce sont, avec le plaidoyer enflammé en faveur d’un capitalisme sans borne et d’un individualisme effréné (jusqu’à l’égoïsme le plus profond), les questionnements majeurs qui traversent les deux romans les plus importants de l’oeuvre d’Ayn Rand, La Source vive, fin des années 1940, et La Grève, durant les années 1950. La philosophe américaine, née Russe, y aborde, très longuement, la notion ou le concept de réussite. En gros, elle en distingue deux types : la réussite due au mérite, au travail, au génie, au courage ; et celle poursuivie par les opportunistes, les profiteurs, les parasites, les lâches. Evidemment, Ayn Rand ne défend que la première, méprisant la seconde, qu’elle considère, hélas, comme étant la plus commune. Celle que nos sociétés érigent en modèle.

Plutôt larbin mais dans le camp dominant, ou libre et en paix mais en dehors ?

Et donc, l’auteure oppose sans relâche ceux qui ne font que suivre ce que la majorité dicte, ceux qui pavoisent à des sommets factices, qui acceptent tout, ne respectent rien ni personne, pas même eux-mêmes, ceux qui ne poursuivent que des objectifs de puissance (l’accès au gratin, l’enrichissement continu, les privilèges, les assistances, la satisfaction de leurs besoins) à ceux, toujours minoritaires, ou minorisés, qui créent de la grandeur, qui tentent d’élargir les horizons, qui s’écartent de ce qui est présenté comme la volonté et l’aspiration du plus grand nombre, qui croient ardemment en un idéal (l’accord avec soi-même, la récompense du talent, le refus de s’aligner sur ceux pour lesquels on n’a pas d’estime).

Les deux voies mènent à un choix. Et à un prix à payer. Larbin mais dans le camp dominant, ou libre et en paix mais en dehors ?

C’est, hors débat sur le capitalisme, le dilemme auquel nous sommes tous toujours davantage confrontés depuis l’irruption de nouveaux migrants dans nos contrées. Le MR n’y fait pas exception, n’en déplaise à Alain Destexhe. Micros éteints, plusieurs éminences du parti (plutôt non bruxelloises) l’admettent :  » le dossier soudanais  » leur fait redouter des dégâts pour leur image et bouscule l’équilibre entre la loyauté à un accord de gouvernement et le respect de convictions personnelles.

Le même dilemme, au fond, qu’au sein du PS et du CDH. Continue-t-on de suivre toutes les lignes du parti, alors qu’elles ont été allègrement brouillées par certains, ou refuse-t-on de tout cautionner ? Quitte donc à abandonner le navire, ou à le débarrasser des importuns, même s’il sombre totalement. Le pouvoir, coûte que coûte ? Envers et contre tout ? Ou, quand même, un tout petit peu de respect de soi-même ?

Sachant pourtant bien que, de nos jours, les moments de honte passent toujours plus vite, nous est ainsi revenu à l’esprit, en regardant les contorsions au MR et les danses du ventre à la N-VA, ce proverbe africain :  » Celui qui désire la pluie doit aussi accepter la boue.  »

C’est valable aussi pour tout le monde.

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