Certaines dépenses ont fait l'objet, plus que d'autres, de restrictions. C'est le cas de l'Horeca. © getty images

Crise du pouvoir d’achat: les Belges se privent surtout de restos et de vêtements (sondage exclusif)

Benjamin Hermann Journaliste au Vif

Face à l’inflation et à ses conséquences sur le pouvoir d’achat, les Belges s’adaptent. Mais les difficultés ne sont pas vécues par tous de la même façon. Le résultats du sondage réalisé par Le Vif et Knack en attestent.

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Selon que vous serez puissant ou misérable, la crise du pouvoir d’achat vous effleurera ou vous accablera. C’est grossir un peu le trait, certes. Mais les hausses de prix du moment ne sont pas vécues par tous de la même manière, un fait que confirme le sondage du Vif.

Ainsi, lorsqu’ils s’expriment sur l’évolution de leur pouvoir d’achat ou les perspectives d’avenir, les Belges répondent quasi systématiquement de façon différente selon que leur revenu mensuel net est plus ou moins élevé. En moyenne, les répondants sont 62,1% à considérer que leur pouvoir d’achat baissera au cours des cinq prochaines années. Soit 33,5% parmi ceux qui gagnent 6 000 euros mensuels ou plus, 65% dans les tranches allant de 1 500 à 4 499 euros et, plus surprenant peut-être, 53,9% seulement parmi ceux qui gagnent moins de 1 500 euros.

D’ autres résultats peuvent être épinglés: 3 Belges sur 10 (30,6%) craignent pour leur emploi, mais on en compte 6 sur 10 (59,4%) parmi les revenus les plus faibles et 1 sur 10 (10,9%) parmi les plus élevés. Dans un même ordre d’idées, 7 Belges sur 10 (70,2%) craignent que leur salaire ne suive pas l’inflation, mais ils ne sont que 47,8% dans la seule tranche des revenus les plus élevés.

Le contraste est flagrant également dans la limitation des dépenses. Qui s’est serré la ceinture depuis le début de la crise énergétique? Dans la tranche des revenus les plus faibles, 76,8% répondent par l’affirmative et 14,2% par la négative. Parmi les mieux lotis, gagnant 6 000 euros ou plus, 42,2 % ont limité leurs dépenses et 49,6% non.

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Il s’avère donc compliqué de formuler de grandes généralités sur l’évolution du pouvoir d’achat des ménages, dès lors que leur situation particulière pèse de manière déterminante sur l’intensité des difficultés traversées. «Une augmentation de l’épargne a été observée durant la période Covid. Dans le contexte actuel, les ménages qui le peuvent vont puiser dans ces réserves», note Bertrand Candelon, économiste à l’UCLouvain et membre du groupe d’experts mandaté par le gouvernement.

Un fossé qui se creuse

Mais comme le rélève la Banque nationale de Belgique dans son tableau de bord de l’impact économique de la guerre en Ukraine, «tous les ménages ne subissent pas l’inflation avec la même ampleur». Selon ses analyses sur le premier quadrimestre, les tranches de revenus les plus faibles ont pu être relativement ménagées à l’aide de diverses aides, dont le tarif social élargi sur la facture d’énergie. L’inquiétude est cependant de mise pour les ménages qui se situent juste au-dessus, cette classe moyenne inférieure ne pouvant prétendre au tarif social, mais subissant de plein fouet la hausse des prix.

Ce fossé qui se creuse entre les plus nantis et les faibles revenus, Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, le mesure également. «Pour résumer, on parle ici de la classe moyenne à petit revenu et de la classe sociale hors des revenus du travail: personnes au chômage, bénéficiaires du revenu d’intégration sociale, certains pensionnés.» Leur situation requiert, selon elle, d’ambitieuses mesures structurelles, au-delà des coups de pouce conjoncturels octroyés à la hâte. Parce qu’ils sont nombreux à éprouver de plus en plus de difficultés à subvenir à des besoins de base: logement, eau, énergie, mobilité, alimentation, enseignement, santé.

Cette réalité-là est aussi perceptible dans les résultats du sondage. Les Belges ont été contraints d’adapter leurs dépenses, mais une fois de plus de façon sensiblement différente selon le niveau de revenus.

En moyenne, certaines dépenses ont fait l’objet de restrictions plus que d’autres: Horeca, habillement, consommation énergétique, loisirs, etc. Par contre, les moins nantis ont effectué des sacrifices dans certaines catégories recouvrant des besoins que l’on peut qualifier d’essentiels. La tranche la plus basse (moins de 1 500 euros) a par exemple réduit ses dépenses plus que toutes les autres dans l’alimentation (51,4%), les soins de santé (32,1%), l’éducation et les activités d’apprentissage (12,2%).

Lorsque les ménages ont trop peu d’argent, l’alimentation devient une variable d’ajustement.

«Lorsque les ménages ont trop peu d’argent, l’alimentation devient une variable d’ajustement, commente Christine Mahy. On paie les factures et le loyer, puis on regarde ce qui reste pour manger.» On s’oriente parfois vers de la nourriture meilleur marché, souvent de moins bonne qualité, avec ce que cela implique en matière de santé. «L’énergie est une autre variable d’ajustement.. On ne chauffe qu’une seule pièce au lieu de trois, ce qui peut aussi avoir des conséquences négatives.»

Ainsi en est-il de cette crise du pouvoir d’achat: elle frappe en rafale, de façon inégalitaire. Les situations sont variables, mais s’il fallait schématiser, «les personnes qui gagnent grosso modo entre 1 200 et 2 000 euros ne sont pas celles qui ont un logement très bien isolé, une voiture de société ou une voiture électrique, des panneaux photovoltaïques, la possibilité de télétravailler, etc.». Autant de paramètres qui permettent à d’autres d’amortir quelque peu le choc.

© National
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