Le crédit, les Belges l'aiment. Trop ? Selon les chiffres publiés cette semaine par la Centrale des crédits aux particuliers, plus de 4,8 millions d'individus sont aussi des emprunteurs, soit une hausse de 2,6 % par rapport à 2007. Le nombre de contrats de crédits passés (plus de 7,9 millions) a également augmenté de 5,2 %. Revers de la médaille, le nombre de personnes confrontées à des problèmes de remboursement s'est aussi accru en 2008 : 344 072 endettés (plus 1,5 %) peinent à honorer leurs crédits, leurs prêts à tempérament mais, aussi, leurs factures d'énergie ou de téléphone. Ce face-à-face entre une personne surendettée et un médiateur de dettes en est l'illustration.
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Le crédit, les Belges l'aiment. Trop ? Selon les chiffres publiés cette semaine par la Centrale des crédits aux particuliers, plus de 4,8 millions d'individus sont aussi des emprunteurs, soit une hausse de 2,6 % par rapport à 2007. Le nombre de contrats de crédits passés (plus de 7,9 millions) a également augmenté de 5,2 %. Revers de la médaille, le nombre de personnes confrontées à des problèmes de remboursement s'est aussi accru en 2008 : 344 072 endettés (plus 1,5 %) peinent à honorer leurs crédits, leurs prêts à tempérament mais, aussi, leurs factures d'énergie ou de téléphone. Ce face-à-face entre une personne surendettée et un médiateur de dettes en est l'illustration. " Pourtant, je les ai pris avec moi ! " Serge (prénom d'emprunt) sort des papiers de sa mallette, en écarte, ouvre des enveloppes, regarde quatre fois la même missive. Dans ce petit bureau tristounet au mobilier minimaliste, petit à petit, il fait remonter à la surface des factures impayées. Trop de factures impayées. Un jour, face à l'ampleur des sommes dues, son distributeur d'électricité a alerté le médiateur de dette au Centre public d'action sociale (CPAS) de Bruxelles. Ce dernier a proposé son aide au mauvais payeur. Serge a d'abord fait la sourde oreille. Comme beaucoup de surendettés, il avait honte. Il s'imaginait qu'il finirait par tout arranger seul. Mais la situation s'est aggravée. Finalement, après plusieurs années à jongler, à se cacher, à accumuler les combines pour rembourser l'un en faisant patienter l'autre, Serge rencontre pour la deuxième fois Jan Willems, coordinateur médiateur de dettes et énergie au CPAS de Bruxelles. Bonne nouvelle : Serge a enfin payé ce de qu'il devait à ses " amis ", des potes rencontrés au café, qui l'ont " initié " au bingo. Ils lui avançaient de l'argent en attendant des gains censés lui permettre d'éponger toutes ses ardoises. Jusqu'au jour où d'éloquentes battes de base-ball ont été déposées devant sa porte. Comme si avoir les huissiers à ses trousses ne lui suffisait pas. Serge est électricien. L'homme gagnait bien sa vie mais, voici quelques années, il a été grugé par un associé. Leur société a fait faillite : il a réglé les dettes. Cette spirale négative l'a mené au chômage. Souvent, dans une situation de surendettement, il suffit de gratter un peu pour qu'émergent des histoires banales : chagrin d'amour, perte de revenuà et tout bascule. En Belgique, il existe plus de 500 centres de médiation de dettes. Celui du CPAS de Bruxelles assiste plus de 500 personnes qui, dans les deux tiers des cas, n'émargent pas au CPAS. Les nouvelles demandes, nombreuses et urgentes, sont mises sur liste d'attente. Souvent, les surendettés n'ont pas résisté aux pièges de la surconsommation. Une cliente vient de téléphoner : elle vit seule et gagne 1 000 euros. En plus de 550 euros de loyer, chaque mois, elle rembourse 80 euros de dettes. Récemment, elle a craqué et a ouvert une ligne de crédit dans un grand magasin. La manne de 2 500 euros, vite dépensée, doit être honorée. Avecà 18 % d'intérêt ! Pourtant, au centre, les médiateurs tentent d'apprendre progressivement aux surendettés à établir un budget et surtout à s'y tenir. " Les gens ignorent que toutes les dettes contractées n'ont pas la même valeur, parce qu'elles n'entraînent pas les mêmes risques, souligne Jan Willems. Malgré les menaces des huissiers, un crédit télé non réglé, c'est embêtant et important, mais moins que des factures d'énergie ou des loyers impayés, qui ont des répercussions dramatiques. De la même manière, 50 euros dus à un hôpital peuvent coûter jusqu'à 500 euros - sans remise - après une procédure judiciaire ! "Lorsque la dette est trop lourde, le médiateur conseille de recourir à un règlement collectif de dettes auprès du tribunal du travail. Ce dernier désigne un autre médiateur. La procédure, qui concerne 70 168 personnes (8,8 % de plus qu'en 2007), a un coût, généralement à charge du plaideur. Dans 85 % des dossiers traités dans ce centre, le montant des dettes dépasse 2 500 euros (plus de 25 000 euros pour 13,3 %). D'après les premiers calculs, les 6 000 euros dus par Serge pourraient être réglés grâce aux contacts que Jan Willems établira avec tous les créanciers, à qui il expliquera la situation. Le médiateur table sur un remboursement de 75 euros par mois, étalé sur six ans. Serge en proposait 100à ce qui lui laissait 75 euros par semaine pour vivre et nourrir son chat. Mais le médiateur lui con-seille plutôt d'ouvrir un petit compte épargne. L'amorce d'un profond changement de vieà Paradoxalement, en apparence du moins, le médiateur prévoyant lui suggère aussi de passer son permis de conduire. Ce sésame permettrait à l'électricien de trouver plus facilement du travail. Sur le pas de la porte, Serge livre une dernière confidence. Pour fuir ses problèmes, il commençait à boire. Déjà, depuis sa dernière visite au centre, il dort mieux. Pascale Gruber