Depuis début janvier, la ville de Crémone dans le nord de l'Italie vit aux rythmes des sons feutrés et des chuchotements. Plus aucune voiture ne circule dans le centre et les rues aux alentours sont bouclées pour cinq semaines. Car un bruit de moteurs ou le claquement d'un talon sur les pavés pourrait venir perturber l'improbable mission que s'est donné le Musée du violon de la ville. Cela fait en effet un mois que l'institution est vouée corps et âme à un ambitieux projet qui vise à préserver, pour l'éternité, le son unique, et jusqu'à présent inimitable, des Stradivarius.
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Depuis début janvier, la ville de Crémone dans le nord de l'Italie vit aux rythmes des sons feutrés et des chuchotements. Plus aucune voiture ne circule dans le centre et les rues aux alentours sont bouclées pour cinq semaines. Car un bruit de moteurs ou le claquement d'un talon sur les pavés pourrait venir perturber l'improbable mission que s'est donné le Musée du violon de la ville. Cela fait en effet un mois que l'institution est vouée corps et âme à un ambitieux projet qui vise à préserver, pour l'éternité, le son unique, et jusqu'à présent inimitable, des Stradivarius.Qu'un tel projet voit le jour dans cette ville ne doit rien au hasard puisque Crémone a abrité les ateliers de quelques-uns des meilleurs luthiers du monde. Parmi lesquels on retrouve la famille Amati, la famille Guarneri et surtout le plus célèbre d'entre eux : Antonio Stradivari. Celui qui, aux XVIIe et XVIIIe siècles va produire quelques-uns des meilleurs violons et violoncelles jamais fabriqués. Une banque de données"Chaque Stradivarius a sa propre personnalité" dit Fausto Cacciatori, le conservateur du Musée. "Mais ils vieillissent et seront bientôt trop fragiles que pour être joués." Avant que les instruments ne s'endorment pour de bon, l'institution souhaite préserver ce son unique. Avec l'aide de trois ingénieurs du son, ils vont créer "Stradivarius Sound Bank". Une banque de donnée qui permettra de faire rejouer l'instrument virtuellement et donc faire entendre son exceptionnelle musicalité aux générations futures. Mattia Bersani, l'un des ingénieurs, précise que les sons enregistrés ici permettront aux musiciens d'"enregistrer une sonate avec un instrument qui ne fonctionnera plus". Un travail de titan Thomas Koritke est l'ingénieur allemand qui dirige le projet et il lui aura fallu longtemps pour le voir se concrétiser. Plusieurs années auront été nécessaires pour convaincre le Musée de les laisser utiliser ces instruments vieux de plusieurs centaines d'années. Il a fallu ensuite recruter quatre musiciens de haut vol prêts à jouer pendant plus d'un mois, huit heures par jour et six jours sur sept, des centaines de milliers de notes, de variations, de gammes et d'arpèges. Restait encore l'acoustique de l'auditorium. Un aspect essentiel qui va se révéler beaucoup plus délicat que prévu.Les 32 micros d'enregistrement sont à ce point sensibles que la moindre interférence parasite la prise du son. C'est pour cette raison que le projet a été postposé une première fois en 2017. Lors des tests, on s'était rendu compte que les rues pavées aux abords de l'auditorium étaient un "cauchemar auditif" d'après Leonard Tedeschi un ancien DJ qui a eu l'idée du projet. "Chaque voiture qui passe ou claquement de talon provoquent une vibration qui perturbe les microphones et rend l'enregistrement sans valeur", explique-t-il encoreConvaincu de l'utilité publique du projet, le maire de la ville, qui se trouve aussi être le président de la fondation Stradivarius, va dès lors sortir les grands moyens. Il va tout simplement boucler les rues adjacentes et demander à la population de faire le moins de bruit possible. On va aussi changer les ampoules de l'auditoire, car elle produisait un léger grésillement, mais aussi mettre la ventilation en veille et les ascenseurs à l'arrêt. Et c'est, dans ce silence presque complet, que les enregistrements ont repris.