Grèce, Turquie, Sicile, Algérie, Californie, et même Sibérie : le monde est touché par une multiplication impressionnante des incendies de forêt cet été.
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Grèce, Turquie, Sicile, Algérie, Californie, et même Sibérie : le monde est touché par une multiplication impressionnante des incendies de forêt cet été. La Belgique a connu des inondations sans précédent, l'Europe méditerranéenne brûle de part et d'autre. La répétition de ces événements climatiques extrêmes inquiète. Et le dernier rapport du GIEC alerte une nouvelle fois.Peut-on pour autant établir un lien de cause à effet entre l'explosion des incendies cet été et le réchauffement climatique ? Pour le climatologue Hugues Goosse (UCLouvain), la réponse à la question doit être nuancée. "Ce que l'on sait, c'est que le climat a déjà favorisé les incendies de forêt. Mais ce n'est pas parce que le climat les favorise, qu'ils ont lieu pour cette unique raison. Car cela dépend de beaucoup d'éléments. A l'instar des inondations. On peut dire que le changement climatique favorise les inondations dans certaines circonstances, mais ce n'est pas l'unique raison. Cela dépend aussi de la gestion des cours d'eau, etc."Il est encore compliqué de quantifier et déterminer le rôle exact de l'activité humaine dans les feux de forêt. "A partir de quand les incendies sont dus ou non à l'activité humaine ? On a encore besoin d'un peu de recul pour émettre un avis clair sur ce genre d'événements. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut anticiper comme une prévision météo. On n'est pas encore capable de quantifier, aujourd'hui, l'impact précis du changement climatique sur ces événements extrêmes, en direct. Il faut du recul. Dans cinq ans, on sera peut-être en mesure de le faire après quelques jours", explique le climatologue.En regard des incendies qui frappent actuellement le sud de l'Europe, doit-on se faire du souci pour nos forêts belges? "Dans le pire des scénarios, ça pourrait arriver. Mais dans longtemps. Il y a plusieurs modèles climatiques évoqués, et ils ne donnent pas toujours la même chose", nuance Mathieu Jonard, spécialiste de l'impact du changement climatique sur les forêts, et professeur à l'UCLouvain. Dans le pire des cas, on pourrait se diriger vers des conditions plus sèches, qui peuvent donner lieu à des événements extrêmes. "Mais avant d'avoir en Belgique avec un climat méditerranéen, il peut s'écouler encore beaucoup de temps. Donc, des incendies de l'ampleur de ceux qu'on observe au Sud de l'Europe actuellement, ça reste très peu probable chez nous", rassure l'expert des écosystèmes forestiers. "En jouant au jeu des prédictions, on risque de se tromper."L'incertitude est donc trop grande pour faire des projections dans un sens ou dans l'autre. "Trop peu d'éléments nous permettent de dire qu'on risque de subir des incendies extrêmes dans un futur proche."Autre élément d'importance : on ne retrouve pas la même végétation dans les régions méditerranéennes qu'en Belgique. "En méditerranée, on retrouve, dans la végétation, des espèces plus adaptées au climat chaud et sec, plus résistantes au stress hydrique. Il n'y a pas d'épicéa et du hêtre, par exemple. On retrouvera plutôt du chêne vert, certaines sortes de pins, etc. Comme le climat est plus propice au stress hydrique, on a des espèces plus résistantes et des forêts un peu moins hautes", détaille l'expert forestier.Si le risque d'incendies extrêmes est donc peu probable au court terme en Belgique, ce n'est pas pour autant que la recherche scientifique ne doit pas s'intéresser au risque, selon Mathieu Jonard. "Au niveau de la recherche scientifique, il y a beaucoup faire sur le sujet. Ce serait intéressant de faire l'une ou l'autre étude chez nous, pour mieux cerner les risques. Par exemple, en s'aidant aussi des connaissances qu'ont les instituts de recherche sur la forêt méditerranéenne. Ils ont des modèles qui permettent de prédire les risques de feux, avec des projections climatiques. En utilisant plusieurs modèles climatiques différents, on pourrait mieux cerner les probabilités dans le futur chez nous. Et voir quels seraient les scénarios les plus catastrophiques."Sommes-nous dès lors en mesure de jouer la carte de l'anticipation, voire d'agencer nos forêts pour réduire les risques ? "Il y a des endroits plus à risques où on utilise déjà des coupe-feux, c'est-à-dire des zones non-boisées, des bandes sans forêt.Pour réduire les risques, on peut également penser à la diversification des espèces. "Il faut éviter des forêts où l'on retrouve uniquement la même espèce, du même âge. Car ce sont les grandes tentations. Face au risque en général, on essaie de diversifier, avec des mélanges d'espèces et des forêts d'âges multiples. De sorte à ne pas se retrouver avec une seule espèce particulièrement inflammable, sur une grande surface", note le spécialiste de la gestion forestière. Dans les zones habituées au feu, on retrouve des espèces plus résistantes. Sont-elles présentes en Belgique? La réponse est non, mais mérite d'être détaillée. "Si on arrive à une situation future avec des risques d'incendies, nos espèces ne seraient pas adaptées, non. Mais le jour où on aura des risques d'incendies importants, cela veut dire qu'on sera dans un climat beaucoup plus sec. Donc avant le problème d'incendie, on aura un problèmes d'adaptation de nos espèces actuelles au climat."Avec un piège à éviter. "Il ne faut pas vouloir changer totalement la composition de la forêt, sous prétexte de vouloir des espèces plus résistantes aux incendies, car elles ne sont pas adaptées au climat belge pour le moment. On a un écosystème qui ne subit pas le feu, donc il n'a pas évolué en ce sens. Dans les forêts qui rencontrent le feu, il y a une réponse de l'écosystème qui est adaptée. Si on change notre écosystème pour l'adapter au feu, on risquerait de le perturber", prévient-il.En substance, la première inquiétude est donc de savoir si le changement climatique va avoir un impact sur les espèces en place en Belgique, et si nos espèces vont pouvoir y résister. Et puis, arrivera le problème de feu dans un deuxième temps. "Engager des petites recherches pour mieux cerner les risques serait utile. Et puis, rien n'empêche de réaliser des actions déjà maintenant, comme accélérer la diversification des espèces et la mise en place de coupe-feux. On peut anticiper et commencer à y réfléchir, en gardant à l'esprit ça n'arrivera pas de suite ", conclut Mathieu Jonard.