Le débat revient à intervalles réguliers : la place des statues de Léopold II dans l'espace public fait encore parler d'elle en raison de l'histoire coloniale belge et de l'État congolais, propriété privée du deuxième roi des Belges. Le sujet revient aujourd'hui à l'avant-plan après le décès de George Floyd aux États-Unis et de la vague de manifestations du mouvement "Black Lives Matter" qui lutte contre le racisme envers la communauté noire.
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Le débat revient à intervalles réguliers : la place des statues de Léopold II dans l'espace public fait encore parler d'elle en raison de l'histoire coloniale belge et de l'État congolais, propriété privée du deuxième roi des Belges. Le sujet revient aujourd'hui à l'avant-plan après le décès de George Floyd aux États-Unis et de la vague de manifestations du mouvement "Black Lives Matter" qui lutte contre le racisme envers la communauté noire.Depuis la manifestation à Bruxelles du mouvement Black Lives Matter, plusieurs statues de Léopold II ont été pillées tandis que des communes ou universités se positionnent sur leur déboulonnage. Les décisions se prennent tous azimuts. Si l'Université de Mons a décidé de retirer la statue de son campus pour la mettre au sein de sa réserve, la commune de Namur ne souhaite pas la démonter. Maxime Prévot, bourgmestre de Namur (cdH) assume son maintien sur la place Wiertz à Salzinnes: "Il n'y a aucune demande au niveau local pour démonter cette statue". D'ailleurs, la capitale wallonne n'a pas attendu des mobilisations mondiales contre le racisme pour se positionner sur l'histoire coloniale belge comme l'affirme l'échevin namurois Philippe Noël, " Il y a déjà un certain nombre de choses qui ont été faites, notamment des visites guidées pour expliquer les noms des rues à Namur qui font référence au Congo belge".C'est à Bruxelles que l'on compte le plus grand nombre d'actes de vandalisme des statues de Léopold II, comme à Trône ou encore à Auderghem où le buste royal a été déboulonné et mis à terre par des activistes. Dans un communiqué, les activistes argumentent : "Il y a trop de symboles du colonialisme à Bruxelles. Cela fait des années que l'on milite et qu'on essaie de se faire entendre par rapport à cela. On a l'impression de prêcher dans le désert, de dire des choses et qu'on ne nous écoute pas". Ils poursuivent : "Les récents événements aux États-Unis nous rappellent que le racisme est un fléau important et global. Le racisme est un héritage colonial qui colle à nos êtres, à nos interactions et à nos manières de faire dans la société. Sa violence s'incarne jusqu'aux noms de nos rues, jusqu'au choix des statues qui ornent nos places". Les politiques ont réagi en nombre concernant les actes de vandalisme en commençant par l'omniprésent président libéral Georges-Louis Bouchez qui les dénonce et plaide pour l'instauration de plaques commémoratives à côté des monuments contestés. Le Député et Conseiller communal Ecolo de Ganshoren, Kalvin Soiresse Njall, s'est également exprimé en (ré-)affirmant que la position d'Ecolo sur la décolonisation de l'espace public. Il affirme également dans un autre tweet qu'un "large débat doit avoir lieu avec participation citoyenne". Pascal Smet (sp.a), Secrétaire d'Etat bruxellois chargé notamment de l'Urbanisme a appelé à un débat avec les scientifiques et les membres de la diaspora. Le bourgmestre de Malmédy, Jean-Paul Bastin (cdH), a également condamné les dégradations des statues et milite pour une "histoire à expliquer et contextualiser", qui doit être abordée à l'école.Du côté de DéFI, son président François de Smet, qui a dirigé Myria (Centre fédéral migration), vient de lancer une compagne avec un slogan limpide : "C'est la discrimination qu'il faut déboulonner." Didier Gosuin, bourgmestre d'Auderbghem n'a pas (encore) réagi au déboulonnage de la statue de Léopold II sur le territoire de sa commune. Les président du sp.a et du CD&V estiment que l'Etat belge doit présenter ses excuses au Congo.Par ailleurs, si la décolonisation de l'espace public n'a pas encore été abordée abondamment à la Chambre, la question du racisme en réponse au décès de Georges Floyd et du plan belge de lutte contre le racisme (en sommeil depuis 2001) a été mise sur la table. Le journal Le Soir s'est intéressé à la façon dont le Palais royal s'est emparé du débat autour de cette question qui couvre l'actualité depuis maintenant plusieurs jours. Il parle de "malaise" en citant un témoin affirmant : "Si on regrette que toute la lumière n'ait pas encore été faite sur cette période de l'histoire, du point de vue des sentiments familiaux, personne dans la famille royale n'aime voir cette campagne contre Léopold II." Francis Sobry, directeur Médias du Roi confie au quotidien qu'"une réflexion est en cours sur l'ensemble de ces sujets. Il s'agirait d'un sujet "qui revient toujours", informe un témoin proche du Palais.Par ailleurs, l'histoire de la colonisation belge au Congo et la responsabilité de Léopold II n'a pas encore obtenu de consensus historique. Interrogé par Le Soir, Vincent Dujardin, historien à l'UCL Louvain, rappelle tout de même que si tout n'a pas encore été dit sur cette période ("Toutes les archives de Léopold II au Palais ne sont pas dépouillées, ni celles de Tervuren"), "les positions se sont rapprochées entre historiens", qui se rejoignent pour dire que "Léopold II était un capitaliste à tous crins, qui a donné des ordres de rentabilité, mais jamais d'instructions de tuer des populations locales ou de couper des mains. Au contraire, il avait besoin de main-d'oeuvre. Mais ces appels à la rentabilité ont favorisé des exactions et un manque de respect des populations locales, qui ont conduit à des dérapages dont il a parfois été averti. Il a réagi en demandant que cela cesse... mais en disant aussi que la rentabilité ne devait pas diminuer pour autant." Le professeur Dujardin ajoute : "L'analyse fine de la responsabilité de Léopold II n'est pas complètement achevée". Toujours dans le quotidien, une source proche du Palais royal affirme que "le manque de consensus historique et la division des politiques sur le sujet expliquent l'absence de position du Palais. Car le but du Roi n'est pas d'encourager la division."La sortie maladroite du prince Laurent ce matin dans les colonnes de Sudpresse ne risque pas d'atténuer le malaise au sein de la famille royale. En effet, le frère cadet du roi Philippe a affirmé : "Léopold II n'est jamais allé au Congo lui-même. Donc, je ne vois pas comment il a pu faire souffrir des gens sur place" même si le deuxième fils d'Albert II concède avoir toujours présenté ses excuses lorsqu'il a été amené à rencontrer un chef d'État africain. "(...) j'ai toujours dit que je m'excusais pour les actions que les Européens ont fait par rapport aux Africains en général".Serge Jaumin, professeur d'histoire contemporaine à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) se réjouit d'un débat sur la présence de statues de Léopold II et a proposé plusieurs options : Selon l'historien, "ce qu'il faut, c'est trouver 'un juste milieu' tout en reconnaissant qu'il faut pouvoir entendre ceux que cela choque". Il a indiqué de ne pas être friand de la quatrième option. Du côté de l'enseignement francophone, Cécile Junga (ex-RTBF) a interpellé Caroline Désir (PS), ministre de l'Éducation afin de lui demander d'intégrer l'histoire de la colonisation du Congo dans les programmes scolaires. La ministre de l'Éducation lui a répondu positivement et elles y comptent travailler ensemble.