Le Venezuela, la nouvelle Syrie ?

18/05/17 à 07:50 - Mise à jour à 08:02

Source: Afp

Les Etats-Unis ont mis en garde mercredi les Nations unies contre le risque que la crise politique au Venezuela ne dégénère en un conflit d'envergure similaire à la situation en Syrie ou au Soudan du Sud.

Le Venezuela, la nouvelle Syrie ?

© Reuters

Le Venezuela est secoué depuis le 1er avril par une vague de manifestations et de violences dont le bilan s'alourdit chaque jour, avec l'annonce mercredi d'un nouveau décès de manifestant, un adolescent de 15 ans. Le total est désormais de 43 morts, autant que lors de la précédente grande série de protestations anti-Maduro, survenues entre février et mai 2014.

La colère populaire est alimentée par la profonde crise économique et sociale dans le pays pétrolier, ruiné par la chute des cours du brut et frappé par une forte pénurie d'aliments et médicaments, l'inflation la plus élevée au monde et une criminalité devenue incontrôlable.

Déterminée à obtenir le départ du président via des élections générales anticipées, l'opposition, majoritaire au Parlement depuis fin 2015, ne faiblit pas et mobilise chaque jour des milliers de personnes.

Mercredi, ce sont les médecins, infirmières et autres professionnels de santé qui manifestaient en blouse blanche à Caracas, où devaient aussi défiler parallèlement des chavistes (du nom du défunt ex-président Hugo Chavez, 1999-2013), derrière le chef de l'Etat.

Mot d'ordre des professionnels de santé: "Nous ne voulons pas d'armes, nous voulons des médicaments!"

Ils dénonçaient la crise sanitaire alors que les mortalités infantile et maternelle ont explosé en 2016, de 30% et 65% respectivement, tandis que les cas de paludisme ont bondi de 76,4%. La publication de ces chiffres alarmants la semaine dernière a entraîné le limogeage immédiat de la ministre de la Santé, Antonieta Caporale.

Mise en garde des USA

"Ca ne s'améliore pas, ça empire, et nous essayons de dire qu'il est nécessaire que la communauté internationale dise +respectez les droits de l'homme de votre population+ ou cela va partir dans une direction vers laquelle nous avons vu tant d'autres partir", a relevé Nikki Haley, ambassadrice onusienne des Etats-Unis, à des journalistes à l'issue de discussions au Conseil de Sécurité. Washington avait réclamé ces consultations à huis clos malgré des objections d'autres membres du Conseil qui estimaient que la crise à Caracas ne représentait pas une menace pour la sécurité internationale.

Pour Mme Haley, la mobilisation des Etats-Unis a vocation à éviter un conflit et à s'assurer que l'instance la plus importante de l'ONU s'intéresse à cette crise.

"Nous avons déjà emprunté cette route --avec la Syrie, avec la Corée du Nord, avec le Soudan du Sud, avec le Burundi, avec la Birmanie", a-t-elle affirmé. "Pourquoi ne pas agir en amont? Pourquoi ne pas essayer de régler le problème avant qu'il ne commence?".

Caracas, critiquant l'action américaine aux Nations unies, a accusé Washington de se mêler de ses affaires intérieures.

"Le Venezuela résoudra ses propres problèmes internes. Nous le ferons nous-mêmes", a lancé l'ambassadeur Rafael Ramirez après la réunion. "Nous n'accepterons pas d'ingérence". Mme Haley avait estimé plus tôt que le Venezuela se trouvait "au bord d'une crise humanitaire", exhortant la communauté internationale à agir de concert "pour assurer que Maduro mette fin à cette violence et à cette oppression, et restaure la démocratie". De son côté, l'ambassadeur d'Uruguay Elbio Rosselli --qui préside le Conseil en mai-- a estimé que l'organisation des Etats américains (OEA) et d'autres institutions régionales étaient les mieux placées pour gérer la crise.

Mais le gouvernement de Caracas a décidé de retirer le pays de l'OEA, qui doit se réunir au niveau ministériel le 31 mai sur ce dossier.

2600 militaires

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a commencé à envoyer 2.600 militaires dans l'Etat de Tachira (ouest), après des pillages et des attaques, alors qu'il est confronté depuis début avril à une vague manifestations ayant fait un 43e mort. "J'ai ordonné le transfert de 2.000 soldats et 600 agents des opérations spéciales", a déclaré mercredi le ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez à la télévision d'Etat VTV, précisant agir à la demande du président socialiste. Les militaires ont commencé à arriver à Tachira dans la nuit de mercredi à jeudi.

La veille, le chef de l'Etat avait une nouvelle fois prolongé l'état d'urgence économique, en vigueur depuis janvier 2016, qui lui permet de restreindre les "garanties" constitutionnelles et de prendre des mesures spéciales d'"ordre social, économique, politique et juridique".

Dans la nuit de mardi et mercredi, des dizaines de commerces ont été saccagés et deux commissariats incendiés à Tachira. M. Maduro a accusé mercredi des "paramilitaires" d'avoir voulu attaquer une unité militaire dans la ville de La Grita (ouest). Des troubles agitent aussi d'autres régions du pays sud-américain, avec dans l'est de Caracas, à San Antonio Los Altos, des barricades montées par des manifestants encagoulés.

"Nous ne pouvons pas parler de manifestations. Il s'agit d'actions subversives (...) qui virent déjà à l'insurrection armée", a accusé le général Padrino Lopez. "L'idée est de transformer le Venezuela en une Syrie et (l'Etat de) Tachira en un Alep", a-t-il ajouté, mais "nous n'allons pas permettre que la patrie verse dans la chaos".

- 'Campagne de persécution' -

A la lueur de bougies, lampes de poche et smartphones, des milliers d'opposants se sont réunis dans la soirée à Caracas, en mémoire des 43 victimes des précédents rassemblements, qui ont fait aussi des centaines de blessés. Selon l'ONG Foro Penal, 159 manifestants arrêtés ont été incarcérés sur décision de tribunaux militaires, procédé pourtant interdit par la Constitution.

Nicolas Maduro accuse les Etats-Unis de soutenir l'opposition pour mener un coup d'Etat au Venezuela, dénonçant une "campagne de persécution". "Nous sommes les nouveaux juifs du XXIe siècle", a lancé le chef de l'Etat, dont sept concitoyens sur 10 souhaitent le départ avant la fin de son mandat en décembre 2018.

La Confédération des associations israélites vénézuéliennes (CAIV) a rejeté cette comparaison.

L'opposition appelle encore à manifester jeudi, en direction du ministère de l'Intérieur à Caracas, puis à des défilés dans tout le pays samedi.

La dégradation de la situation au Venezuela continue d'inquiéter la communauté internationale.

Mercredi, le Conseil de sécurité de l'ONU a abordé le sujet pour la première fois, à la demande de Washington. Durant la réunion, les Etats-Unis ont mis en garde les Nations unies contre le risque que cette crise ne dégénère en un conflit d'envergure, similaire à la situation en Syrie ou au Soudan du Sud.

De son côté, la région reste partagée: tandis que le Brésil a annoncé mercredi le retour de son ambassadeur à Caracas après neuf mois d'absence, comme "signe de bonne volonté" en faveur du dialogue, la Colombie a, elle, écarté "pour le moment" le retour du sien, rappelé pour consultations fin mars.

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