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Pénurie de médicaments: faut-il s’inquiéter ?

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste au Vif

A l’heure où la saison hivernale bat son plein et où de nombreuses personnes souffrent de maladies respiratoires, une grande partie du monde affronte une pénurie de médicaments. En Belgique, 337 médicaments sont actuellement indisponibles.

Vendredi dernier, Michael Storme, secrétaire-général de l’Association pharmaceutique belge, publiait sur Twitter la photo d’une pharmacienne tenant à la main la liste de médicaments non disponibles. La bande de papier est si longue qu’elle traîne par terre.

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Le site PharmaStatut, une plateforme mise en place par l’Agence des médicaments et des produits de santé (AFMPS), fournit les informations sur les médicaments commercialisés en Belgique et permet de vérifier si un médicament est disponible. Aujourd’hui, 337 médicaments sont indisponibles, soit 3,5% du total, rapporte l’AFMPS.

Médicaments pour enfants

Nicolas Echemont, porte-parole de l’Association pharmaceutique belge, explique que la pénurie concerne beaucoup de produits de saison. Cet hiver, les médecins généralistes sont en effet débordés de  patients souffrant de grippe, de bronchiolite ou encore de Covid. « La pénurie touche particulièrement les médicaments pour enfants, tels que les sirops, les antidouleurs ou les bronchodilatateurs », déclare-t-il.

Ainsi, les suppositoires Perdolan, commercialisés par l’entreprise américaine Johnson & Johnson Consumer et utilisés pour soulager la douleur et la fièvre, sont en rupture de stock jusqu’au 20 janvier. Le sirop pour enfants de la marque est également temporairement indisponible jusqu’au 28 février. Perdolan explique cette pénurie par une « demande accrue ».

Les réserves d’Amoxicilline, un antibiotique utilisé en particulier chez les enfants, sont également sous pression, même si en Belgique, la pénurie ne touche pas tous les conditionnements. Largement prescrit contre les angines, les otites, les pneumopathies chez les enfants, il subit de fortes tensions d’approvisionnement dans le monde.

La pénurie touche également une série de médicaments pour adultes, tels qu’Actilyse, un médicament utilisé dans le traitement d’un certain nombre d’affections provoquées par les caillots de sang qui se forment dans les vaisseaux sanguins ou Oncotice, destiné à traiter les cancers de la vessie.

L’Ozempic, un semaglutide destiné au traitement du diabète de type 2, est également en « disponibilité limitée » jusqu’au 31 mars 2023. Il est en effet apparu que le médicament est devenu populaire comme aide à l’amincissement et est souvent prescrit hors indication à cette fin.

Alternatives

Pour l’instant, il existe des alternatives pour la plupart des médicaments indisponibles et les pharmaciens trouvent une solution pour répondre aux demandes de leurs patients, déclare Nicolas Echemont. Pour l’Association pharmaceutique belge, les pharmaciens sont autant victimes de la situation que les patients. Ces derniers se voient en effet parfois obligés de convaincre leurs patients de prendre une alternative au remède prescrit par leur médecin. Soit le pharmacien propose le médicament sous un conditionnement différent, soit une préparation magistrale, soit un médicament de la même catégorie, mais d’une autre marque, explique l’AFMPS.

Les raisons aux pénuries sont multiples. La plupart des pays connaissent un rebond des infections hivernales, après deux ans où les gestes barrière et les confinements ont limité les maladies autres que le Covid.

Parallèlement, les usines, qui avaient baissé la production faute de demande, doivent se remettre en ordre de marche, ce qui nécessite un délai. En outre, les producteurs des principes actifs nécessaires à la fabrication sont confrontés à des contraintes en matière de capacités de production et de rareté des matières premières.

A cela s’ajoute qu’un certain nombre de « vieux » médicaments essentiels ne sont plus protégés par un brevet. Tout le monde peut donc les fabriquer et les commercialiser, ce qui entraîne une baisse de prix. Ces derniers sont donc parfois « abandonnés » à des pays asiatiques tels que l’Inde et la Chine au profit de plus de produits plus rentables. Ces pays ne sont toutefois pas épargnés par la crise.

« Nous n’échappons pas non plus à l’inflation et à l’augmentation du prix de l’énergie. Notre monnaie a perdu beaucoup de valeur par rapport au dollar et à l’euro, ce qui nuit à l’industrie. L’industrie pharmaceutique indienne est également confrontée depuis longtemps à une pénurie de main-d’œuvre : nos diplômés préfèrent d’autres secteurs », explique Sunil Prasad (Europe India Chamber of Commerce) au quotidien De Standaard.

Une flambée de Covid en Chine

L’Inde fabrique des médicaments, mais importe 80 à 100 % de ses matières premières utilisées de Chine. « Les substances actives importées contre la fièvre, la douleur, le diabète et les antibiotiques ont augmenté de 50 à 140 % « , explique Sunil Prasad.

La Chine est confrontée à une flambée de cas de Covid. La situation est particulièrement critique dans les campagnes, où l’on manque de manière chronique de médecins, d’équipements et de formation. De nombreuses pharmacies font face à une pénurie de médicaments contre le rhume et la fièvre. Le mois dernier, au moins une douzaine d’entreprises pharmaceutiques en Chine ont reçu l’ordre de « garantir l’approvisionnement » en médicaments clés — un euphémisme pour réquisitionnement.

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