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Les merveilleuses vertus thérapeutiques du champagne

Trinquer au champagne le soir du 31 décembre, c’est faire d’une bulle deux coups. En plus d’être festif, en effet, ce vin dont Madame de Pompadour affirmait qu’il était « le seul à laisser une femme belle après boire » est considéré comme thérapeutique. Une réputation partiellement confirmée en laboratoire.

Sans doute les chercheurs sautent-ils parfois un peu trop vite aux conclusions. Ainsi, une étude britannique de 2013, qui a récemment resurgi sur les réseaux sociaux et dans la presse, laissait entendre que le champagne pouvait, à raison de trois verres par semaine, prévenir la maladie d’Alzheimer. L’ennui, c’est que ce champagne, l’équipe de l’Université de Reading l’avait administré… à des rats, avant de les lâcher dans un labyrinthe dont ils avaient triomphé, en moyenne, 5,29 fois sur 8, contre 3,5 fois pour les rats qui carburaient aux soft drinks, et 4 fois pour ceux qui avaient ingurgité une autre boisson alcoolisée. Même si cette différence peut paraître significative, rien ne prouve qu’elle se retrouverait chez l’être humain, ni qu’il serait justifié d’en déduire que le champagne fait échec aux troubles cognitifs. Mais le contraire n’est pas prouvé non plus, et le Dr David Vauzour, responsable de cette étude, n’est pas disposé à en rester là :  » Dans un proche avenir, a-t-il affirmé, nous testerons ces découvertes sur des êtres humains, comme cela a déjà été fait avec d’autres aliments riches en polyphénols, comme les myrtilles et le cacao, et nous nous attendons à ce qu’une consommation modérée de champagne ait des résultats similaires sur la cognition humaine. »

Action anti-âge

L’idée que le champagne interfère avec le vieillissement, tant mental que physique, ne date d’ailleurs pas d’hier. Ainsi le duc de Saint-Simon, célèbre pour avoir raconté par le menu la vie à la cour de Louis XIV, a-t-il noté dans ses Mémoires que le médecin Duchesne, qui soignait les fils du Roi Soleil, conserva jusqu’à sa mort (à 91 ans : un record pour l’époque !) « une santé parfaite et sa tête entière, soupant tous les soirs avec une salade et ne buvant que du vin de Champagne. Il conseillait ce régime ». Et la fameuse actrice Sarah Bernhardt, qui mourut sur le tournage d’un film à près de 80 ans, affirmait que le secret de son indomptable énergie était « la volonté, soutenue par un excellent champagne « .

Comme David Vauzour, le Dr Tran Ky, ancien professeur à l’Université de Reims – qui a découvert le « nectar aux bulles d’or » pendant ses études d’urologie et a fini par lui consacrer, il y a 25 ans, un livre qui a fait le tour du monde* – est convaincu que le champagne a une action anti-âge, due à sa richesse en polyphénols antioxydants. « Le champagne, explique-t-il, contient 440 variétés de polyphénols, dont le fameux resvératrol. Certains vins rouges en totalisent davantage, mais, dans le champagne, leur effet est suractivé par la double fermentation qui caractérise la fabrication de ce vin. »

Champagne ou tisane ?

Déjà reconnu pour ses vertus thérapeutiques au Moyen Âge, alors qu’il était encore « tranquille », le champagne devient le vin des malades, en même temps que celui des rois, vers la fin du XVIIe siècle, lorsqu’il se met à mousser. Les médecins reconnaissent à ce vin chargé d’acide carbonique un effet bénéfique sur la digestion. Ils en prescrivent même « dans les vomissements symptomatiques des femmes enceintes », ce qui ferait bondir leurs confrères du XXIe siècle, qui proscrivent l’alcool pendant la grossesse, pour éviter le syndrome d’alcoolisation foetale. Considéré comme un reconstituant naturel, le champagne est conseillé aux convalescents et aux anémiques, d’autant qu’il « ramène le calme et la gaieté chez les malades tristes et hypocondres ». Souverain contre les rhumatismes, il est également très apprécié pour ses qualités anti-infectieuses, au point qu’il est « en première ligne pour combattre le choléra », en 1909, lors d’une épidémie survenue en Chine, et que, selon le Larousse Médical de 1920, « d’après des travaux récents, le vin de champagne détruit le bacille de la fièvre typhoïde en dix minutes » !

L’association champagne-santé se développe au point que certaines bouteilles sont étiquetées « Clos de Jouvence », « Champagne hygiénique » ou « Tisane des convalescents », et qu’on se met à produire des champagnes comportant un médicament introduit avant le bouchage définitif – « Champagne quinine », « Champagne pepsine », « Champagne eupeptique » – et vendus en pharmacie. Certaines maisons de champagne se disent même « fournisseurs des hôpitaux civils et militaires ».

Zut, c’est de l’alcool !

Il va de soi que cet enthousiasme essentiellement empirique n’est plus de mise aujourd’hui. D’autant que, comme le Dr Tran Ky le reconnaît lui-même, « le problème primordial du champagne, tout comme celui des autres vins, réside dans la présence de l’alcool « . Depuis qu’en février 2009, l’INCA (Institut français du Cancer), relayant un rapport du Fonds mondial de recherche contre le cancer, a présenté la consommation d’alcool – vin compris ! – comme augmentant le risque de plusieurs cancers, de 9 % (pour les cancers du côlon et du rectum) ou 10 % (pour le sein) à 168 % (pour les cancers de la bouche, du pharynx et du larynx), les fabricants de boissons alcoolisées n’osent plus accoler des allégations de santé à leurs produits.

La même année, pourtant, Jeremy Spencer, chef du département des Sciences de la nutrition de l’Université de Reading (encore elle !), relançait la polémique entre cardiologues et cancérologues avec une étude publiée dans le British Journal of Nutrition, où il affirmait qu’un ou deux verres de champagne par jour diminuent le risque d’accident vasculaire cérébral et de problèmes cardiaques.

L’effet bulles

Alors, en boire ou ne pas en boire ? Pour le Dr Tran Ky, il serait dommage de se priver d’un vin qui contient quelque 4000 composants – sels minéraux, oligoéléments, vitamines, sucres complexes… – et qui stimule l’appétit, facilite la digestion, lutte contre la constipation (un problème dont le grand écrivain irlandais Samuel Beckett souffrait au point d’écrire « Un jour, en revenant des WC, je trouvai la porte de ma chambre fermée à clé et mes affaires empilées devant la porte. C’est vous dire combien j’étais constipé, à cette époque… » et dont il se débarrassa par une cure… de champagne !), combat la déprime, soulage certains maux de tête, favorise le sommeil par son apport en magnésium, fer, calcium, zinc et cuivre et, par son action rapide sur l’hypothalamus, influe même sur la biologie du désir. Mais il recommande de ne pas dépasser une coupe de champagne par jour, assurant même que  » l’excès lui ferait perdre toutes ses propriétés bénéfiques ».

Les fêtes excusent évidemment quelques écarts, mais méfiez-vous quand même : une autre étude britannique a prouvé, il y a déjà une quinzaine d’années, que l’alcoolémie des consommateurs de champagne monte plus vite et reste plus longtemps élevée que celle des buveurs d’alcool  » plat ». Un « effet bulles » à ne pas négliger si vous voulez terminer 2015 en beauté !

* Drs Tran Ky et François Drouard, Les vertus thérapeutiques du champagne, Éditions Artulen, 1990. Le Docteur Tran Ky évoque l’action du champagne sur la maladie d’Alzheimer dans Le crépuscule de la mémoire, Éditions You Feng, 2011.

Combien ça pèse ?

La valeur calorique d’un champagne brut est de 755 kcal/l, soit 566 kcal pour une bouteille de 75 cl, ou 81 kcal par flûte (soit 7 flûtes par bouteille). Le champagne demi-sec, qui contient plus de sucre, « pèse » 875 kcal/l ou 656 kcal la bouteille.

(Valeurs extraites du livre de Bruno Duteurtre, Le champagne, de la tradition à la science, Éditions TEC & DOC, Lavoisier, 2010.)

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