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Dix pistes pour réduire la consommation de viande en Belgique

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif/L'Express

Production, mobilité, déchets… la sobriété s’invite partout. Dans l’alimentation il y a une sérieuse marge de progression.

Faisons court: dans l’alimentation, il y a une sérieuse marge de progression. En matière de santé, d’abord, tant nos consommations de graisse, de sucre, de sel laissent à désirer… Pareil avec la viande, dont on mange deux fois trop, selon les experts. Même si les Belges y goûtent moins que par le passé: en 2019, chaque Belge a ingéré, en moyenne, 16,4 kilos de viande rouge (porc, bœuf, veau, agneau, mouton et viande de cheval), soit 315 grammes par semaine. Ajoutez-y 8,4 kilos de volaille ou de gibier, par an et par personne toujours. Ingurgiter moins de viande améliorerait donc la santé générale de la population. Elle aiderait aussi la Belgique à réduire ses émissions de CO2 de 30% d’ici à 2030.

Car les bovins, puissants émetteurs de méthane, participent au réchauffement climatique. En Wallonie, plus de trois quarts des émissions proviennent de l’agriculture, en particulier de l’élevage. La région compte, certes, 30% de moins de têtes de bétail qu’en 1995 mais il en restait tout de même 1,069 million en 2020. Les émissions de méthane ont fondu de 17% ces dix dernières années. Bien, mais doit mieux faire. Alors?

Manger moins de viande aiderait la Belgique à réduire ses émissions de CO2 de 30% d’ici à 2030.

Première piste: soutenir les élevages qui réduisent leurs troupeaux tout en les nourrissant à l’herbe car ces prairies permanentes constituent les deuxièmes stocks de carbone en Wallonie, après les forêts. Voyons grand: la politique agricole commune (PAC) européenne doit être repensée, car elle soutient toujours largement la production de viande. Un cinquième du budget européen de la Wallonie, soit 700 millions d’euros, est alloué en fonction de la production bovine. Les troupeaux qui ne sont pas nourris en prairie le sont avec du soja, pour la culture duquel on détruit 80% des forêts dans le monde. Les pouvoirs publics doivent donc soutenir les exploitations pour qu’elles modifient leurs pratiques et qu’elles s’adaptent sans mourir à la réalité climatique.

Autres leviers d’action pour les pouvoirs publics:

  • La sensibilisation, par des campagnes d’information, à de la nourriture de qualité et à la réduction de la consommation de viande. Au Canada, des opérations de sensibilisation encouragent à manger davantage de légumineuses à la place de la viande.
  • L’étiquetage des produits avec des labels indiquant, par exemple, l’origine géographique de la viande, les conditions d’élevage, les pratiques agricoles respectueuses des équilibres écologiques, etc. En France, le label Quoi ma gueule? permet de mettre en vente à moindre coût des fruits et légumes aux formes biscornues et, chez nous, des initiatives allant dans le même sens ont été lancées.
  • L’organisation, par les communes, de «journées hebdomadaires sans viande». En Belgique, Gand a ouvert la voie dès mai 2009.
  • L’introduction de menus végétariens dans les cantines scolaires. Au Portugal, tous les restaurants collectifs (écoles, universités, prisons, hôpitaux, etc.) sont tenus de proposer chaque jour une option sans aucun produit d’origine animale.
  • L’interdiction de la publicité pour des produits agroalimentaires de mauvaise qualité, dont des produits à base de viande, destinés aux plus jeunes. En limitant ce type de promotions ciblées, le Royaume-Uni a réduit l’exposition des plus jeunes à ces messages de 37% pour les enfants de 4 à 15 ans et de 52% pour les 4 à 9 ans.
  • L’arme fiscale: les produits issus de la viande et les produits transformés à impact négatif élevé seraient surtaxés, dans un esprit de coût vérité. Les produits écolabellisés bénéficieraient, eux, d’un taux de TVA réduit.
  • Le renforcement de la lutte contre le gaspillage alimentaire. L’ appli Too good to go permet par exemple de récupérer les invendus des grandes surfaces et de proposer des paniers à prix très réduits.
  • Le rationnement: à utiliser dans des situations exceptionnelles comme en temps de guerre, il sert à partager des ressources essentielles qui se raréfient et à lutter contre les inégalités.
  • La recherche et développement pour soutenir des études sur les filières nécessaires à la transition alimentaire (légumes secs, agriculture biologique, etc.).

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