Entre 30 et 40% d’infidèles : pourquoi la tromperie est si répandue

Le Vif

L’infidélité toucherait près de la moitié des couples. Mais la notion de ce qui est permis ou non dans une relation diffère en fonction des personnes, les motifs d’infidélité aussi, ce qui rend difficile de l’aborder de façon générale. Même si ce n’est pas évident, s’en remettre n’est pas impossible.

Parler d’infidélité, c’est inévitablement se confronter à une difficulté : le subjectivisme. Comme il n’existe pas de définition générale de l’infidélité, il est assez difficile de préciser ce qu’englobe cette notion. D’après Patrick De Neuter (UCLouvain), professeur émérite de l’institut d’études de la famille et de la sexualité et thérapeute de couple, « pour certaines personnes, c’est avoir une relation sexuelle ou du désir avec un autre. Pour d’autres, regarder un film porno peut être vécu comme une infidélité. J’ai même trouvé que pour certains, aller dîner avec un collègue de travail était considéré comme infidèle, ou encore regarder quelqu’un avec insistance lors d’un concert. » De la même manière, un baiser avec une tierce personne peut être toléré ou non, tout comme les relations virtuelles.

Les définitions sont propres à chaque couple, voire à chaque personne. Ce qui rend nécessaire le fait de s’accorder sur les limites, en se posant la question de ce qui est permis ou non.

Près de la moitié de la population est infidèle

Selon les résultats du grand sondage sur la sexualité des Belges du Vif, 7,4% affirment entretenir en ce moment des rapports sexuels hors de leur relation de couple. Ce qui semble peu, au vu des autres études réalisées sur l’infidélité. Quand la question est reformulée en « avez-vous déjà trompé votre conjoint ou conjointe? », les réponses positives atteignent les 30% et 40%. D’après Patrick De Neuter (UCLouvain), les pourcentages seraient même bien plus hauts. « Ils varient en fonction des enquêtes mais cela tourne autour de 40 % des femmes qui se disent avoir été infidèles et pour les hommes, c’est autour de 60 %« , note le professeur.

Ces chiffres posent question : pourquoi l’infidélité est-elle si répandue ?

Les raisons de l’infidélité

Comment en vient-on à tromper son ou sa partenaire ? Selon Sarah Galdiolo (UMons), professeure de psychologie clinique et thérapeute, les raisons sont multiples : « D’abord, on est incapable de vivre une même relation toute sa vie. Ce qui veut dire qu’on peut vivre plusieurs relations avec un ou une même partenaire. Ensuite, il y a le mythe de l’amour : on a envie d’encore ressentir son cœur qui bat. Troisièmement, il y a la diminution du désir, l’effacement de la séduction« , explique la professeure. Cet aspect peut parfois être mis en arrière plan, une fois que la relation dure, les amoureux prennent leurs aises : moins d’efforts esthétiques, moins de pudeur… « Il y a par ailleurs des personnes plus enclines à l’infidélité: parce qu’elles éprouvent un attachement très anxieux, elles ont besoin de se sentir en sécurité, de constater qu’elles plaisent« , ajoute Sarah Galdiolo (UMons).

Une réalité constatée aussi par le Patrick De Neuter (UCLouvain) : beaucoup d’infidèles veulent se rassurer quant à leur pouvoir de séduction. S’ajoutent à ces facteurs « toutes les contraintes de vivre à deux. Il y a souvent l’idée d’une prison conjugale« . D’ailleurs, rappelle le thérapeute, l’étymologie du mot ‘conjugal’ partage sa racine avec ‘joug’. « Alors, l’infidèle a l’espoir de trouver mieux ailleurs. Dans tout couple, il y a d’abord une idéalisation amoureuse. Ensuite, la réalité s’impose », analyse le professeur émérite.

Les motifs sont parfois plus inconscients. D’après Sarah Galdiolo (UMons), « des personnes très extraverties ont besoin d’émotions fortes« . Patrick De Neuter (UCLouvain) a également remarqué que certaines femmes trompaient leurs maris pour se venger de leur infidélité. Enfin, « statistiquement parlant, si nos parents ont été infidèles, nous avons plus de chances de l’être aussi soi-même. C’est une sorte d‘identification« , analyse le professeur de l’UCLouvain.

Une séparation nécessairement induite ?

Dans l’imaginaire commun, une tromperie ou infidélité implique presque toujours une séparation. Or, d’après Patrick De Neuter (UCLouvain), plusieurs raisons pousseraient dans les faits les couples à rester ensemble. Déjà, il y a « la peur de perdre ses enfants, totalement ou partiellement. En plus, le couple apporte souvent un confort psychologique« , explique-t-il. Ce confort est parfois économique ou matériel, surtout pour les femmes : « Les séparations impliquent une chute des ressources financières. Pour les familles monoparentales féminines, c’est souvent la misère », ajoute De Neuter.

Sans oublier qu’une infidélité n’efface pas inévitablement l’amour. Certains auteurs et autrices prônent même qu’une tromperie raviverait la flamme entre deux personnes.

Double trahison

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire? Avouer sa faute après une infidélité peut être un dilemme pour les personnes en tort. Faut-il être honnête et risquer la séparation ? Pour Patrick De Neuter (UCLouvain), savoir s’il faut nécessairement avouer son infidélité à son ou sa conjointe, ce n’est pas si évident. Et encore une fois, il n’y a pas de réponse générale, c’est du cas par cas. « Je constate qu’il y a des infidélités qui, si elles ne risquent pas d’être révélées, ne doivent pas nécessairement être amenée dans le couple, surtout si les conjoints ont décidé d’améliorer leur relation », explique le professeur. Qui assure que l’apprendre par un tiers est plus douloureux pour la personne trompée : « C’est une seconde trahison« .

Se reconstruire après une tromperie

Les sexologues et professionnels des relations sont assez divisés sur la question de la reconstruction après une infidélité. La moitié des couples que reçoit Sarah Galdiolo en thérapie conjugale vient suite à une tromperie. Selon elle, « cela reste l’un des sujets les plus compliqués à traiter. Il s’agit d’un trauma relationnel. C’est aussi très dur pour la personne infidèle, qui peut ressentir une dissonance entre son comportement et ses valeurs. ».

Patrick De Neuter se questionne : « Comment retrouver confiance dans l’amour et dans la parole ? » Selon lui, c’est à l’infidèle de rassurer, en apportant des preuves qu’il ou elle est digne de confiance. D’après le thérapeute, la condition pour qu’un couple se reconstruise, c’est le dialogue. Attention, cependant, à ne pas pousser les discussions à l’obsessionnel : « J’ai connu des hommes ou des femmes qui en étaient à questionner, observer et lapider l’infidèle, ce qui ne faisait qu’accentuer la blessure et le fossé entre les deux. Ce qui me semble important, c’est un dialogue vers l’avenir« , conseille le professeur Patrick de Neuter.

Zoé Leclercq (avec M.G.)

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