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Les Belges et le sexe: chez les jeunes, le smartphone au cœur des ébats (sondage)

Mélanie Geelkens
Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Plus précoces, les jeunes? Pas forcément. Mais leur sexualité s’est virtualisée, tandis qu’ils sont bien plus conscients des questions de genre.

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C’est le propre de chaque génération vieillissante: trouver que la relève est forcément pire qu’elle. Donc, selon leurs aînés, les jeunes d’aujourd’hui seraient forcément plus dévergondés et coucheraient pour la première fois limite à peine sortis de l’enfance. Plus précoce, la génération Y? Un peu, oui: l’âge médian du premier rapport, selon notre sondage, s’élève à 16 ans chez les 16-24 ans (voir graphique). Chez les filles comme les garçons. Contre 17 ans chez les 25-34 ans, puis 18 ans au-delà. Seuls 13% des moins de 25 ans confessent une première expérience avant 15 ans… ce qui est, certes, davantage que dans les autres catégories d’âge. Et près d’un tiers (32,5%) n’ont encore jamais eu de relation sexuelle. Légèrement davantage côté masculin.

Plus on parle de sexualité, plus on éduque, plus la vie sexuelle sera active? Les études montrent le contraire.

«L’évolution avait été plus brutale avec la révolution sexuelle des années 1970», rappelle Françoise Adam, sexologue et chargée de cours à l’ULiège «Ces vingt dernières années, cette tendance n’a plus connu de grosses variations, indique pour sa part Jacques Marquet, sociologue à l’UCLouvain. Avoir des rapports sexuels avant d’aller en école supérieure reste important pour les étudiants de l’enseignement général. La première expérience est plus précoce pour celles et ceux qui font des études moins longues, ce qui peut s’expliquer par le fait que, dans le cas contraire, l’importance des études est davantage internalisée par les parents comme par les jeunes, dont la vie est plus régulée. Moins de sorties, etc.»

Suite de l’article après l’infographie.

Sexualité virtuelle

Mais sortir n’est apparemment plus toujours nécessaire: la sexualité des ados, désormais, se virtualise. Ainsi, 33,5% des 16-24 ans ont déjà utilisé des applications de rencontre, genre Tinder, pour tâcher de trouver des partenaires occasionnels (contre 14,2% pour la moyenne globale). Par ailleurs, 38,5% des moins de 25 ans, et même 43,5% des 25-34 ans, ont déjà sexté (envoyé des messages sexuellement explicites), tandis que plus de quatre jeunes sur dix (41% chez les 16-24, 47% chez les 25-34, soit le double de la moyenne globale) ont déjà envoyé une photo à caractère sexuel, et plus de la moitié en a déjà reçu. Une pratique aussi féminine que masculine. Enfin, un quart des moins de 35 ans ont déjà filmé une partie de jambes en l’air (contre 14% pour la moyenne globale).

«Tout cela est lié à la manière dont les jeunes font connaissance, pointe Françoise Adam. Avant, les sites de rencontre servaient surtout à ceux qui ne trouvaient personne autrement. Aujourd’hui, la dynamique s’est inversée et ils font partie de la culture actuelle, encore plus depuis le Covid.» «Désormais, on séduit avec un smartphone, complète Sarah Galdiolo, professeure de psychologie clinique à l’UMons et thérapeute. Ça demande d’autres aptitudes.»

Une conscience accrue des risques, aussi. Un nude, un porno amateur peuvent vite devenir viraux… et destructeurs. D’autant que le consentement n’est pas toujours préalable: 8% des jeunes avouent avoir déjà filmé une relation sexuelle sans le demander à leur partenaire. Idem ou presque (6,6%) concernant l’envoi de photos dénudées, alors que 17,7% déclarent en avoir reçu sans avoir donné leur accord. En la matière, pas de distinction notable entre filles et garçons. «Il faut partir du principe que tout peut se retrouver sur la Toile, glisse Françoise Adam. Les ados peuvent se sentir insécurisés. Une éducation aux médias serait essentielle

Ce à quoi l’Evras (cours d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) pourrait servir… s’il était réellement et correctement enseigné dans tous les établissements. «Il existe une croyance populaire selon laquelle plus on parle de sexualité, plus on éduque, plus la vie sexuelle sera active, relate Françoise Adam. Or, toutes les études montrent le contraire!»

Oui à la fluidité, non à l’échangisme

Les jeunes n’attendent de toute façon pas qu’on leur explique pour tenter de trouver de l’information. Leurs connaissances en matière de nouvelles identités de genre est bien plus élevée que dans les autres catégories d’âges: 83% savent définir «non binaire», 43% «queer», 65% «pansexuel», 30% «fluide»… «On voit clairement un effet de génération important sur les questions d’orientation, de connaissances», commente Jacques Marquet.

Les jeunes se définissent également légèrement moins comme hétérosexuels (81% contre 87,7% pour la moyenne globale) et davantage comme bisexuel (7,6% chez les 16-24 ans et 8,6% chez les 25-34, contre 4,9% pour la moyenne générale). La catégorie «autres» y est aussi plus populaire (3,6%, contre 1,2% dans le reste de la population). Une tendance marquée chez les filles, qui se déclarent à plus de 10% bisexuelles alors que, dans les autres tranches d’âge, les hommes se définissent davantage comme tels. Parallèlement, les moins de 35 ans ne se montrent pas plus tolérants que les autres face à deux femmes qui s’embrassent dans un lieu public ou deux hommes se tenant par la main en rue. Ils sont respectivement 28,3% et 21,4% à ne pas trouver cela admissible. Les filles semblent, toutefois, plus ouvertes d’esprit.

Elles sont aussi celles – et de loin – qui admettent le plus entretenir des relations sexuelles hors de leur couple (24,6%, contre 7,5% pour la moyenne globale). «La population plus jeune remet beaucoup de choses à plat en matière de sexualité, observe Françoise Adam. Notamment le modèle monogame.» Pourtant, chez les moins de 25 ans, la tolérance envers le polyamour est plus faible que la moyenne… Et cette même catégorie est celle qui trouve le moins acceptable de fréquenter des clubs échangistes. Trop un truc de boomers?

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