Benjamin Hermann

Le lieu commun de Benjamin Hermann | Extrême droite, à qui la faute?

Benjamin Hermann Journaliste au Vif

Les Belges ont pour habitude d’accorder de l’importance à ce qui fait l’actualité chez leurs voisins. En France pour les francophones, aux Pays-Bas pour les néerlandophones. Lorsqu’aux Pays-Bas, précisément, un parti d’extrême droite remporte haut la main un scrutin électoral, ce sont cependant les formations politiques de tout le pays qui s’emparent du sujet. Avec chacune sa grille d’analyse.

Peu importe que la réalité soit tout autre ailleurs, ou que l’on compare des pommes et des poires. On aura tendance à tout ramener à soi.

C’est ainsi que lorsque les Néerlandais expriment l’envie de s’ajouter à la liste des pays européens dans lesquels l’extrême droite participe au pouvoir, la nouvelle en fait trembler plus d’un en Belgique. Elle en réjouit d’autres aussi, à quelques mois d’une année électorale qui s’annonce retentissante.

L’extrême droite flamande applaudit des deux mains. Comment pourrait-il en être autrement? C’est d’autant plus vrai que les intentions de vote pour le Vlaams Belang, telles que rapportées par les derniers sondages, le plaçaient au-dessus du résultat obtenu par le PVV néerlandais. Le parti de Tom Van Grieken peut se sentir pousser des ailes, même s’il convient d’interpréter les sondages avec prudence. Le scénario qui se dessinera autour de la formation d’un gouvernement aux Pays-Bas sera, lui aussi, déterminant. L’extrême droite y sera-t-elle réellement amenée à gouverner? Dans quelle mesure ce signal accentuerait le tremplin pour le Vlaams Belang? Serait-il envisageable que la N-VA s’associe au Belang pour le gouvernement flamand? Autant d’incertitudes qui persistent.

Les autres partis se réjouissent moins, naturellement, ce qui ne les empêche pas de s’appuyer sur la déferlante néerlandaise pour alimenter leur propre grille d’analyse.

La droite francophone considère donc, bien que le gouvernement sortant aux Pays-Bas fût de droite, que les partis de gauche sont responsables de la montée de l’extrême droite. Parce qu’ils ont cette obsession de tout taxer, ne s’attaquent pas aux vrais problèmes et sont coupables de laxisme généralisé.

La gauche francophone estime que c’est la droite, qu’elle soit libérale ou nationaliste, qui, dans son ensemble, est responsable de l’ascension de l’extrême droite. Cette droite qui capitalise sur les thématiques migratoires et sécuritaires, banalise les thèmes chers à l’extrême droite. Et comme le veut l’adage, l’électeur préfère l’original à la copie.

Les partis antisystème, eux, considèrent de toute façon que la responsabilité incombe aux partis du système, donc les partis dits «traditionnels».

Et ceux qui ont sans doute le plus à perdre – les nationalistes flamands – voient en la Belgique, avec ses deux démocraties, dont une est aux mains de la gauche francophone, l’origine du vote de rejet qui profite à l’extrême droite. Ils ont, paradoxalement, le beau rôle. Voter pour eux, c’est endiguer la montée de l’extrême droite. Voter pour les autres, quels qu’ils soient, c’est encourager une nouvelle coalition de type Vivaldi, tellement abhorrée.

Voilà comment les élections néerlandaises deviennent une affaire belgo-belge, qui aura peu ou prou une influence sur les élections de 2024. Mais qui aura renforcé chacun dans ses convictions.

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