Opinion

Joseph Ndwaniye

Suivez mon regard de Joseph Ndwaniye: Tunisie, un pays proche (chronique)

Joseph Ndwaniye Infirmier et écrivain.

Et si écrire, c’était aussi écouter?

Le voyage Bruxelles-Tunis n’a duré que 2 h 25. Cela confirme le slogan: Tunisie, le pays proche. A la sortie de l’avion, l’air chargé de kérosène, les contrôles de documents, l’attente des valises n’ont rien d’exotique. Pas plus que les grands centres commerciaux qui poussent comme des champignons aux alentours de l’aéroport et tout le long de la route menant vers le centre-ville. « Vous êtes déjà venu en Tunisie? », me demande le chauffeur de taxi. « Non, c’est la première fois. Je suis étonné, ce que je vois est une copie exacte de Bruxelles. » « Ah, vous venez de Belgique! Quel temps fait-il chez vous? » « Il ne faisait que 6°C voilà trois heures. » « C’est mieux ici, regardez, le thermomètre indique 23°C. »

J’étais loin d’imaginer que l’accueil de ce pays dont je foulais le sol pour la première fois serait aussi chaleureux que son climat. Dès mes premiers pas dans les vieux quartiers, j’ai été accueilli par un parfum délicat. Il émanait de branches de jasmin en pleine floraison qui garnissent les clôtures des propriétés. Le chauffeur m’explique que cette fleur est le symbole de son pays, souvenir de la révolution de 2010-2011 qui avait poussé le président Ben Ali à quitter le pouvoir.

Une autre plante non moins élégante lui tient compagnie. Mais pour le moment, on ne voit que son feuillage vert foncé. Elle se parera au printemps de fleurs violettes qui recouvriront les branches libérées de leurs feuilles. C’est le jacaranda dont la vue me transporte tout de suite au sud du Rwanda, dans la ville de Butare, chère à l’écrivaine Beata Umubyeyi Mairesse.

J’étais venu pour animer des ateliers d’écriture dans des écoles de Tunis. Mais ce sont les élèves qui m’ont donné une leçon de vie. Dans la première classe, située dans une école d’un quartier populaire au nord de la ville, la Cité des jardins. Je me préparais à ces rencontres depuis plusieurs semaines pour essayer de comprendre la culture tunisienne. Après les discours du directeur, de l’inspectrice des écoles et du commissaire national, l’enseignante a souhaité entrer directement dans le vif du sujet. Pas besoin de me présenter, les élèves s’étaient documentés et savaient à peu près tout de moi. Surtout deux qui, tels des journalistes, expliquèrent à l’assemblée qui j’étais. Leur présentation était agrémentée par des airs de musique populaire joués à l’oud, une guitare tunisienne, par une condisciple. Deux autres élèves ont ensuite ont pris le relais pour nous offrir avec brio des chants traditionnels de l’Andalousie arabe, le malouf. Pendant ce temps, un jeune élève bourré de talent avait dessiné mon portrait. A la sortie de cette classe, j’avais le sentiment du devoir accompli alors que je n’avais fait qu’écouter ce que les élèves avaient à m’offrir. Et si écrire, c’était aussi écouter?

Le lendemain, des scènes identiques se sont répétées dans une école du quartier huppé de Carthage. Les études y sont exclusivement dédiées aux sciences, mais la passion des élèves pour la littérature et leur curiosité m’ont entraîné dans un marathon de questions- réponses qui a duré deux heures et demie. Je ne pouvais repartir sans découvrir la médina où les bruits de la vie courante entrent en résonance dans une cacophonie poétique. Mes pas m’ont ensuite conduit dans le village pittoresque de Sidi Bou Saïd chanté par Patrick Bruel dans Le Café des délices. A la fin de mon séjour, les Tunisois et les Tunisoises m’ont prévenu: « On revient toujours à Tunis. » Je crois qu’ils ont raison.

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