L’Otan a été la ligne rouge de la politique étrangère de Poutine depuis vingt ans. L’adhésion de la Suède et de la Finlande ne l’inquiète-t-elle plus? © getty images

Guerre en Ukraine : « Poutine poussera le rapport de force jusqu’au bout »

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

En réagissant avec retenue aux sommets de l’Otan et de l’UE, Vladimir Poutine veut signifier que c’est lui qui écrit l’histoire de l’Ukraine, analyse Cyrille Bret, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors.

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Face à l’approbation du statut de candidat immédiat accordé à l’Ukraine par le Conseil européen et au feu vert du sommet de l’Otan au processus d’adhésion de la Suède et de la Finlande, Vladimir Poutine a eu une réaction mesurée. Feint-il de ne pas être irrité ou ces actes ne l’embarrassent-ils plus vraiment?

Je pense que c’est une façon de ne pas se mettre à la hauteur de l’Ukraine, de montrer son peu de considération pour l’Union européenne et d’indiquer que, de toute façon, c’est lui qui écrit l’histoire de l’Ukraine et pas l’Union européenne. Je suis un peu plus surpris par sa réaction envers le processus d’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Otan. Cela a été la ligne rouge de sa politique étrangère depuis vingt ans. Peut-être Vladimir Poutine essaie-t-il de se donner un statut et de ne pas considérer que sa vision pour la Russie peut être entravée par ces décisions.

La confrontation avec un front uni occidental ne conforte-t-elle pas la position d’un Vladimir Poutine interlocuteur redouté?

Pendant très longtemps, il a essayé d’être à la fois craint et admiré. Aujourd’hui, il s’agit très nettement d’être craint et non plus de susciter l’admiration. Il risque même de se voir attribuer le statut de chef d’Etat paria s’il veut mettre en œuvre sa vision de la politique extérieure de la Russie. Vladimir Poutine est désormais un des dirigeants les plus anciennement en poste sur la scène politique en Europe. Ce qui lui importe n’est plus son image ou sa popularité mais bien que la Russie soit crainte et, à travers elle, qu’il le soit aussi.

Les échanges aux accents machistes avec Boris Johnson ne servent-ils pas le président russe?

Vladimir Poutine n’a pas peur du rapport de force. Il le poussera jusqu’au bout. Il n’a pas peur du rapport de force militaire. Malheureusement, on le voit en Ukraine. Il n’a pas peur du rapport de force économique. On l’observe avec la hausse du prix des hydrocarbures qui, en grande partie, dépend de l’utilisation de l’arme du gaz par l’Union européenne et par la Russie. Il n’a pas peur du rapport de force personnel. La façon dont il se profile en homme viril démontre qu’il ne craint pas de revendiquer un statut de «surhomme».

En participant aux sommets des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et des pays riverains de la mer Caspienne (Russie, Kazakhstan, Turkménistan, Iran, Azerbaïdjan), Vladimir Poutine a-t-il réussi à faire contrepoids aux Occidentaux?

Diversifier ses relations internationales est l’objectif de la Russie depuis dix ans. La décennie 2000 était très orientée vers l’Occident. Depuis, les nouvelles alliances ou les reconstructions d’alliances, avec la Chine, l’Inde, la Syrie, l’ Afrique montrent que la Russie réoriente son action dans un sens qui n’est pas occidental. Il n’y a pas de rupture. Il y a juste une accélération.

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