Donald Trump Jr., Melania Trump, Donald Trump et Kimberly Guilfoyle, conseillère du président et petite amie de Donald Trump Jr. © Montage via AFP

États-Unis: à la convention républicaine, le show familial « à la Trump » pour convaincre

Olivia Lepropre
Olivia Lepropre Journaliste

Qui de mieux pour vendre Donald Trump, que les Trump eux-mêmes ? Aux antipodes de la convention démocrate, le président mise sur la famille pour soigner son image de marque et défendre son bilan.

Pas d’ancien président, d’ancien candidat ou de ponte du parti républicain… en 2020, la convention républicaine est avant tout une histoire de famille. Donald Trump Junior et sa compagne, Melania, Eric, Tiffany, Lara et Ivanka: chaque jour, la convention nous rappelle de quelle famille provient le candidat-président. La moitié des intervenants sont des Trump, les autres sont des très proches du milliardaire.

L’intervention des conjoints et des enfants des candidats fait partie du rituel des campagnes présidentielles américaines: lors de la convention démocrate virtuelle la semaine dernière, les enfants et petits-enfants de Joe Biden se sont eux aussi relayés pour vanter ses qualités. En général, ces interventions parlent de la personnalité du candidat et de son implication dans sa vie de famille, une valeur qui a beaucoup d’importance dans le coeur des électeurs. Mais Donald Trump élève cette tradition à un autre niveau.

Empire politique

Ce choix d’intervenants est le témoin de l’implication inédite de la famille présidentielle dans les affaires politiques du pays. « Ce qui est inhabituel chez les Trump, c’est qu’ils peuvent parler non seulement de la personnalité du candidat et ses qualités, mais aussi du fond, d’orientations politiques dans lesquelles ils sont directement impliqués », explique Costas Panagopoulos, professeur de sciences politiques à l’université Northeastern de Boston. « Ce ne sont plus de simples membres de la famille, mais des responsables du gouvernement, des personnalités politiques », dit-il.

Car la présence de son entourage très proche est loin d’être nouvelle. Dès le début, Donald Trump s’est assuré d’avoir sa famille (enfants, gendre) parmi ses plus proches conseillers, allant même jusqu’à leur confier des tâches politiques de premier ordre. Ainsi, Donald Jr., Ivanka et Eric Trump, les trois enfants qu’il a eus avec sa première femme Ivana, soit ont un titre officiel à la Maison-Blanche, soit défendent ardemment sa politique et sont impliqués dans sa campagne.

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L’aîné, Donald Trump Jr., même s’il est resté à New York avec Eric pour officiellement gérer l’entreprise paternelle, est devenu une star auprès de la base trumpiste: aussi accroc que son père à Twitter, il défend farouchement sa politique, retweetant « memes » et théories du complot avec un goût notoire pour la provocation.

Charges à répétition contre Biden et la « gauche radicale »

Depuis le début de la convention, les prises de paroles sont dominées par un discours anti-Biden, prédisant une Amérique en ruines en cas de victoire du « socialisme » et de la « gauche radicale ». Donald Trump Jr., le fils aîné du président, a ainsi chargé « la gauche » et Joe Biden, qu’il a notamment qualifié de « Biden de Pékin », pour le présenter comme un défenseur de la Chine communiste.

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Dans un autre style, les républicains ont donné la parole à Patricia et Mark McCloskey, un couple qui avait brandi des armes devant des manifestants défilant contre les violences policières. Ils se sont positionnés en victime et ont qualifié les manifestants d’extrémistes et de marxistes, défendant au passage l’amendement sur le port d’armes. « Ce qui nous est arrivé pourrait très bien vous arriver, vous qui nous regardez depuis des quartiers tranquilles. (…) Ne vous y trompez pas, où que vous viviez, votre famille ne sera pas en sécurité dans l’Amérique des démocrates radicaux », a déclaré le mari.

On retrouve également le vice-président Mike Pence, qui a présenté Trump comme le seul capable de résister aux assauts de la « gauche radicale ». Dans un discours prononcé sur fond de violences en marge de manifestations antiracistes à Kenosha, dans le Wisconsin. Il a dressé le sombre tableau d’une élection où la loi et l’ordre – le slogan de Trump pour cette élection – sont en jeu. « Il ne s’agit pas vraiment de savoir (…) si l’Amérique sera plus républicaine ou démocrate. La question posée dans cette élection est de savoir si l’Amérique restera l’Amérique. »

La « marque Trump »

Reste que, vu la valse de collaborateures et conseillers à la Maison-Blanche depuis 2017, la présence en force des Trump à la convention montre que « quand il s’agit de trouver des gens capables de faire sa promotion auprès des Américains, Trump fait avant tout confiance à sa famille », dit Katherine Jellison, politologue à Ohio University. Une famille depuis toujours associée à ses affaires, dont la promotion de la « marque » Trump est la quintessence, rappelle-t-elle. Car jamais, dans l’histoire récente des Etats-Unis, la famille d’un président n’avait joué rôle aussi prééminent.

« Le parallèle le plus proche est celui des Kennedy », dit-elle, rappelant l’influence du père de John F. Kennedy et de son frère Bobby sur le président élu en novembre 1960, et assassiné en 1963. Pourtant, contrairement aux Trump, les Kennedy pensaient qu’il valait mieux ne pas afficher cette influence familiale.

Melania Trump, la stratégie de l’empathie

Le discours de la Première Dame dénote par rapport au reste de la convention. Empathie, discours sans tabou et rassembleur… un bon moyen d’humaniser son mari ? Melania Trump a pris le contrepied de la stratégie trumpiste, tout en restant fidèle à son camp : coronavirus, injustice raciale, admettre ses erreurs, harcèlement en ligne… Après deux soirs de discours corrosifs sur les dangers supposés d’une présidence du démocrate Joe Biden, elle a rompu avec la dynamique de l’évènement.

« Nous savons que Donald Trump ne fait pas secret de ce qu’il pense. Que vous aimiez cela ou non, vous savez toujours ce qu’il pense », a-t-elle déclaré. Affirmant ne pas vouloir attaquer les démocrates pour éviter d’accentuer les divisions, elle a, sur une ligne plus semblable à celle de son mari, déploré les « ragots » colportés par les médias.

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Il y a famille… et famille

Mais la famille n’est pas au grand complet: Jared Kushner, au centre récemment de plusieurs controverses, brillera par son absence à la tribune, lui qui était devenu le bras droit du président au début de son mandat.

La nièce de Donald Trump, Mary Trump, auteure d’un livre récent le décrivant comme un menteur narcissique, ne sera évidemment pas à la tribune. Pas plus que la soeur de Donald Trump, Maryanne Trump Barry, ex-juge fédérale de 83 ans, qui a jugé le président « cruel » et « menteur », dans des enregistrements récemment rendus publics par Mary.

Les « faits alternatifs » comme argument de campagne

Dès la première journée, plusieurs intervenants ont tenu des propos trompeurs ou faux, selon une analyse de l’AFP, qui a vérifié les affirmations les plus importantes.

Bilan du coronavirus. Les opposants du président lui reprochent une réponse trop tardive pour des raisons économiques. Natalie Harp, conseillère de la campagne de Donald Trump, a vanté les vies sauvées par les mesures prises par le président, affirmant que sans « l’interdiction de voyage aux Chinois, des millions (de citoyens américains) seraient morts ». Donald Trump Jr a quant à lui souligné que son père avait « agi vite et interdit les voyages en Chine » en janvier. Il ne s’agissait en fait pas d’une interdiction totale, mais de restrictions mises en place le 2 février, avec de nombreuses exceptions. Seuls les étrangers qui étaient allés en Chine au cours des 14 jours précédents étaient concernés, tandis que les citoyens américains pouvaient revenir et se soumettre à une quarantaine obligatoire de deux semaines. Aucune étude ne prouve que des millions de vies ont été sauvées.

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« Promesses tenues ». Dans une vidéo projetée lors de la soirée d’ouverture, Donald Trump a affirmé avoir tenu toutes ses promesses de campagne. Bien que le président ait accompli certaines choses, comme baisser les impôts et sortir de l’accord sur le nucléaire iranien, de nombreux engagements manquent à l’appel. Le mur anti-immigration à la frontière avec le Mexique n’est pas achevé et n’a pas été financé par le Mexique, par exemple. Le dispositif d’assurance santé Obamacare mis en place sous son prédécesseur existe toujours, après qu’une tentative d’abrogation de de remplacement a échoué au Sénat.

L’économie. De nombreux intervenants, dont Donald Trump Jr, ont vanté le faible taux de chômage des Etats-Unis. Le taux de 3,5% qu’ils ont cité date cependant de septembre 2019, et est complètement dépassé à cause des effets destructeurs sur l’économie de la pandémie de Covid-19. Toutes catégories confondues, plus de 28 millions d’Américains percevaient une allocation chômage le 1er août, soit un taux de 10,6%, selon le ministère du Travail.

Donald Trump Jr. a ajouté que son père avait « construit la plus grande économie jamais vue » aux Etats-Unis. C’est faux. La croissance du produit intérieur brut (PIB) n’a pas battu de records. Il a augmenté de 3% en 2018, la meilleure année du mandat de Donald Trump, contre 3,1% sous Barack Obama en 2015. En 2004 et 2005, sous le président George W. Bush, le PIB avait respectivement progressé de 3,8 et 3,5%. (avec AFP)

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