Combien vais-je gagner en plus? « Des indexations salariales d’une ampleur sans précédent »

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Les secteurs où les salaires sont indexés une fois par an se dirigent vers une indexation de plus de 10% en janvier 2023. 500.000 employés sont concernés. Tenable pour les entreprises ? FEB et Unizo dénoncent, les syndicats s’indignent.

Cette estimation des indexations salariales, réalisée par la société de ressources humaines SD Worx, intervient après la publication des chiffres de l’inflation en Belgique en août, laquelle a atteint 9,94%, une première depuis 1976. L’inflation sur la base de l’indice santé a augmenté, quant à elle, de 9,07% en juillet à 9,70% en août.

« Une prévision n’offre aucune certitude, mais il est déjà clair que la forte inflation des mois passés et à venir entraînera des indexations salariales d’une rapidité et d’une ampleur sans précédent. Par rapport aux 10 à 15 dernières années, le taux d’indexation normal était en moyenne inférieur à 2% par an », souligne SD Worx dans un communiqué.

Outre la CP200, pour laquelle l’indexation future est pour l’heure estimée par SD Worx à 10,03% au 1er janvier, l’indexation devrait également dépasser 10% dans l’horeca (CP 302), l’industrie alimentaire (CP 118 et 220), le transport routier pour compte d’autrui (CP 140.03) et le commerce international, du transport et de la logistique (CP 226).

Dans les secteurs où les salaires sont indexés lors du dépassement de l’indice pivot, les indexations se succèdent rapidement. Par exemple, les salaires des travailleurs du secteur de la santé (hôpitaux, maisons de repos et de soins, etc.) seront probablement indexés cinq fois de 2% cette année.

Indexations salariales: « Une exécution pour de nombreuses entreprises »

L’indexation salariale de 10 % en janvier représente environ 40% des travailleurs. Mais la FEB et Unizo demandent un report/une réduction de cette indexation. «Sinon, ce sera un bain de sang.»

Unizo, l’organisation des indépendants et des PME, s’oppose fermement à une telle indexation. « Si cette indexation automatique est introduite, elle se transformera en une exécution pour de nombreuses entreprises », déclare le directeur général Danny Van Assche. Les boulangeries, par exemple, qui ont déjà le couteau sous la gorge à cause de l’explosion des prix de l’énergie, ne pourraient pas faire face à une augmentation de salaire aussi brutale. Unizo prévient d’ailleurs qu’un quart des PME seront déficitaires cette année en raison des coûts énergétiques.

Opération délicate

Mais une intervention sur l’indexation est délicate pour plusieurs raisons. Le « groupe résiduel » qui doit attendre jusqu’en janvier pour connaître une augmentation de salaire ne contient pas, en règle générale, les secteurs les plus forts. Ce groupe se trouve dans une situation plus défavorable. Car la majorité des travailleurs, y compris les fonctionnaires, ont déjà bénéficié de plusieurs indexations. On ne peut donc pas revenir dessus, à moins de bricoler les indexations futures pour les groupes qui ont déjà été compensés.

Pieter Timmermans, directeur délégué de la FEB, qui est principalement proche des grandes entreprises, plaide depuis des mois en faveur d’une modification de l’indice. « Dans bon nombre de pays voisins avec lesquels nous sommes en concurrence, des mesures sont prises pour limiter l’augmentation des coûts. La meilleure protection du pouvoir d’achat des salariés est un emploi ». Pieter Timmermans propose de reporter l’indexation et de prévoir une correction fiscale pour les salaires les plus bas. « Ne rien faire n’est pas une option ».

Danny Van Assche (Unizo) propose également plusieurs variantes. Comme une indexation des salaires nets au lieu des salaires bruts, un « indice social » où l’indexation ne se fait que jusqu’à un certain plafond salarial, ou un système où les secteurs peuvent choisir de ne pas appliquer l’indice – une sorte d' »opt-out ».

Dans les milieux gouvernementaux, la tempête fait déjà rage. La discussion est également liée à la loi sur les normes salariales de 2014. Le débat s’annonce pour le moins difficile. Le gouvernement doit déjà régler le dossier de l’énergie, du budget et de la réforme fiscale. Si le pouvoir d’achat augmente grâce à la réforme fiscale, les employeurs pensent qu’il sera dès lors alors possible de procéder à une réduction l’indice.

Réplique des syndicats

Les syndicats, eux, ne veulent pas entendre parler d’une modification de l’indexation. Ils souhaitent d’ailleurs que la loi sur les salaires soit modifiée parce qu’elle limite la marge d’augmentation des salaires réels (augmentation des salaires en plus de l’indice) en fonction de l’évolution des salaires dans les pays environnants. La FGTB parle d’une provocation.

Les syndicats ACV (syndicat chrétien flamand) et ABVV sont tous deux surpris qu’Unizo veuille intervenir sur les indexations salariales. « Ils nuisent au pouvoir d’achat de leurs propres clients », dénoncent-ils. L’ACV/CSC veulent, eux, s’attaquer à la racine du problème, qui est de faire baisser les factures d’énergie. « La spirale inflationniste actuelle, qui entraîne automatiquement une hausse des salaires, a été déclenchée par une énergie plus chère », soulignent-t-ils. ACV rappelle enfin que de nombreuses entreprises ont réalisé des bénéfices élevés dans le passé.

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