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Une sacrée paire de twitteuses: « En rue ou en ligne, le harcèlement s’apparente à une lutte de territoire » (chronique)

Mélanie Geelkens
Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Certains jours, c’étaient des appels au viol. D’autres, plutôt des incitations à la supprimer. Mais le plus souvent, c’était tout en même temps.

Agrémenté d’un petit  » gauchiasse  » par-ci, d’un  » tel homme politique doit la faire mouiller  » par-là.  » On peut critiquer, quand même ! « , que certains répondaient, quand Florence Hainaut s’offusquait de recevoir de tels tombereaux d’insultes. Un  » va sucer des bites « , c’est sûr, ça élève toujours le débat.

Ça durait depuis huit ans. Presque : tant qu’elle comparait le prix des pains dans On n’est pas des pigeons, personne ne manifestait d’irritation. Qu’elle présente des émissions politiques, par contre, a commencé à exaspérer quelques restreints du cerveau. Elle n’avait même pas la politesse d’encaisser sans sourciller !  » Je voulais montrer qu’on avait le droit de répliquer sur le même ton.  » Trash et vulgaire. Tout pour (leur) déplaire.

Un homme qui l’ouvre a des  » positions « . Une femme qui la ramène est  » clivante « . Un peu hystérique, aussi. Dérangeante. Sans doute faut-il alors l’insulter. Pas sur le fond, mais sur sa forme. Pute-conne-moche, forcément. Triptyque habituel de l’agression verbale sexiste, balancé – même inconsciemment – pour rappeler qu’elles ne sont que des corps, des sexes. Certainement pas des cerveaux. Retourne à la cuisine, écarte les jambes, sois belle et, de grâce, ne pense pas. Reste à ta place, quoi.

Longtemps, Florence Hainaut a voulu continuer, pour ne pas offrir à ses harceleurs le plaisir de son silence. Il n’y a pas eu le  » salope  » de trop. Juste un ton toujours plus dur et une lassitude toujours plus grande. Le 8 juin, elle a fini par fermer son compte Twitter, comme Zakia Khattabi, comme Myriam Leroy, comme d’autres avant elle. 73 % des femmes ont déjà été exposées à une forme de violence en ligne (c’est l’ONU qui le dit). Les femmes sont 27 fois plus susceptibles d’être harcelées sur le Web que les hommes (c’est un rapport du European Women’s Lobby qui l’a établi). 76 % de celles qui ont déjà subi ça ont modifié leur comportement sur les réseaux, soit en s’autocensurant, soit en les quittant (cette fois, c’est Amnesty).  » Quel que soit le point de vue adopté, les femmes sont réduites au silence. Elles ont pourtant le droit, comme tout le monde, de s’exprimer librement et sans crainte  » (dixit l’ONG).

Elles ont aussi le droit de se promener, librement, sans crainte et sans  » t’es bonne « ,  » tu suces ? « ,  » pétasse ! « . En rue ou en ligne, le harcèlement s’apparente au fond à une lutte de territoire. Des mâles qui, au lieu de pisser, insultent pour chasser celles qui s’aventureraient sur un terrain qu’ils considèrent comme le leur. Te promène pas seule. En jupe, en plus ! Tu l’auras bien cherché. Arrête de donner ton avis. Agressive, en plus ! Tu l’auras bien mérité. Dégage, femelle.

Du harcèlement de rue, certains diront  » oui, mais bon, c’est un problème localisé « , oseront peut-être ajouter  » culturel  » ou  » de classe sociale « . Les trolls qui se repaissent de leurs attaques virtuelles sont généralement bien blancs, bien nés, bien intellectuellement outillés. Twitter ou un quartier, chacun son pré carré. Les deux faces d’une même médaille, celle dont se parent (même inconsciemment) certains hommes pour couronner leur supposée supériorité. Certains, donc, pas de généralité, paraît que c’est important de le préciser.  » La minorité a ceci de supérieur à la majorité qu’elle comprend un nombre inférieur d’imbéciles  » (1). Pas toujours.

(1) Léo Campion, acteur, humoriste et caricaturiste.

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C’est pas gagné

Des phallus et des croix gammées : ils se sont donné du mal, ceux qui ont cyberattaqué Handsaway, le 8 juin. Cette application, créée en 2016 pour signaler des faits de harcèlement de rue ou des insultes sexistes, a été la cible d’un raid en ligne, en recevant 500 faux signalements en quelques heures, dans le but de bloquer ses activités. Objectif atteint… L’appli est suspendue temporairement, le temps de faire le ménage parmi les faux utilisateurs.

Silence, elles tournent

Une sacrée paire de twitteuses:
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 » Sale putte « , avec deux  » t  » : tel sera le titre du reportage que l’auteure Myriam Leroy et la journaliste Florence Hainaut (lire ci-contre) sont en train de préparer sur le harcèlement en ligne, qu’elles ont toutes deux vécu. Le tournage, qui devait débuter ce printemps, a été reporté en raison du confinement,  » mais cela nous a permis d’encore retravailler le projet « . Sortie prévue au printemps 2021.

40 000

euros de subsides exceptionnels viennent d’être accordés par la Région wallonne à la ligne d’écoute  » violences conjugales  » (0800/30.030). Un montant qui doit permettre d’engager du personnel supplémentaire jusqu’à fin décembre, pour assurer davantage de prises en charge. Durant le confinement, le nombre d’appels a triplé. Il reste deux fois supérieur à la  » normale « , malgré le déconfinement.

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