Karine Lalieux © belga

Réforme des pensions: pourquoi le gouvernement a tant de mal à trouver un accord

Julie Nicosia
Julie Nicosia Journaliste

Les débats autour de la réforme des pensions ravivent le clivage gauche-droite au sein de la Vivaldi. Le Vif fait le point sur la situation en apportant les analyses de Bertrand Candelon, économiste à l’UCLouvain.

Alors que les comités ministériels restreints (kern) se succèdent en vue de faire avancer plusieurs dossiers avant le 21 juillet, celui de ce week-end concernant la réforme des pensions n’a pas abouti sur un accord entre les partis de la Vivaldi. Des négociations reprennent ce lundi après-midi. Qu’est-ce qui est sur la table ? Quels sont les points qui fâchent ? Le Vif fait le point.

Les points à l’agenda jusqu’à présent

Plusieurs dossiers de la réforme des pensions menée par la ministre Karine Lalieux sont discutés :

  • L’accès à la pension minimum,
  • La pension à temps partiel, à mi-temps ou un cinquième temps à partir de 60 ans ;
  • Le bonus de pension : l’idée est de réintroduire un bonus pension de 2 euros bruts par jour de travail presté afin d’inciter à travailler plus longtemps ;
  • La réduction des écarts entre homme et femmes ;
  • L’accès à une retraite anticipée après 42 ans de carrière ;
  • Les régimes particuliers de retraite du personnel roulant de la SNCB et des militaires
  • Le relèvement de la pension minimum

En ce qui concerne la pension minimum complète, il a été décidé par le gouvernement, peu après sa mise en place, d’une revalorisation à 1.715 euros bruts en 2024, soit 1.630 euros nets.

Qu’est-ce qui coince ?

Les négociations restent difficiles concernant les années de travail effectif nécessaires pour accéder à la pension minimum et la retraite anticipée et ce qu’il convient d’entendre par travail effectif, c’est-à-dire la question des périodes d’inactivité assimilées à du travail.

Ces sources de blocage ravivent au sein de la Vivaldi un clivage gauche-droite : les libéraux veulent valoriser les travailleurs aux plus longues carrières et qui ont travaillé à temps plein tandis que les socialistes souhaitent une valorisation du travail, notamment des temps partiels chez les femmes. Invitée au micro de Bel RTL ce lundi, Christie Morreale l’a rappelé : « On demande surtout qu’on soit attentif à ce que les femmes qui ont eu souvent des temps partiels, qui se sont sacrifiées pendant leur carrière professionnelle pour avoir des enfants ne soient pas pénalisées au niveau de la pension et donc c’est à ça que s’attèlent Pierre-Yves Dermagne et Karine Lalieux. (…) Aujourd’hui il y a 23% de différence salariale entre un homme et une femme à travail égal. Et quand c’est à la pension, ça monte à 33%. Donc le système aujourd’hui il est inégalitaire et il faut contrer cette inégalité. On doit pouvoir le corriger ». Et la ministre wallonne de l’Emploi de préciser que le PS souhaite que « les balises dans la déclaration de politique générale soient appliquées ».

Ce qui coince donc, c’est à partir de combien de temps le citoyen va avoir accès à la retraite. Pour Bertrand Candelon, économiste à l’UCLouvain, « il faut s’inscrire dans une perspective plus large » : « Le monde du travail évolue. Il faut pouvoir intégrer les différents modes de travail. Il faut aussi pouvoir discuter de la pénibilité du travail, des carrières mixtes ou interrompues (salarié, indépendant, fonction public, temps partiel,…). Cependant, il faut être conscient que l’enveloppe budgétaire est fermée et qu’il y a une évolution démographique non favorable notamment en Flandre. Il va falloir composer… ». Et l’économiste de l’UCLouvain d’expliquer que « certaines allocations de pension sont plus lourdes que d’autres comme dans la fonction publique. Il faudra voir si certains régimes vont être rabotés. ».

Alors que la question de la retraite anticipée était au cœur des débats de ce week-end, elle n’est plus sur la table des négociations ce lundi. Les partenaires gouvernementaux en sont revenus à ce qui se trouve sensu stricto dans l’accord de gouvernement, soit l’accès à la pension minimum revalorisée. Les discussions portent sur les conditions pour y avoir accès, c’est-à-dire le nombre de jours de travail effectifs et les périodes d’inactivité qui peuvent être assimilées, comme le congé de maternité mais aussi l’invalidité, étant donné qu’il est difficile de demander un même nombre de jours de travail effectif à un travailleur qui a été malade qu’à un travailleur qui n’a pas connu de problème de santé. Cela risque toutefois de poser débat.

Vers une retraite à point?

Le concept de retraite à point a fait son apparition dans les débats en France, explique Bertrand Candelon. Ce régime a la spécificité de prendre en compte les différentes formes de travail (partiel, interrompu, statuts différents). Si c’est un régime soutenu par plusieurs experts gravitant autour de la réforme des pensions, il a affronté une levée de boucliers en France, puisqu’il tendait à abolir les régimes spéciaux dont celui de la fonction publique.

21 juillet et agenda européen

Même si Alexander De Croo souhaite boucler un certain nombre de dossier avant le 21 juillet sans se tenir à un « agenda d’été », le PS avait soutenu, le 13 juillet dernier, préférer se diriger vers une absence d’accord plutôt qu’un mauvais accord. Maintenant que l’ordre du jour laisse tomber la retraite anticipée, on verra si les socialistes ne feront pas blocage et souhaite trouver un accord avant le 21 juillet, comme Chrisitie Morreale l’a manifesté ce matin sur les ondes de Bel RTL.

Bertrand Candelon, économiste à l’UCLouvain l’affirme d’emblée : « si la Belgique ne réforme pas les pensions, il va y avoir un problème puisque la Commission européenne impose que le système change ». Le dossier doit être réglé à la rentrée. Et l’économiste de conclure : « il y a les enjeux politiques et aussi sociaux. Il peut y avoir des boucliers très forts des syndicats qui se montrent très rigides sur certaines questions comme, on l’a vu récemment, pour l’indexation des salaires »

Les affaires courantes guettent

Il est également important de souligner qu’un échec minerait sérieusement la confiance entre les partenaires de la coalition et, par conséquent, l’activité du gouvernement. La Belgique se dirigerait-elle vers un gouvernement en affaires courantes qui ne dit pas son nom ?

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