. © SERGE BAEKEN

Que font les Belges les plus riches de leur fortune? (enquête)

La Belgique compte 100 familles dont la fortune dépasse 250 millions d’euros. 36 familles sont même euromilliardaires. Que font-elles avec leur argent ? Et celui-ci retourne-t-il à la société?

En ce début d’année, Eric Wittouck, qui possède une fortune de 10,8 milliards d’euros, est toujours en tête de la liste des Belges les plus riches tenue par Ludwig Verduyn sur son site De Rijkste Belgen (Les Belges les plus riches). Il est suivi de près par Alexandre Van Damme (10,5 milliards d’euros). Comme la plupart de ceux qui figurent dans le top 10, ils sont partis d’une importante fortune familiale. A la fin du 19e siècle, la Raffinerie tirlemontoise du grand-père de Wittouck jetait les bases de l’industrie sucrière belge. Le grand-père de Van Damme dirigeait la brasserie Piedboeuf à Jupille. Après des fusions et des rachats, son petit-fils Alexandre est aujourd’hui directeur et principal actionnaire de la plus grande brasserie du monde, AB Inbev.

Ces « anciens milliardaires » conservent leur place dans la liste des Belges les plus riches, mais les « nouveaux riches » sont de plus en plus nombreux. Ce sont des self-made men – oui, ce sont presque toujours des hommes – qui n’ont pas hérité d’une fortune familiale, mais qui doivent tout à eux-mêmes, comme le patron de Katoen Natie, Fernand Huts (2,7 milliards d’euros) ou Marc Coucke (1 milliard d’euros), le fondateur d’Omega Pharma.

Il existe une différence notable entre les « anciens » et les « nouveaux » riches. Les familles telles que les Wittouck et les Van Damme adhèrent toujours au principe « pour vivre heureux vivons cachés » : elles préfèrent que l’on n’écrive rien à leur sujet. Seules quelques photos de Wittouck circulent. Sur ces images, on voit son épouse japonaise Mayu Amano l’emmener à un événement mondain dans sa ville natale, Monaco, où elle dirige High Life Monaco, une agence événementielle à but caritatif. Il n’y a également que quelques images de Van Damme. Sur l’une d’elles, il est recroquevillé dans les tribunes du RSC Anderlecht, d’autres le montrent sur son vélo de sport lors du Cyclotour du Léman à Lausanne, en Suisse, près de sa villa de Chéserex.

La différence avec quelqu’un comme Marc Coucke, qui aime être interviewé, participe à des émissions de télévision et entame même une polonaise sans que l’on ne lui ait rien demandé, ne peut être plus grande. Huts aime aussi les feux de la rampe. Ainsi, il a volontiers posé devant la tour des Paysans à Anvers, qu’il a achetée en 2020. Autre fait marquant : alors que Wittouck et Van Damme ont été nommés barons par le roi, Huts et Coucke ne portent pas de titre de noblesse.

Il faut replacer la richesse de ces compatriotes dans une perspective plus large : aujourd’hui, l’homme le plus riche du monde s’appelle Elon Musk, et possède une fortune de 216 milliards d’euros. Le fondateur du constructeur automobile Tesla n’a pas peur de la publicité. Au contraire, il est très actif sur Twitter, où il promeut le bitcoin et fait de la publicité pour les voyages dans l’espace de sa société SpaceX. Il vient d’être nommé personnalité de l’année par le Financial Times et le magazine Time.

Couches

La plus grande partie de la fortune des Belges les plus riches se trouve généralement dans leurs entreprises. Pour Huts, c’est Katoen Natie, pour Van Damme c’est AB Inbev et entre-temps aussi le géant de la sauce Kraft Heinz et la chaîne de hamburgers Burger King. Il s’agit de papier monnaie, d’actions. D’autres personnes fortunées ont vendu leurs entreprises et ont reçu de grosses sommes d’argent, qu’elles ont ensuite investies dans d’autres sociétés.

C’est le cas d’Eric Wittouck. Il a vendu Tiense Suiker en 1989 pour 945 millions d’euros à la société allemande Südzucker, et après il a investi cet argent dans la société américaine Weight Watchers. Ludwig Verduyn estime qu’il est « quelque peu cynique » que Wittouck ait investi l’argent qu’il a gagné en produisant du sucre dans une entreprise qui encourage les gens à perdre du poids. En tout cas, la transaction n’a pas fait de mal à Wittouck. Par le biais de sa société holding luxembourgeoise Artal, il contrôle quelque 5,3 milliards d’euros d’investissements à Wall Street.

Marc Coucke a également tiré un avantage indéniable d’une vente. En 2014, il a vendu sa société Omega Pharma pour 3,6 milliards d’euros à l’entreprise américaine Perrigo. Il y a eu quelques remous lorsqu’il s’est avéré qu’il ne devait guère payer d’impôts sur la plus-value résultant de la vente de ses actions. « Je comprends toute cette agitation », a répondu Coucke, « mais je pense que je contribuerai beaucoup plus aux caisses de l’État belge en investissant dans de nouvelles entreprises ».

Après la vente, Coucke a investi, via son véhicule d’investissement Alychlo, du nom de ses filles Alysée et Chloé, dans toute une série d’entreprises, telles que le fabricant de biscuits Lotus Bakeries, le géant des fruits et légumes Greenyard, le promoteur immobilier bruxellois Immobel, le groupe de construction ostendais Versluys et diverses sociétés pharmaceutiques. Il a investi dans le club de football en difficultés RSC Anderlecht et l’année dernière, il a fondé Padelworld, une société avec laquelle il veut créer 100 à 200 terrains de padel dans notre pays. Il ne s’agit là que de quelques exemples de sa « folie d’investissement », du moins selon certains.

À la fin de l’année dernière, De Tijd a répertorié soixante holdings familiaux qui, comme Coucke, injectent de l’argent dans l’économie. Selon les calculs du journal économique, les familles d’entrepreneurs ont réinvesti 8,5 milliards d’euros au cours des dix dernières années. On peut distinguer deux grands types de holdings familiaux. D’une part, il y a les propriétaires historiques de grandes entreprises, qui investissent les dividendes qu’ils reçoivent chaque année dans d’autres entreprises. D’autre part, il y a les holdings familiales d’entrepreneurs qui ont vendu leurs fleurons et qui remettent cet argent dans l’économie en investissant dans d’autres entreprises.

Un exemple du premier groupe est le holding Verlinvest de la famille Werner de Spoelberch, actionnaire d’AB Inbev, qui, avec une fortune de 6,8 milliards d’euros, occupe la troisième place dans la liste des Belges les plus riches. Plus de 30 personnes travaillent à Verlinvest pour obtenir le meilleur rendement de cet argent. Le holding a investi dans diverses entreprises, telles que la société de chocolat Tony’s Chocolonely, la marque de mode G-Star et le groupe de boissons Rémy Cointreau. Verlinvest est très actif en Inde, où il est actionnaire de la société technologique Byju’s, actuellement valorisée à 18 milliards de dollars (16 milliards d’euros) et décrite par la presse spécialisée comme « une pépite d’or ».

Et puis il y a les entrepreneurs qui ont vendu leur entreprise et utilisé le capital pour investir dans d’autres sociétés, comme Filip Balcaen (1,3 milliard d’euros), qui s’est enrichi en vendant le fabricant de tapis Balta et la société de vinyle IVC. Avec son holding d’investissement Baltisse, il aime investir dans l’immobilier. Par exemple, il est propriétaire de la tour IBM de l’avenue Botanique à Bruxelles. Le « roi flamand des couches » Bart Vanmalderen (1,5 milliard d’euros) a investi l’argent qu’il a tiré de la vente de sa société Ontex via sa holding familiale VM Invest dans Drylock Technologies, un fabricant de couches ultrafines, et dans le promoteur immobilier coté en bourse VGP de la famille Van Geet, qui, avec une fortune de 1,8 milliard d’euros, figure également parmi les vingt Belges les plus riches.

Les entrepreneurs fortunés aident donc d’autres entrepreneurs à se développer, à innover et à créer une valeur ajoutée grâce à leur fortune. C’est bon pour l’emploi, la prospérité et les caisses de l’État. Et, bien sûr, si les affaires sont bonnes, elles le sont aussi pour eux.

Le volant d’inertie

Une tendance assez récente est que les nouveaux riches s’associent de plus en plus pour créer des fonds. L’un d’entre eux est Fund+, l’idée de Désiré Collen. Le professeur de Louvain a fait fortune en découvrant le t-PA, un médicament qui dissout les caillots sanguins et combat les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux. Sa fortune est estimée à « seulement » 43 millions d’euros. Afin d’avoir encore suffisamment de poids financier pour investir dans des entreprises de biotechnologie, il est parti à la recherche d’argent. Il l’a trouvé auprès d’entrepreneurs tels que l’ancien président de Voka, Urbain Vandeurzen, et Vic Swerts, qui figurent également sur la liste des Belges les plus riches.

La fortune de Swerts (660 millions d’euros) est liée à une histoire fascinante. Swerts possède toujours la société Soudal, connue pour ses silicones, ses colles et autres produits destinés au secteur de la construction. « Je veux que Soudal devienne un Bekaert ou un Solvay », a-t-il déclaré un jour à Knack. « J’aimerais créer une fondation familiale afin que l’entreprise reste dans la famille pendant plusieurs générations. Swerts est également actionnaire du groupe de divertissement Studio 100 de Gert Verhulst et Hans Bourlon (qui pèse collectivement 241 millions d’euros), pour lequel il s’est engagé dans un partenariat avec 3D Investors. Il s’agit de la société holding de Frank Donck (92 millions d’euros), autrefois propriétaire du numéro un de l’industrie laitière belge, Comelco.

Ce n’est qu’une des nombreuses collaborations que Swerts a nouées avec d’autres personnes riches. Avec l’argent qu’il dit avoir « en trop« , il a déjà mis la main sur plusieurs fonds. Ainsi, il est présent non seulement dans le Collen’s Fund+ mais aussi dans le CE Family Fund de la famille Moorkens (ex-importateur de voitures principalement japonaises et asiatiques : 120 millions d’euros) et Geert Noels (gestionnaire d’actifs Econopolis), qui fournit du capital-risque à des entreprises familiales belges non cotées. Au total, selon Swerts, ses investissements dans des fonds sont bons pour 50 millions d’euros. D’ailleurs, dans l’un de ces fonds, nous avons récupéré notre investissement au bout d’un an seulement », a avoué Swerts à notre magazine Trends.

Swerts a également investi dans Smile Invest, par exemple, un fonds créé par Urbain Vandeurzen (421 millions d’euros). L’histoire de Vandeurzen illustre celle de nombreux « nouveaux riches ». Il était le principal actionnaire de LMS, qui était à l’origine une spin-off de la KU Leuven produisant des systèmes d’essai et des logiciels de simulation pour la conception de voitures, d’avions et de machines. En 2012, la caisse enregistreuse a sonné : LMS a été vendu pour 700 millions d’euros au groupe technologique allemand Siemens.

Vandeurzen souhaitait répartir ses investissements en capital et est arrivé à la conclusion qu’il pourrait mieux le faire s’il disposait de plus de capital. C’est pourquoi il a fondé Smile Invest, où , outre Swerts, sont intervenus Jan Toye (holding Diepensteyn et ancien actionnaire principal de la brasserie Palm : 231 millions d’euros) et Noël Essers (fondateur de l’entreprise de transport H.Essers : 263 millions d’euros). Smile Invest a déjà investi dans une firme de chauffage, un groupe informatique et un spécialiste des équipements médicaux.

« Au fait, vus savez ce que veut dire Smile ? », a demandé un jour Vandeurzen à Knack. « Smart money for innovation leaders ». Mais Smile exprime aussi le fait que cela doit rester un plaisir. Investir dans des entreprises prometteuses est un travail fantastique. Tout d’abord, vous aidez les entreprises à se développer et à devenir fortes. Deuxièmement, il s’agit d’un bon investissement du patrimoine familial. Troisièmement, vous contribuez à la prospérité de la région. Et quatrièmement, vous pouvez le faire avec vos amis et collègues du monde entrepreneurial flamand. Y a-t-il quelque chose de plus agréable ? »

C’est clair : l’argent des riches fonctionne comme un volant d’inertie. Il est utilisé pour élever d’autres entreprises à un niveau supérieur. Il ne s’agit pas d’une forme de charité, car elle doit porter ses fruits, et de préférence plus que ce qu’un banquier privé peut offrir. En outre, cela permet d’améliorer la mise en réseau – de plus en plus de personnes fortunées se trouvent entre elles. Alors que les familles riches s’entremêlaient autrefois par le mariage, elles le font aujourd’hui de plus en plus par le biais d’intérêts financiers communs.

Une île

Les riches n’investissent pas seulement dans d’autres entreprises, ils s’intéressent aussi à l’immobilier. Marc Coucke, par exemple, possède de grandes parties de la ville ardennaise de Durbuy. Ce que la famille Cigrang a accompli est encore plus impressionnant. Cette famille anversoise peu connue est à l’origine de la compagnie maritime Cobelfret et possède une fortune de 1,4 milliard d’euros. Elle est également actionnaire de la Banque Degroof Petercam, du groupe de matériaux de construction Etex et de certaines entreprises de mode, dont A.F. Vandevorst et Christian Wijnants. Mais ce qui frappe le plus, c’est leur achat de l’île d’Espalmador, dans les Baléares espagnoles, pour laquelle les Cigrang ont déboursé 18 millions d’euros en 2018. Cette île paradisiaque de 3 kilomètres de long et 800 mètres de large – soit 137 hectares – est une réserve naturelle protégée. Il y a deux maisons, une chapelle et un phare. Le prince William, sa femme Kate Middleton et la star de la société Paris Hilton y ont séjourné.

Les Belges les plus riches aiment aussi investir dans les vignobles. Urbain Vandeurzen produit du vin à Linden, près de Lubbeek, d’autres ont acheté un domaine viticole en France. La famille portuaire Van de Vyvere (650 millions d’euros) a déboursé au moins 25 millions d’euros pour le célèbre domaine viticole Château Phélan Ségur dans le Saint-Estèphe français. La famille textile Sioen (516 millions d’euros) possède le château viticole La Marzelle à Saint-Émilion, près de Bordeaux.

La famille Frère a tiré le gros lot. Au siècle dernier, Albert Frère était invariablement décrit comme « le Belge le plus riche » et, comme il était d’usage à l’époque, il ne donnait pratiquement jamais d’interviews. Avec le Français Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, il a payé 800 millions d’euros pour le prestigieux domaine viticole Cheval Blanc en 1998. Frère est décédé en 2018. Sa fortune a été partagée entre ses deux enfants, Gérald et Ségolène, qui valent chacun 3,5 milliards d’euros et occupent les quatrième et cinquième places sur la liste des Belges les plus riches. Cheval Blanc est l’un des rares actifs qu’ils possèdent encore ensemble.

Ne vous méprenez pas, pour les riches, un domaine viticole est une affaire comme une autre. « Un château viticole est tout autant une entreprise, où la production, la logistique, les ressources humaines et les chiffres doivent être corrects », explique à Trends Jean-Charles Joris, un descendant de la famille Sioen qui dirige le domaine viticole Château La Marzelle. « Mais on peut construire une usine en quelques semaines ou mois, pas un château. Le vin exige de la profondeur et de la patience. C’est un travail de plusieurs décennies. »

Art

Et puis, il y a évidemment l’art. Pratiquement tous les riches investissent dans des objets d’art, mais la plupart du temps, le public n’a pas l’occasion de les voir. Bien qu’il y ait des exceptions. Hans Bourlon (Studio 100), par exemple, a déjà exposé des oeuvres d’artistes flamands tels que Rik Wouters, Emile Claus, Gustave De Smet, Constant Permeke et James Ensor à la Heilige Geestkapel de Malines. Marc Coucke possède quelque 500 oeuvres d’art, dont 300 de l’artiste d’avant-garde Marcel Duchamp. Il présente certaines d’entre elles à la galerie d’art Deweer à Otegem, en Flandre occidentale. Dans « son » Durbuy, il veut construire un musée d’art moderne pour donner une place plus définitive à sa collection.

Fernand Huts est le plus connu des collectionneurs d’art fortunés. Avec son épouse Karine Van den Heuvel, il possède une collection impressionnante, allant de l’art du sud des Pays-Bas, du Moyen Âge au Baroque, en passant par les textiles archéologiques et la dentelle, jusqu’à CoBrA et l’art contemporain. Tout est logé dans la Fondation Phoebus, située sur l’île anglo-normande de Jersey, un paradis fiscal. Huts, qui vit officiellement dans le Kent, au Royaume-Uni, explique que la fondation a été placée à Jersey « pas tant pour des raisons fiscales », « mais surtout parce que les fondations anglo-saxonnes ne sont pas des structures étatiques ». La tradition des fondations privées qui collectent et gèrent des oeuvres d’art y est beaucoup plus forte ».

Ces dernières années, Huts a montré au public une partie de sa collection d’art. Une exposition d’oeuvres du peintre du XVIIe siècle Jacob Jordaens se tient actuellement au musée Frans Hals de Haarlem. M. Huts a acheté l’emblématique Tour des Paysans à Anvers il y a deux ans et souhaite la transformer en une « tour culturelle », où une partie de sa collection sera exposée. Ce faisant, il suit les traces d’entrepreneurs fabuleusement riches tels que Bernard Arnault et François Pinault, qui ont respectivement fondé la Fondation Louis Vuitton et la Bourse de Commerce à Paris.

Il y a quelques années, Huts a déclaré qu’il investissait 8 millions d’euros par an dans l’art, soit autant que ce que le gouvernement flamand dépensait à l’époque pour 21 musées. « Je le fais parce que la culture est extrêmement importante pour moi », déclare Huts. « Chaque décision dans ma vie est basée sur l’histoire et la culture. Selon moi, toute décision entrepreneuriale est la rencontre du passé et du futur. Vous devez donc chérir votre passé et votre culture. Mais les ressources que le secteur culturel obtient du gouvernement sont de plus en plus réduites. Je veux faire quelque chose à ce sujet. C’est sa façon de faire ce qu’on appelle en anglais ‘giving back to society' », estime Huts.

Maladies rares

De nombreux Belges riches essaient de rendre quelque chose à la société d’une autre manière. Ils créent une fondation pour une bonne cause, souvent après avoir rencontré le destin. Après le décès de son fils cadet dans un accident de la route en 1999, Albert Frère a fondé la Fondation Charles-Albert Frère, qui vient en aide aux enfants souffrant de handicaps physiques, sociaux ou mentaux.

Autre exemple, Jean-Pierre Berghmans, membre de la discrète famille wallonne à l’origine de Lhoist, le plus grand fabricant de chaux et de dolomie (près de 3 milliards d’euros). Le baron Berghmans a été victime d’un accident de chasse, où il a été grièvement blessé au pied. Après une opération réussie, il a fait don, en guise de remerciement, de 63 000 euros par an à la chaire Berghmans-Dereymaeker, qui permet à la KU Leuven de mener des recherches sur le fonctionnement de la cheville.

Luc Verelst (114 millions d’euros), ancien propriétaire de l’entreprise de construction du même nom, a également investi dans la recherche scientifique. Après le diagnostic de cancer de sa soeur, il a lancé le Fonds anticancéreux, qui soutient la recherche sur les traitements du cancer. Parmi ses bailleurs de fonds figurent Alexandre Van Damme et Filip Balcaen. Entre-temps, Verelst a également créé le fonds Droia, qui finance la recherche de médicaments contre des maladies génétiques et souvent rares. Marc Coucke et Urbain Vandeurzen, entre autres, investissent dans ce fonds.

Vandeurzen a également créé plusieurs fonds. Sa mère est décédée de la maladie d’Alzheimer et son gendre, le journaliste Peter Vandeborne d’un cancer. Vandeurzen a puisé dans sa fortune et recueilli des fonds auprès d’autres entrepreneurs pour financer un superlaboratoire à l’UZ Leuven, qui mène des recherches sur les « troubles ayant un impact social majeur », tels que le cancer et les troubles cérébraux, notamment la maladie d’Alzheimer.

Ce ne sont là que quelques exemples de ce que nous avons vu ailleurs. Il suffit de penser à la Fondation Bill et Melinda Gates, la plus grande fondation privée au monde. Elle a été créée par Bill Gates, cofondateur du géant informatique Microsoft. Récemment, la fondation a dépensé des milliards pour développer des vaccins contre le coronavirus.

Bien sûr, il faut applaudir le fait que des compatriotes super riches consacrent une partie de leur fortune à la culture et aux oeuvres caritatives, mais en même temps, cela crée une friction. Et s’ils devenaient indispensables ? Que se passe-t-il si l’art et la recherche scientifique deviennent trop dépendants financièrement de riches bienfaiteurs ? Bien entendu, cela soulève également la question de savoir si nos gouvernements en font assez avec l’argent des contribuables dans ces domaines. Une chose est sûre : il est certainement préférable pour les personnes fortunées de dépenser leur argent dans ces domaines, plutôt que de le dépenser dans un yacht encore plus grand sur la Côte d’Azur, pour lequel, en outre, ils montent une construction fiscale compliquée via Malte pour déjouer le fisc. Parce qu’alors ils sont les seuls à en profiter.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content