La campagne de vaccination anti-Covid 19 a démarré en Belgique le lundi 28 décembre, avec les premières injections dans trois maisons de repos - une en Wallonie, une à Bruxelles et une en Flandre -, même si le coup d'envoi officiel (et massif) reste prévu pour début janvier. C'était la première étape après le feu vert donné par l'Agence européenne des médicaments (EMA), pile une semaine plus tôt, à la mise sur le marché du vaccin BioNTech-Pfizer, les quatre autres réservés par le gouvernement belge devant attendre le 6 janvier pour bénéficier de la même autorisation de commercialisation. Dès que les produits sont commercialisés, s'ouvre la phase 4, celle de la pharmacovigilance: les vaccinés et les médecins signalent aux autorités nationales concernées (chez nous, l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé et l'Institut de santé publique Sciensano), ainsi qu'à l'EMA et aux laboratoires pharmaceutiques, d'éventuels effets secondaires inconnus.
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La campagne de vaccination anti-Covid 19 a démarré en Belgique le lundi 28 décembre, avec les premières injections dans trois maisons de repos - une en Wallonie, une à Bruxelles et une en Flandre -, même si le coup d'envoi officiel (et massif) reste prévu pour début janvier. C'était la première étape après le feu vert donné par l'Agence européenne des médicaments (EMA), pile une semaine plus tôt, à la mise sur le marché du vaccin BioNTech-Pfizer, les quatre autres réservés par le gouvernement belge devant attendre le 6 janvier pour bénéficier de la même autorisation de commercialisation. Dès que les produits sont commercialisés, s'ouvre la phase 4, celle de la pharmacovigilance: les vaccinés et les médecins signalent aux autorités nationales concernées (chez nous, l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé et l'Institut de santé publique Sciensano), ainsi qu'à l'EMA et aux laboratoires pharmaceutiques, d'éventuels effets secondaires inconnus. Les autorités politiques et sanitaires espèrent vacciner au moins 70% de la population. Ce chiffre se fonde sur le taux de reproduction de base (RO) du virus, c'est-à-dire le nombre de personnes contaminées par un sujet infectieux. Pour la Covid-19, le RO s'élève en moyenne à trois individus (chaque maladie a son RO). D'où ce calcul: 1.000 personnes en contaminent 3.000, 3.000 en contaminent 9.000, etc. C'est la logique épidémique exponentielle. Si la moitié des individus sont immunisés, 1.000 n'en contaminent plus 3.000, mais 1.500. Or, si on atteint 70%, 1.000 personnes en contaminent un peu moins de 1.000. Le RO passe en dessous de 1 ; un sujet infectieux ne contamine pas plus d'une personne. Il n'y a plus de progression exponentielle. Cette campagne massive de vaccination qui s'organise en un temps record, moins d'un an seulement après le séquençage complet du génome du Sras-CoV-2, suscite néanmoins de nombreuses interrogations. D'abord, celle-ci: le vaccin mettra-t-il fin à la pandémie? Lui seul, non. Tedros Adhanom Ghebreyesus, à la tête de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'a dit clairement: "Les individus devront toujours être testés, isolés et les contacts devront toujours être recherchés et mis en quarantaine. Il faudra rester prudent." Car, généralement, un vaccin ne signe pas la fin d'une maladie. Par exemple, pour la rougeole, dont le vaccin reste l'un des plus efficaces jamais développés, on constate régulièrement des flambées épidémiques dans plusieurs pays, et notamment en Belgique. Avec l'hygiène, il permet de contrôler une épidémie. Et plus la proportion de la population qui est immunisée est grande, plus la propagation du virus ralentit. En outre, atteindre une immunité collective grâce aux vaccins dépend en partie de leur efficacité (les anticorps développés et leur protection), de leur conservation (les vaccins devant être maintenus à température très basse ne seraient pas adaptés à une vaccination de masse) et de leur distribution. Enfin, l'ensemble de la population mondiale n'aura pas accès aux vaccins en même temps et le virus continuera à circuler si les populations relâchent leurs efforts. "Nous sommes dans une pandémie et il ne s'agit pas seulement de contrôler la maladie au Royaume-Uni, en France ou en Espagne. Nous devons également la combattre en Afrique et en Amérique latine", souligne Tedros Adhanom Ghebreyesus. Pour le moment, on sait que les produits Pfizer et AstraZeneca préservent l'individu vacciné contre les formes graves de la maladie (avec, pour conséquence, d'éviter un engorgement des hôpitaux et, surtout, des soins intensifs), mais on ignore encore leur capacité à réellement empêcher la transmission du virus, même si un récent document de la FDA (Agence américaine du médicament) suggère que la solution de Moderna pourrait avoir un effet sur la réduction de la transmission. Néanmoins, à ce stade, les scientifiques manquent encore de données pour trancher cette question essentielle. Les réponses ressortiront des études réalisées après leur mise sur le marché. Le protocole de Moderna prévoit ainsi d'évaluer l'efficacité et la sécurité du vaccin jusqu'à deux ans après l'administration de la seconde dose. "Le bénéfice majeur de ces vaccins, c'est en effet l'absence de cas sévères", nuance Michel Goldman, immunologue à l'Université libre de Bruxelles (ULB). Car les décès, les passages en réanimation mais aussi les confinements ne sont dus qu'à ces formes sévères. Si on les supprime, la pandémie n'est plus un danger. Pfizer, par exemple, précise que la protection a été mesurée entre sept et quinze jours après la vaccination, soit quand l'immunité des patients est la plus forte. Or, celle-ci a tendance à diminuer avec le temps. Va-t-elle se maintenir à ce niveau pendant des mois, descendre progressivement, chuter brutalement? Selon les premières données, la durée d'immunité du vaccin développé par Moderna persiste 90 jours après la seconde dose. En outre, les études en cours démontrent que les personnes vaccinées présentent davantage d'anticorps que celles immunisées naturellement après une contagion. Des six précédents coronavirus connus pour avoir infecté l'homme, parmi lesquels le Sras-CoV-1 et le Mers, la durée de protection se situait entre douze et vingt-quatre mois et, chez certains individus, plus longtemps encore. Les anticorps ne sont pourtant qu'une composante de la défense immunitaire. En parallèle, il existe les lymphocytes B (producteurs d'anticorps, dont une partie est stockée pour réagir plus vite en cas de réinfection) et les lymphocytes T (soldats de l'immunité, produits dans la moelle osseuse, qui tuent les cellules infectées). Et, à la différence d'une infection naturelle, qui peut entraîner une réponse immunitaire décalée et ralentie, le vaccin, lui, est conçu pour assurer une immunité globale. "Six mois après, on constate une stabilité au niveau de la réponse immunitaire (les anticorps), note Nicolas Dauby, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre et post-doctorant à l'Institut d'immunologie médicale (ULB). Quant aux lymphocytes B mémoire, on a même observé une augmentation au fil du temps. On peut donc espérer une durée supérieure à six mois. Cela reste à prouver mais sur la base d'expériences précédentes, nous pouvons l'espérer." En réalité, muter est la condition de survie d'un virus. Le Sras-CoV-2 est un parasite quasi parfait qui ne peut pas exister de manière autonome. Le micro-organisme, pour vivre et se reproduire, doit pénétrer à l'intérieur des cellules de son hôte et évoluer légèrement pour subsister. Or, la nature n'est pas parfaite. Chez lui, l'information génétique ne se situe pas sur l'ADN, mais sur une autre chaîne, l'ARN. Ce patrimoine est transmis à chaque reproduction du virus. L'héritage est alors dupliqué des milliers de fois et, devant l'ampleur de la tâche, l'enzyme qui le copie fait régulièrement des erreurs. Les petites mutations apparaissent lors de ces répliques. Jusqu'ici, la découverte de variants du coronavirus, en Angleterre et en Afrique du Sud, ne remet pas en question l'efficacité des vaccins déjà mis au point, puisque les mutations n'empêchent pas l'action des anticorps, comme on l'a observé lors de tests sur des souris, relevait il y a deux mois la Rockefeller University de New York. Trois types d'anticorps resteraient efficaces. Mais si le virus devait muter de façon importante, les labos devront adapter les vaccins, à l'exemple de la grippe saisonnière qui, à mesure qu'elle touche la planète, mute aussi régulièrement. Ce qui nécessite de réajuster tous les ans la composition du vaccin antigrippal. Les scientifiques, à l'instar des virologistes Marc Van Ranst (KULeuven) et Steven Van Gucht (Sciensano), sont néanmoins convaincus que "le Sras-CoV-2 est un virus hyperstable par rapport à la grippe". Et, théoriquement, la technologie de l'ARN messager permet de s'adapter rapidement aux mutations des protéines de surface. En Belgique, la vaccination, sur base volontaire, sera gratuite pour tous. Le pays devrait recevoir 22 millions de doses (dont 5 millions du vaccin BioNTech-Pfizer, qui s'administre en deux doses espacées de 21 jours), dans le cadre d'un achat groupé négocié par la Commission européenne. Chez nous, seules 210.000 personnes recevront le vaccin Pfizer, dont les 150.000 résidents en maisons de repos. "Dans un premier temps, il est fort probable qu'on utilisera tous les vaccins ayant une efficacité suffisante, conclut Marc Van Ranst. Puis, les meilleurs finiront par s'imposer, et il ne s'agira pas forcément des premiers." Les technologies à l'origine des vaccins les plus avancés, comme les résultats annoncés par les firmes pharmaceutiques, varient. Passage en revue.