À l'approche d'un nouveau Codeco prévu fin de cette semaine, un point en particulier fait débat au sein de la communauté scientifique et politique : l'extension du Covid safe ticket. À Bruxelles notamment, le gouvernement a annoncé sa volonté d'imposer le pass sanitaire dans la restauration, le secteur événementiel et les discothèques de la capitale, et ce, dès le 1er octobre.
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À l'approche d'un nouveau Codeco prévu fin de cette semaine, un point en particulier fait débat au sein de la communauté scientifique et politique : l'extension du Covid safe ticket. À Bruxelles notamment, le gouvernement a annoncé sa volonté d'imposer le pass sanitaire dans la restauration, le secteur événementiel et les discothèques de la capitale, et ce, dès le 1er octobre.L'objectif de cette potentielle obligation ? Réfréner la progression des nouvelles contaminations dans la Région où le taux de vaccination est au plus bas. En effet, seuls 62 % de la population bruxelloise de plus de 18 ans est aujourd'hui totalement vaccinée, contre 78 % en Wallonie et 89 % en Flandre. Une obligation qui est loin de plaire à tout le monde, comme l'ont démontré les manifestations organisées ce week-end. Même du côté des experts, les avis restent mitigés. Ainsi, l'épidémiologiste Marius Gilbert y voit là une carte à jouer, sans pour autant pouvoir garantir son efficacité. Car si la mesure pourrait stimuler la vaccination dans la capitale, à l'image de la relance française, rien n'indique que cela puisse effectivement fonctionner dans notre pays. "La réalité de l'hésitation de la vaccination belge n'est pas forcément identique à celle des Français (...) Donc il n'est pas évident que cette obligation va marcher ", expliquait-il sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche. Selon lui, l'application de cette mesure pourrait même présenter un inconvénient majeur: "Elle va accentuer la polarisation de la société et ça, c'est aussi un risque". Côté politique, les discordances étaient nombreuses, notamment entre socialistes et écologistes. En substance, le PSest pour l'élargissement du pass à Bruxelles pour de nombreux secteurs. Alors que du côté Ecolo, la nuance est de mise. Au MR, certains estiment qu'on ne peut envisager l'extension du pass sanitaire à certains secteurs uniquement si cette mesure est proportionnée, limitée dans le temps et que son efficacité est prouvée. Et surtout, si elle est instaurée dans le but d'éviter des fermetures de secteurs, a ainsi affirmé la vice-Première ministre Sophie Wilmès dans l'émission Jeudi en prime de la RTBF.Le recours au Covid safe ticket est également étudié de près en Flandre, en particulier dans les hôpitaux. Au grand dam de certains qui considèrent l'outil inutile puisque la Région présente le taux de vaccination le plus élevé du pays. Cette demande, ce sont les organisations flamandes des soins de santé qui l'ont faite. "Nous demandons au gouvernement de rendre la coronapass obligatoire pour les visiteurs des patients dans les hôpitaux et les résidents des centres de soins résidentiels", a déclaré au quotidien De Morgen Margot Cloet, directrice générale de Zorgnet-Icuro, la plus grande organisation de soins en Flandre. Et pour cause : le secteur souhaite renforcer la sécurité au plus vite. "Nous craignons que les épidémies ne s'aggravent dans les mois à venir", a-t-elle indiqué.À l'origine de cette peur ? Le décès de sept résidents vaccinés d'un centre de soins résidentiels à Zaventem cet été. Les recherches menées par une équipe de la KU Leuven ont montré que le coupable de ce foyer était le variant colombien "Mu", nouveau et encore très peu présent en Belgique. Le Réseau flamand des soins indépendants (Vlozo) veut donc pouvoir exiger des visiteurs qu'ils présentent un certificat Covid. " L'efficacité des vaccins diminue à mesure que les gens vieillissent ", explique Johan Staes. "Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour les protéger. " Et pour protéger les patients, il n'y a pas que l'introduction du pass sanitaire obligatoire qui est envisagée. Le dernier Comité de concertation a acté l'obligation vaccinale pour tout le personnel soignant, avec notamment l'appui de l'Académie royale de Médecine de Belgique (ARMB) qui recommande elle aussi une telle mesure. Pour justifier cette recommandation, l'ARMB mentionne notamment "les risques élevés encourus par les professionnels eux-mêmes, le risque de transmission aux personnes vulnérables, l'émergence de variants, la couverture vaccinale insuffisante, et surtout le devoir déontologique des professionnels de santé de montrer l'exemple ".Reste à connaître les modalités d'application de la mesure, qui devraient bientôt être annoncées.De telles décisions sont-elles le signe d'une potentielle reprise de l'épidémie en Belgique, ou est-ce simplement la volonté des autorités de prendre à bras le corps la situation épidémiologique pour justement éviter un tel cas de figure?À l'heure actuelle, 1 936 nouvelles infections au coronavirus ont été détectées en moyenne chaque jour, entre le 1er septembre et le 7 septembre. C'est une baisse de 5% par rapport à la semaine précédente. Quant aux admissions, elles s'élèvent en moyenne à 67,4 entre le 4 septembre et 10 septembre, soit une légère hausse de 2%. Le taux de positivité, c'est à dire la proportion de tests positifs, reste quant à lui stable, à 5,4% et le taux de reproduction s'établit aujourd'hui à 0,99%. Pour rappel, lorsqu'il est supérieur à 1, cela signifie que la transmission du virus s'accélère.Si la pandémie est loin d'être terminée, la situation actuelle n'a rien d'alarmant. Les chiffres évoluent plus lentement que lors des vagues précédentes, et les unités de soins intensifs sont loin d'être surchargés. Le 9 septembre 2021, 708 lits d'hôpital dont 216 lits en unité de soins intensifs étaient occupés par des patients Covid. Pour l'instant, la capacité des soins intensifs affiche un taux de 11% à l'échelle nationale, les provinces de Luxembourg (12%) et de Liège (14%) présentant des taux légèrement supérieurs. A Bruxelles, 28% de la capacité est atteinte. Une situation tout à fait gérable.Même à Bruxelles, moins vaccinée et où le taux d'incidence plaçait la région en "rouge foncé", avec 575 cas pour 100.000 habitants sur 2 semaines, la situation se stabilise. Pour autant, il ne faut pas baisser la garde : c'est à Bruxelles que la hausse des admissions est la plus marquée (+20%), et que l'on trouve plus d'un tiers des patients Covid en soins intensifs (74 sur 269).Et si les variants restent une donnée qui peut changer le cours des choses, la situation reste sous contrôle. Des études ont en effet prouvé que les vaccins étaient efficaces contre les formes sévères liés au variant Delta. Et si un petit nouveau - le variant Mu - a fait son apparition, en provoquant la mort de plusieurs personnes dans les populations plus fragiles, sa présence reste tout de même anecdotique sur le territoire. "Il n'y a pas de circulation du variant ici" précisait Jean Ruelle, virologue à l'UC Louvain. Certains politiques envisagent même la fin du port du masque obligatoire dans certains lieux publics.