En Belgique, plus de la moitié des mariages se termine par un divorce. Autant dire qu'aujourd'hui, se séparer fait pour ainsi dire partie de la vie. "J'estime pourtant que nous pouvons montrer plus de compréhension", prévient Katalien Bollen, professeur de psychologie. Attachée à l'université de Maastricht, elle a beaucoup étudié la gestion des conflits. "Seul un couple sur trois s'en tient aux conventions prises initialement. S'il y a des enfants, un quart des couples s'oppose encore après six ans en matière d'éducation. (1) Mais il existe peu de situations qui rendent une personne aussi impuissante qu'un divorce."
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En Belgique, plus de la moitié des mariages se termine par un divorce. Autant dire qu'aujourd'hui, se séparer fait pour ainsi dire partie de la vie. "J'estime pourtant que nous pouvons montrer plus de compréhension", prévient Katalien Bollen, professeur de psychologie. Attachée à l'université de Maastricht, elle a beaucoup étudié la gestion des conflits. "Seul un couple sur trois s'en tient aux conventions prises initialement. S'il y a des enfants, un quart des couples s'oppose encore après six ans en matière d'éducation. (1) Mais il existe peu de situations qui rendent une personne aussi impuissante qu'un divorce."Perte de réseau On peut comparer le réseau que l'on tisse durant la vie à un oignon. Vous vous trouvez au coeur, entouré de multiples pelures : partenaire, conditions de vie, projets d'avenir, foyer, famille, amis... Votre partenaire partage le coeur avec vous et particulièrement dans les relations de longue durée, vous êtes étroitement liés. En perdant votre partenaire, vous perdez une partie de vous-même. "Je parle plutôt d'une perte de diversité, précise le Pr Bollen. Votre partenaire se détache et cette rupture impacte l'entièreté de l'oignon. Vous sera-t-il encore possible de bavarder avec vos beaux-parents, avec tel ou tel ami ? Où allez-vous habiter ? Les enfants pourront-ils continuer à fréquenter la même école ? Un divorce remet en question toute une série d'éléments de base. Là où votre relation conjugale constituait le principe central, doit émerger un nouveau système dans lequel votre rôle de parent et de partenaire est littéralement découplé."Double vitesse Le partenaire qui prend l'initiative est souvent considéré comme celui qui a le pouvoir au sein de la relation : il est déjà loin sur le chemin du deuil et accepte la situation. Pour l'autre, la séparation n'est pas encore une réalité ; il en est toujours au début du processus de deuil et doit encore traverser les phases de déni, de colère, de négociation et de chagrin. On a affaire à des vitesses et des attentes différentes, ce qui rend la communication très difficile. L'un cherche encore la reconnaissance de ce qui a été et se débat avec les " mensonges" de l'autre. L'autre est d'avis qu'il n'y a jamais vraiment eu de mariage ; il veut trouver une bonne solution aussi rapidement que possible et imagine même parfois qu'ils pourront rester bons amis. "Se voir imposer un divorce suscite énormément d'émotion. Le néocortex dont nous avons besoin pour analyser et arriver à de bonnes solutions est alors peu actif. (2) Si le partenaire qui a décidé de divorcer peut réfléchir à une solution de manière beaucoup plus pondérée, l'autre explose dans tous les sens, tel un projectile émotionnel. Cette différence de pensée, de rythme et de besoins fait que les deux partenaires se sentent impuissants. Ils ont tous les deux l'impression de ne plus avoir de prise sur l'autre", explique le Pr Bollen. Prendre du recul Or, pour les enfants, des décisions claires et rapides s'imposent souvent. Mais il est difficile de créer de la compréhension chez des personnes qui ne se supportent plus. Une médiation peut alors venir à point pour percer les besoins et souhaits sous-jacents. Un médiateur utilise des techniques telles que des métaphores pour renforcer un message. "Aux Pays-Bas, on vient même de mettre au point un projet-pilote de médiation en ligne. Si vous avez des palpitations rien qu'en entendant la voix de l'autre, vous ne pourrez pas discuter de manière constructive. En ligne, cet aspect physique disparaît." L'humour permet également d'aborder la situation sous un autre angle. Il faut aussi prendre du recul. Si l'on sent que l'on n'est plus soi-même, il importe de faire une pause et de se changer les idées. Un deuil par phasesÀ certains égards, le processus de deuil lors d'un divorce est plus difficile que lors d'un décès. La personne décédée n'est plus là mais elle éveille généralement de bons souvenirs. Il n'est pas évident d'accepter que l'autre ne reviendra jamais mais c'est vous qui avez le contrôle sur ce processus. Dans un divorce, ce n'est pas le cas. Chaque fois que vous voyez ou entendez (parler de) votre partenaire, le processus de deuil se réactive. Pour arriver à donner une place au divorce, il faut que l'autre se comporte conformément aux attentes et aux conventions. "Si votre ex vous a toujours dit qu'il ne voulait pas d'enfants et que vous apprenez deux ans plus tard que sa nouvelle compagne est enceinte, cela fait mal." Le partenaire abandonné pense généralement que c'est de sa faute... alors qu'il n'est souvent qu'une pièce du puzzle. Le mariage prend fin parfois pour des raisons qui ne sont pas directement liées au couple : lorsque l'un des deux n'arrive plus à concilier vie familiale et travail et souhaite s'octroyer plus de temps, par exemple. "Il s'agit souvent d'un manque de reconnaissance, souligne le Pr Bollen. L'un a l'impression que le partenaire ne voit pas ce qu'il/elle investit dans la famille. Si d'autres perçoivent en revanche ce que vous faites, les partenaires vont s'éloigner (in)consciemment de plus en plus." Généralement, les partenaires se rendent compte que plusieurs choses ne vont pas comme elles devraient mais espèrent que la situation s'améliorera d'elle-même. D'ailleurs, le fait d'éviter en permanence le conflit constitue paradoxalement le fondement du conflit gigantesque que représente un divorce. Vu de l'homme, vu de la femme Lors d'un divorce, ce sont toujours les femmes qui paient les pots cassés sur le plan matériel. Elles gagnent généralement moins que les hommes et durant la vie commune, les objets importants sont fréquemment achetés avec l'argent du mari. Lors du partage des biens, on se rend clairement compte de là où l'homme a investi. Mais les courses que la femme a faites, les pleins de voiture qu'elle a payés... cet argent s'est tout simplement volatilisé. Sur le plan immatériel, ce sont les hommes qui trinquent. Malgré le partage des tâches, les mamans passent en général plus de temps avec les enfants. Si la relation avec la mère reste plus ou moins la même, la relation avec le père s'appauvrit. Vingt ans après un divorce, certains enfants font état d'une relation difficile avec le père. Si pendant le mariage, une sorte d'équilibre semblait régner dans le couple - femmes fortes sur le plan immatériel, hommes forts sur le plan matériel - cet équilibre disparaît avec la fin du mariage. Tine Bergen