Pfizer avait allumé la mèche, mi-avril, quand son CEO précisait qu'une troisième dose de son vaccin serait probablement nécessaire l'année prochaine. Et ajoutait dans la foulée que l'on devrait continuer avec des rappels annuels. Si le géant pharma y voyait une nécessité sanitaire, certains détracteurs criaient à la mise en place d'un business juteux.
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Pfizer avait allumé la mèche, mi-avril, quand son CEO précisait qu'une troisième dose de son vaccin serait probablement nécessaire l'année prochaine. Et ajoutait dans la foulée que l'on devrait continuer avec des rappels annuels. Si le géant pharma y voyait une nécessité sanitaire, certains détracteurs criaient à la mise en place d'un business juteux. Mais alors, aura-t-on vraiment besoin d'une troisième dose? Quelles seraient les premières personnes visées, et surtout, avec quel type de vaccin ?La semaine passée, le professeur Dirk Ramaekers, responsable flamand de la taskforce vaccination, faisait le point sur la question de la troisième dose. Et laissait la porte quelque peu entrouverte. "Nous pouvons être clairs sur ce point : il n'y a pas de clarté sur la troisième piqûre", a d'emblée dit l'expert. "Ce qui est certain, c'est que les contrats européens en cours de négociation et éventuellement renouvelés comprendront une exigence d'adaptation des nouveaux vaccins aux variants. Dès la fin de cette année ou le début de l'année prochaine, en principe, tous les vaccins destinés à une troisième dose devront être adaptés aux variants."Le professeur Pierre Van Damme nuançait également la question de la troisième dose. "Nous devons distinguer clairement ce que l'on entend par une troisième dose. S'agit-il du même vaccin que celui qui est actuellement formulé ? Ou une troisième dose dans une composition adaptée aux variants ?".Pour Yves Van Laethem, contacté par nos soins, cette troisième dose n'est en tout cas pas d'actualité pour toute la population belge. "Avec les vaccins actuels, je ne vois aucune raison de revacciner les personnes en bonne santé l'année prochaine", nous précise le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus. Le virologue rassure : "Tout laisse penser qu'on aura assez d'immunité, quitte à être légèrement malade, mais sans se retrouver à l'hôpital. Donc, il est très peu probable qu'on revaccine la population générale en masse."Le point d'interrogation concerne plutôt les personnes à risque, âgées, ou qui souffrent de comorbidités.Le noeud du problème réside en effet dans la mémoire immunitaire que seront capable de fournir ces personnes sur le long terme. "Pour les personnes dont on ne connaît pas trop la mémoire immunitaire, comme les personnes âgées, en mauvaise santé, ou qui souffrent d'Alzheimer par exemple, on ne sait pas si la réponse immunitaire sera aussi bonne. Donc, pour cette population précise, on a peut-être intérêt à avoir plus de stimulations immunisantes par les vaccins. Il est fort plausible qu'à un moment, on décide de revacciner de façon ciblée. Le principe de précaution pourrait avoir son sens, dans ce cas précis uniquement. Mais pour le Belge moyen, on ne va pas le revacciner avant un certain temps. Il n'y en tout cas pas de preuves scientifiques qui nous montreraient que c'est nécessaire", résume Yves Van Laethem. Quand revaccinerait-on cette population ciblée? "Peut-être à l'automne où l'on aura des tonnes de vaccins 'en trop'. Ils pourraient servir à cela. Ou attendre l'année prochaine, où on aura les mêmes vaccins, mais adaptés aux variants. C'est encore une discussion à avoir, que personne n'a encore résolu", selon le virologue du CHU Saint-Pierre. L'autre question liée à cette potentielle troisième dose, c'est aussi de savoir si les vaccins actuellement administrés seront toujours efficaces face aux variants à venir. Ici aussi, Yves Van Laethem reste serein sur la question : "On sait qu'on a une bonne immunité avec les vaccins actuels. On a une bonne mémoire immunitaire. Ça n'empêche pas de faire la maladie légèrement, mais ça devrait permettre, chez les gens qui ont une bonne immunité, de ne pas nécessiter une nouvelle vaccination. Sauf s'il y avait des variants tellement conséquents que ça échapperait à l'immunité. Mais ces variants conséquents, ils ne sont pas encore là pour l'instant. Même le variant Delta n'a pas l'air de pouvoir circonvenir le vaccin actuel de manière significative."Pour Michel Goldman, immunologue et professeur d'immunologie à l'ULB, il est nécessaire et urgent d'adopter une attitude beaucoup plus individualisée, liée aux situations de chacun. "La troisième dose, c'est nécessaire, et même urgent chez certains. Mais ce n'est pas nécessaire pour d'autres. Face au variant indien qui inquiète, la première préoccupation, ce sont les personnes qui ne sont pas bien immunisées malgré une vaccination complète à deux doses", nous explique-t-il.Pour l'immunologue, "l'urgence est de considérer l'administration d'une troisième dose, chez les personnes qui n'ont pas bien répondu au vaccin. Cela peut être lié à leur âge, à leurs comorbidités, aux médicaments qu'ils prennent. Je pense par exemple aux patients qui ont reçu une greffe d'organe ou de cellules pour une leucémie. Chez ces gens-là, il faut sortir du brouillard et regarder où en sont leurs anticorps. S'ils n'en ont pas, il faut d'urgence leur donner une troisième dose. Il n'y a pas de raison d'attendre pour prendre cette décision. Il faut repérer les personnes qui n'ont pas répondu à deux doses le plus rapidement possible", alerte-t-il.Quel type de vaccin est-il dès lors préférable d'administrer pour cette troisième dose? "Préférentiellement, un vaccin à ARN messager. Pour ceux qui ont déjà reçu AstraZeneca, les choses sont claires. S'ils ont besoin d'une troisième dose, ça doit être un vaccin à ARN messager, dès aujourd'hui. Le mélange donnera sans doute plus d'effets secondaires (fièvre, maux de tête) pendant un ou deux jours. Mais en termes d'immunogénicité, c'est efficace. "Michel Goldman attend aussi l'arrivée de nouveaux vaccins sur le marché : "J'espère que les vaccins de Novavax et Sanofi, qui reposent sur une autre technologie, arriveront bientôt. Ceux-là pourraient être très intéressants pour la troisième dose."L'expert pointe, pour finir, le cas problématique de Johnson & Johnson : "Il y a des raisons de penser que chez certains, une seule dose de Johnson & Johnson ne va pas protéger de façon optimale, et en particulier vis-à-vis du variant indien. La question qui va se poser n'est donc pas seulement celle d'une troisième dose, mais aussi d'une deuxième dose chez ceux qui ont reçu le vaccin J&J."