Au téléphone, elle prévient : " Ce sera peut-être ma dernière interview. " La socialiste Ingrid Colicis quitte la politique. Onze années durant, elle lui a donné sa vie : comme députée wallonne, comme échevine, aux Bons-Villers d'abord, puis dans la plus grande ville de Wallonie, Charleroi. Mais là, c'est fini. Rideau. Peut-être même s'en ira-t-elle avant les élections communales d'octobre, si elle trouve un emploi dans l'un de ses domaines de prédilection, les langues ou le management.
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Au téléphone, elle prévient : " Ce sera peut-être ma dernière interview. " La socialiste Ingrid Colicis quitte la politique. Onze années durant, elle lui a donné sa vie : comme députée wallonne, comme échevine, aux Bons-Villers d'abord, puis dans la plus grande ville de Wallonie, Charleroi. Mais là, c'est fini. Rideau. Peut-être même s'en ira-t-elle avant les élections communales d'octobre, si elle trouve un emploi dans l'un de ses domaines de prédilection, les langues ou le management. Tout au long de son parcours, Ingrid Colicis aura marqué les esprits par son franc-parler. " Le PS carolo est mérulé ", c'est elle. " Il n'y a pas d'avenir pour la sidérurgie wallonne ", elle aussi. Dans le ronron bonhomme de la politique belge, son style détonne. Désormais, il ne viendra plus importuner les puissants. Jean-Claude Van Cauwenberghe, l'ancien homme fort de la cité, jadis impérial sur les bords de Sambre, a salué le départ d'un " oiseau rare ". Avec une dose de soulagement (en partant, elle libère l'échevinat des Sports dont rêve son fils Philippe), mais aussi, qui sait ?, une pointe de tendresse envers celle qui l'a défié yeux dans les yeux. Ingrid Colicis, c'est un symbole. Celui des " rénovateurs " du PS carolo qui, au plus fort des affaires, se sont dressés contre les pratiques indignes, contre la loi du silence, contre les arrangements opaques. Aux sources de ce tempérament à la fois frondeur et gestionnaire ? Un arrière-grand-père irlandais, résistant au nazisme, mort en déportation. Un autre arrière-grand-père, échevin social-chrétien aux Bons-Villers. Et un grand-père, délégué syndical CSC. Interview en forme de testament politique. Ingrid Colicis : Je prends tellement les choses à c£ur, et les choses ne vont tellement pas comme je le voudrais, qu'aujourd'hui ma santé est en danger. Mes problèmes à Charleroi, et en politique de façon générale, font que je dois me sauver de ce truc. Je ne suis pas faite pour ça, donc je dois m'en extraire. Il y en a eu plusieurs. Le premier, cela a été une mission en Suède, en novembre 2010. Avec plusieurs collaborateurs, je me suis rendue à Enköping, une ancienne ville industrielle de 40 000 habitants, confrontée aux mêmes difficultés que Charleroi. Là-bas, la maire ne s'appelle pas " maire ", mais présidente du conseil d'administration de la ville. Elle s'appuie sur un premier adjoint, membre du même parti qu'elle, et sur une deuxième adjointe, qui est la chef de file de l'opposition. A eux trois, ils administrent la ville, comme si c'était une entreprise. La maire doit constamment tenir compte de l'opposition. Ils travaillent comme des techniciens. J'aime cette vision managériale. Je pense qu'il est temps de gérer les communes wallonnes comme des entreprises. Pas du tout. La Scandinavie, en matière de gouvernance, c'est l'exemple à suivre. Le même reportage montrait le ministre de la Justice dans son petit bureau, sans rien d'ostentatoire. Les ministres n'ont pas de voiture de fonction, mais peuvent recourir à un pool de chauffeurs si nécessaire. Quand j'ai vu ça, je me suis dit : c'est la politique comme j'aimerais la faire. Des ministres fédéraux viennent d'annoncer fièrement qu'ils passaient d'une Audi A8 à une A6. La classe ! Il faut être complètement déconnecté de la réalité pour faire passer ça comme un message positif. S'ils avaient choisi une Golf break, là, j'aurais applaudi. Une fois encore, on va me traiter de poujadiste, alors que c'est de la simple bonne gestion. Non. C'est une tendance ancrée profondément chez nous. Les responsables politiques estiment que, vu la difficulté de leur travail, ils ont le droit de s'octroyer des tas d'avantages. Elles ne sont pas terribles, non. Oui. Parce que j'ai sacrifié beaucoup de choses pour la politique. A mon petit niveau, je pense que j'ai un bon bilan, et je ne vois pas le retour. Je ne demande pas qu'on m'attribue un bon bulletin, mais parfois j'aurais eu besoin d'un soutien. Je ne l'ai pas. J'aurais voulu que Paul Magnette me soutienne davantage, quitte à s'opposer au bourgmestre Jean-Jacques Viseur. Je crois qu'il me considère comme un électron libre. Son raisonnement, c'est : tu as voulu être indépendante d'esprit, alors débrouille-toi toute seule. Il doit être honnête. Soit il envisage d'être bourgmestre, vraiment, et il prend la tête de liste. Soit il reste au fédéral, et il se place en queue de liste. Moi, je n'ai pas de préférence. A priori, j'aime beaucoup Eric Massin, je suis sûre qu'il ferait un chouette bourgmestre. Paul Magnette doit dire la vérité aux Carolos. Moi, je suis une sentimentale. J'avais développé un attachement et une admiration pour Jean-Jacques Viseur. Il me surprenait par sa culture générale. Puis, deux ou trois fois, je me suis retrouvée avec un couteau planté dans le dos. Viseur, c'est le genre à vous dire blanc, et à faire noir ensuite. A partir de là, j'ai perdu toute confiance en lui. J'ai détesté sa façon de fonctionner comme bourgmestre. Il n'était pas assez dynamique. J'aurais beaucoup de mal à prôner un olivier après toutes les difficultés que nous avons rencontrées avec le CDH... Mais j'aimerais qu'Ecolo en soit, oui. Pourquoi pas ? Les trois se complètent bien. On ne va pas cacher qu'à Charleroi le PS en général s'entend bien avec le MR. Il est important de ne pas partir d'une relation complètement conflictuelle. Je ne crois pas que Paul Magnette y soit favorable. Il faut garder l'ouverture. Cela nous oblige à nous remettre en question. Paul Magnette doit écouter son parti, tout comme Olivier Chastel doit écouter le sien. Mais chaque fois qu'il a fallu imposer des décisions, il l'a fait. Jean-Marc Nollet me dit que je me suis trompée de parti. A l'époque où c'était très difficile pour moi au PS, Jean-Michel Javaux m'a envoyé un SMS de soutien. Mais il n'y a jamais eu le moindre début de négociation quant à mon passage chez Ecolo. Sincèrement, je ne l'ai jamais envisagé. Je n'aime pas les transfuges. Il devrait le faire. Dans les grands équilibres carolos, ce serait bien d'avoir Paul Magnette, Olivier Chastel et Jean-Marc Nollet. Leurs façons de travailler se complètent. Non. Pour nous, il est trop tard. On nous avait demandé de choisir. Mais c'était une règle interne au PS, sur laquelle le parti va d'ailleurs revenir. Mais on a perdu une opportunité de travailler efficacement au parlement pendant cinq ans. Je l'ai fait pendant deux ans, c'est faisable. C'est une superbe opportunité pour relayer les dossiers. Evidemment, il faut travailler. Tout dépend aussi du parlementaire. Si on n'ose pas interroger un ministre de façon un peu pointue, ça ne sert à rien. Je ne suis pas contre le cumul, je suis pour un cumul rationnel. Quelqu'un comme Jean-Pascal Labille [NDLR : secrétaire général des Mutualités socialistes], c'est exagéré. Cela devient la course au pognon. Avec plus de cinquante mandats, comment peut-on seulement expliquer la manière dont on organise son emploi du temps ? Déçue, plutôt. J'essaierai d'être active, mais je ne serai plus qu'une voix parmi d'autres. Je veux m'assurer qu'on ne détricote pas tout mon travail à l'échevinat des Sports. Oui. ENTRETIEN : FRANÇOIS BRABANT ET ETTORE RIZZA " Il est temps qu'on gère les communes comme des entreprises "" Jean-Marc Nollet devrait déménager à Charleroi "