Henri Houben a franchi le cap d'un doctorat à l'UCL, avec une thèse sur l'industrie automobile. Une carrière académique aurait pu sourire à ce porteur d'une licence en sociologie et d'une maîtrise en sciences économiques. S'il n'y avait eu ce profil contrariant de marxiste pur jus : " Je ne suis pas dans le moule. Je n'avais ni réseaux ni relais pour acquérir une certaine notoriété sur le plan académique, notamment au travers d'articles à publier dans les revues les mieux cotées ". A 50 ans, l'homme avoue " vivoter ". Et met notamment ses connaissances au service d'Attac-Belgique. D'autres ont attendu leur heure pour entrer ouver...

Henri Houben a franchi le cap d'un doctorat à l'UCL, avec une thèse sur l'industrie automobile. Une carrière académique aurait pu sourire à ce porteur d'une licence en sociologie et d'une maîtrise en sciences économiques. S'il n'y avait eu ce profil contrariant de marxiste pur jus : " Je ne suis pas dans le moule. Je n'avais ni réseaux ni relais pour acquérir une certaine notoriété sur le plan académique, notamment au travers d'articles à publier dans les revues les mieux cotées ". A 50 ans, l'homme avoue " vivoter ". Et met notamment ses connaissances au service d'Attac-Belgique. D'autres ont attendu leur heure pour entrer ouvertement en résistance. Chercheur au FNRS et économiste à la Chaire Hoover d'éthique économique et sociale de l'UCL, Christian Arnsperger, 43 ans, a fini par sortir du bois. L'auteur de L'Economie, c'est nous (éd. érès) ne se fait pas que des amis quand il traite l'économiste type d'aujourd'hui de " zoologiste occupé à étudier une tribu de chimpanzés ", obnubilé par " la vision technocratique et le formatage élitiste ". C'est aussi l'air du temps qui veut ça. " L'économie a suivi le trend de la société en général. Le retrait de l'Etat dans l'économie et le développement phénoménal des marchés financiers ont créé une demande pour des économistes au fait des techniques formelles les plus avancées dans les milieux bancaires ou financiers. D'un économiste qui, jadis, se destinait au service public, on est passé à un économiste qui se destine au secteur privé ", observe Jean-Luc De Meulemeester, spécialiste des services publics. Cette loi de l'offre et de la demande s'alimente auprès de fabriques à managers. Les campus belges n'échappent pas à la vogue anglo-saxonne des Business School. Solvay Brussels School of Economics and Management (SBS-EM) à l'ULB, IAG/Louvain School Management à l'UCL, Vlerick Leuven Gent Management School. Ces établissements, soumis à des certifications européennes ou anglo-saxonnes, ont souvent fleuri à l'ombre des bonnes vieilles facultés de sciences éco. A l'ULB, la fusion des deux entités vient d'être consommée, non sans grincements de dents. Le mélange des genres ne fait pas que des heureux. " La Sainte-Trinité de la théologie capitaliste est inscrite dans les gènes de ces écoles de business : le culte de la création de richesse, l'Etat présenté comme un élément perturbateur, le marché comme un mécanisme naturel. Les notions de bien commun, de richesse collective, sont absentes de leurs programmes. On y enseigne qu'une montagne n'a de valeur que si elle peut générer des revenus financiers en l'exploitant ", ricane l'économiste Riccardo Petrella. En portant la Louvain School of Management sur les fonts baptismaux, en octobre 2008, ses dirigeants insistaient sur le " management ", plutôt que sur le " business " soudain politiquement moins correct. Véritable refondation ou simple ravalement de façade ? " Ces écoles de business sont guidées par l'idée obsessionnelle de former des ressources humaines au service des entreprises ", appuie Riccardo Petrella. " Vous avez-déjà vu des cours de gestion syndicale dans leurs programmes ? " interroge Christian Arnpersger. Business as usual. P. Hx