Les populaires, lors de la fondation de leur parti en 2009, n'étaient pas encore populistes. Ils étaient fort libéraux. Aujourd'hui, Mischaël Modrikamen tempête contre le libéralisme globalisé avec ses amis Farage, Salvini et Bannon. Hier, Mischaël Modrikamen coprésidait le Parti populaire avec le fort libéral Rudy Aernoudt. Jadis libéral mais désormais populiste, auparavant europhile mais maintenant eurosceptique, hier porte-parole de ceux qui avaient réussi mais aujourd'hui voix des sans-grades, le PP n'a pourtant guère modifié le fond de son discours sur les questions économiques : il a seulement cessé d'en faire sa ligne princi...

Les populaires, lors de la fondation de leur parti en 2009, n'étaient pas encore populistes. Ils étaient fort libéraux. Aujourd'hui, Mischaël Modrikamen tempête contre le libéralisme globalisé avec ses amis Farage, Salvini et Bannon. Hier, Mischaël Modrikamen coprésidait le Parti populaire avec le fort libéral Rudy Aernoudt. Jadis libéral mais désormais populiste, auparavant europhile mais maintenant eurosceptique, hier porte-parole de ceux qui avaient réussi mais aujourd'hui voix des sans-grades, le PP n'a pourtant guère modifié le fond de son discours sur les questions économiques : il a seulement cessé d'en faire sa ligne principale, gommée par les thématiques migratoires, la gouvernance, l'Europe, voire le climat. Certes, les onze premières propositions parmi les septante adoptées au congrès du 3 mars 2018 portent sur l'économie. Mais la communication du parti ne les met guère en avant. " Moins de taxes et moins de dépenses publiques inutiles ", proclame le programme sur le chemin du " retour à la prospérité ". Les mesures réclamées sous ces intitulés sont pourtant de celles que ceux que les inégalités frappent le plus, ces sans-voix dont le PP se veut la voix, peuvent voir arriver avec circonspection : elles sont réputées accroître bien davantage que réduire ces inégalités. La suppression des droits de succession " injustes et spoliateurs ", alors que plus des deux tiers des plus gros patrimoines sont hérités, la réduction de l'impôt des sociétés à 15 % et celle de l'impôt sur le revenu à maximum 35 % pour les plus hauts revenus " libérera ceux qui créent de la richesse ". Celle-ci pourra surtout davantage se concentrer entre les mains de ceux-là. Quant aux moins gradés des sans-grades, les allocataires sociaux, le Parti populaire souhaite soit les priver d'allocations, lorsqu'ils résident en Belgique depuis moins de deux ans, soit les mettre au travail, surtout quand ils n'en ont pas : au travail jusqu'à 67 ans les pensionnés, " tenant compte de l'espérance de vie qui augmente " ; au travail douze heures par semaine les allocataires sociaux et chômeurs de longue durée, qui " devront rendre des services à la collectivité ". Le bouclier contre l'insécurité culturelle que brandit le PP dresserait ainsi également, mais avec discrétion, un bouclier contre une redistribution qui protège les plus faibles. C'est ainsi que se trace la symétrie entre le PP et son rival sur le créneau de l' anti-establishment, le PTB. Le parti de Mischaël Modrikamen dit en effet représenter, dans le Hainaut et à Liège, une partie du petit précariat blanc dans lequel celui de Raoul Hedebouw puise beaucoup de sa vigueur. L'un se présente en miroir de l'autre. Le PTB se pose en supersocial et ne promeut son antiracisme que là où (voir Le Vif/L'Express du 4 avril) il ne divise pas son public-cible. Le PP se proclame " le seul pour vous défendre " et n'assume son libéralisme économique très avancé que devant ceux qui prennent la peine de consulter son programme. Lorsque l'un taxe l'autre d'ultralibéralisme, l'autre accuse l'un d'ouvrir toutes les frontières à tous les vents. Un tabou gêne l'un, un autre tabou gêne l'autre. C'est le chiasme contre l' establishment.