"Jean Wauters, président-fondateur sans qui le Village n° 1 Reine Fabiola ne serait pas ce qu'il est. " Avant la fin des années 1990, la plaque dorée portant cette inscription accueillait les visiteurs dans le hall de l'entrée principale du Village. Elle accompagnait un monumental buste en bronze du fondateur, réalisé par un collaborateur à l'occasion d'un de ses anniversaires. Aujourd'hui, l'inscription prête à sourire. Le 29 septembre, Jean Wauters comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Nivelles, avec son épouse Hélène Schollaert et quatre anciens responsables du Village. Parmi les préventions retenues : détournements de fonds, es...

"Jean Wauters, président-fondateur sans qui le Village n° 1 Reine Fabiola ne serait pas ce qu'il est. " Avant la fin des années 1990, la plaque dorée portant cette inscription accueillait les visiteurs dans le hall de l'entrée principale du Village. Elle accompagnait un monumental buste en bronze du fondateur, réalisé par un collaborateur à l'occasion d'un de ses anniversaires. Aujourd'hui, l'inscription prête à sourire. Le 29 septembre, Jean Wauters comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Nivelles, avec son épouse Hélène Schollaert et quatre anciens responsables du Village. Parmi les préventions retenues : détournements de fonds, escroquerie, blanchiment, association de malfaiteurs, participation à une organisation criminelle... Tous ceux qui, jusqu'à la famille royale, ont été séduits par Wauters n'auraient pu imaginer un tel machiavélisme venant d'un homme dont la longue silhouette dégageait du charisme. Il était charmeur et souriant, il savait se montrer paternel avec les handicapés mentaux hébergés par l'ASBL. Côté cour, lorsque cela ne tournait pas comme il l'avait prévu, il laissait éclater de terribles colères ou menaçait de tout quitter. Son équipe - même ceux qui n'étaient pas complices de ses malversations - le suppliait de rester. D'autant que le budget du Village était constamment déficitaire et qu'il fallait donc recueillir des fonds. La spécialité du président au bras long. Wauters et ses sbires sont suspectés d'avoir détourné, au total, plus de 26 millions d'euros. Et encore, la justice n'est pas remontée au-delà d'une période de dix ans : la durée légale de tenue des documents bancaires. Cet argent provenait des fameuses tombolas Capsa, des dons financiers et des héritages légués au Village. Les prévenus reconnaissent grosso modo les faits. Seul le couple Wauters conteste tout enrichissement personnel. Il justifie, entre autres, l'acquisition de sa magnifique résidence de Temploux (Namur) et de trois villas à Cannes, dans le sud de la France, par la fabuleuse carrière de mannequin d'Hélène Schollaert. Une carrière dont personne ne parvient à retrouver la trace... Les dirigeants actuels du Village n° 1 espèrent récupérer le maximum des fonds détournés. La tâche ne sera pas facile. Pendant l'interminable enquête du parquet de Nivelles, Jean Wauters a eu le temps d'organiser son insolvabilité. Tous ses biens ont été mis au nom de sa femme. Par ailleurs, une partie de l'argent subtilisé - plusieurs dizaines de millions de francs belges - a été investi à Sclessin, lorsque Wauters présidait le club du Standard, au milieu des années 1980. Néanmoins, la villa de Temploux a été bloquée par la justice, ainsi que 2,7 millions d'euros provenant de la revente des villas cannoises. Des saisies ont également été effectuées chez d'autres prévenus. Une condamnation au pénal permettra de faire rentrer cet argent au Village. Mais, à Strasbourg, la Cour européenne des droits de l'homme a jugé que le délai raisonnable pour l'instruction avait été dépassé à Nivelles. Une décision qui risque d'influer sur l'issue du procès correctionnel. Les avocats des parties civiles espèrent au moins une déclaration de culpabilité pour débloquer les fonds. Ce n'est pas encore gagné. l Thierry Denoël