Le nouveau variant du Covid-19, le B.1.1.7, désormais appelé VOC 202012/01, a été détecté pour la première fois en novembre dernier au Royaume-Uni, et s'est propagé rapidement dans des dizaines d'autres pays, des Etats-Unis à la Corée du Sud en passant par l'Inde, la France ou le Danemark. En Belgique, quatre cas ont été diagnostiqués en décembre en Flandre (lire aussi l'encadré ci-dessous). Depuis, aucun autre cas supplémentaire n'a été trouvé mais les experts sont d'avis que cette nouvelle souche est sous-diagnostiquée dans les populations.
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Le nouveau variant du Covid-19, le B.1.1.7, désormais appelé VOC 202012/01, a été détecté pour la première fois en novembre dernier au Royaume-Uni, et s'est propagé rapidement dans des dizaines d'autres pays, des Etats-Unis à la Corée du Sud en passant par l'Inde, la France ou le Danemark. En Belgique, quatre cas ont été diagnostiqués en décembre en Flandre (lire aussi l'encadré ci-dessous). Depuis, aucun autre cas supplémentaire n'a été trouvé mais les experts sont d'avis que cette nouvelle souche est sous-diagnostiquée dans les populations.Il est normal que les virus mutent, et souvent sans impact. Ces mutations répétées sont des modifications qui interviennent lorsque les virus se répliquent. Le souci avec ce nouveau variant du Sars-CoV-2, c'est qu'il semble être beaucoup plus contagieux que les autres. Selon les calculs de la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), le variant britannique serait 50 à 74% plus contagieux. Pour leur dernier rapport, les chercheurs de l'Imperial College de Londres ont analysé des milliers de génomes de virus du Sars-CoV-2 séquencés entre octobre et décembre. Selon deux méthodes différentes, ils en concluent que ce variant à un "avantage important" en termes de contagiosité: 50 à 75% plus contagieux, ou un taux de reproduction du virus (R) entre 0,4 et 0,7 supérieur au virus habituel.Le variant se révèle de cette manière beaucoup plus dangereux qu'un variant plus grave de la maladie. En effet, une transmissibilité plus élevée expose la population à un virus se propageant avec une croissance exponentielle, alors que le risque lié à une gravité accrue aurait augmenté de manière linéaire, ne touchant que les personnes infectées, explique le site américain The Atlantic. Une transmissibilité accrue peut ainsi faire des ravages en très peu de temps, surtout lorsque la propagation du virus est à ce stade de l'épidémie incontrôlée dans de nombreux pays. The Atlantic évoque une véritable "bombe à retardement". Pour bien comprendre la différence entre les risques exponentiels et linéaires, The Atlantic prend l'exemple d'Adam Kucharski, professeur à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, qui se concentre sur les analyses mathématiques des épidémies de maladies infectieuses. Kucharski compare une augmentation de 50 % de la létalité d'un virus à une augmentation de 50 % de la transmissibilité du virus. " Prenons un taux de reproduction du virus d'environ 1,1 et un risque de décès par infection de 0,8 % et imaginons 10.000 infections actives, un scénario plausible pour de nombreuses villes européennes ", note Kucharski. "Dans l'état actuel des choses, avec ces chiffres, on s'attendrait à 129 décès en un mois. Si le taux de mortalité augmentait de 50 %, cela entraînerait 193 décès. En revanche, une augmentation de 50 % de la transmissibilité entraînerait 978 décès en un mois seulement, en supposant, dans les deux scénarios, un délai de six jours pour la génération de l'infection", poursuit-il. L'impact serait notamment très sensible dans les pays où même une petite hausse de la transmissibilité ferait basculer le taux de reproduction au-dessus de 1, accélérant l'épidémie.Pour les scientifiques, les données relatives au variant B.1.1.7 se révèlent donc très préoccupantes. "Une des préoccupations est que B.1.1.7 deviendra désormais le variant dominant au niveau mondial avec sa transmission plus élevée et qu'il entraînera une autre très, très mauvaise vague", déclare Jeremy Farrar, un expert britannique en maladies infectieuses qui dirige le Wellcome Trust."Alors que la trajectoire de la pandémie en 2020 était assez prévisible, je pense que nous entrons maintenant dans une phase imprévisible", en raison de l'évolution du virus, explique l'expert, cité par le site Sciencemag.Trevor Bedford, scientifique au Fred Hutchinson Cancer Research Center et membre du conseil d'administration du Covid Tracking Project, note dans The Atlantic, que le nouveau variant semble avoir également un taux d'attaque secondaire plus élevé - c'est-à-dire le nombre de personnes infectées ultérieurement par un cas connu - que le variant "ordinaire" du Covid-19. Il n'y a, à ce stade, pas encore d'explications claires et précises sur la raison de cette contagiosité accrue. Une des hypothèses scientifiques avancées est que le variant présente "un nombre inhabituellement élevé de modifications génétiques, en particulier dans la protéine spike", le moyen par lequel le virus pénètre dans nos cellules. Il est peut-être plus apte à échapper à notre réponse immunitaire et à se répliquer, ou à mieux se fixer à des endroits de notre corps plus propices à l'infection d'autres personnes, mais tout cela n'est que spéculation pour le moment, explique The Atlantic. Le variant pourrait aussi très bien être causé par un changement de comportement dans la population - lassitude face à la quarantaine, au port du masque - conduisant à une accélération de l'épidémie. Cette incertitude quant à la compréhension des mécanismes exacts de ce nouveau variant signifie que nous ne savons pas si les mesures d'hygiène existantes - masques, distanciation ou encore désinfection des mains et des surfaces - sont aussi efficaces qu'elles le sont par rapport à un scénario identique avec le variant connu du Covid-19. Le variant B.1.1.7 pourrait nous amener à être (encore) plus stricts dans nos comportements de lutte contre le virus : moins de temps passé à l'intérieur et évitement de la foule, masques plus performants, meilleure ventilation, désinfection accrue des surfaces,... Dans ce contexte, la communauté scientifique enjoint les responsables à être attentifs à l'évolution de la situation afin d'y répondre le plus rapidement possible, voire de manière anticipée. Et cela, toujours dans l'objectif d'aplanir la courbe des contaminations pour préserver la capacité des hôpitaux. Le fait de retarder les infections potentielles de quelques semaines ou d'un mois seulement peut faire une énorme différence lorsque, parallèlement, des vaccins très efficaces sont mis progressivement en place afin de sauver le maximum de vies. Les experts préconisent une stratégie de testing et de tracing encore plus rigoureuse, couplée à un suivi strict des quarantaines, ce qui peut déjà réduire le taux de reproduction du virus de manière importante. La vaccination devrait aussi être accélérée afin de protéger le maximum de citoyens en peu de temps, pour prendre de court les variants plus féroces.La réduction drastique des infections présente l'avantage supplémentaire de réduire encore les chances d'évolution du virus. D'autres variants sont déjà apparus, notamment celui appelé 501Y.V2 en Afrique du Sud, qui sont tout aussi préoccupants que le B.1.1.7, commente encore Jeremy Farrar. "C'est purement mathématiques : plus un virus circule, plus les mutations ont de chances d'apparaître", prévient-il.Pour Herman Goossens, professeur de microbiologie à l'Université d'Anvers, il faut prendre ce variant très au sérieux. "Le coronavirus a trouvé un second souffle grâce à de nouveaux variants qui sont encore plus contagieux que le variant classique ", alerte-t-il dans De Morgen. Ces variants présentent jusqu'à 15 à 20 mutations par rapport au virus original. "C'est beaucoup. Une mutation peut donner un avantage à un virus, mais un grand nombre de mutations ensemble peut donner un très grand avantage. Pour moi, c'est vraiment un phénomène nouveau. L'épidémie entre dans une nouvelle phase", ajoute le microbiologiste.Interviewé dans De Standaard, il avance que les états-membres doivent investir d'urgence dans la création de plateformes de séquençage du génome, qui permettent de détecter et d'étudier les variants du virus. La semaine dernière, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (SP.A) a ainsi donné son feu vert pour que l'Inami mette en place une politique de surveillance génomique face à l'émergence de la nouvelle mutation du virus Sars-Cov-2, avec environ 1.000 échantillons analysés chaque semaine. La Belgique a développé un concept unique avec huit nouveaux laboratoires de PCR. Grâce à ce réseau, la Belgique pourra faire beaucoup de tests, mais aussi mieux surveiller la propagation de nouveaux variants.De nouvelles mesures de lutte contre le virus pourraient aussi être envisagées dans les pays fortement touchés, comme la fermeture des écoles et des hautes écoles. Les premières études sur le variant britannique font en effet état d'une plus grande contamination des jeunes de moins de 20 ans. Herman Goosssens, propose dans De Morgen, de tester toutes les semaines les enseignants et les écoliers. Face à la flambée de l'épidémie dans le pays, Boris Johnson a été obligé d'annoncer lundi soir le retour au "confinement" de toute l'Angleterre. Ce nouveau confinement, aussi strict que celui mis en place au printemps, prévoit la fermeture des écoles et oblige les habitants à rester chez eux. Il doit durer, si les conditions le permettent, jusqu'à la mi-février, a annoncé le Premier ministre britannique dans une allocution télévisée.A l'heure actuelle, de nombreuses inconnues subsistent sur le nouveau variant. Risque-t-il de réduire l'efficacité du vaccin? Plusieurs études scientifiques, sur base de modélisations, concluent que ce variant devrait peu affecter l'efficacité des vaccins. "En l'état actuel de nos connaissances, les experts pensent que les vaccins actuels seront efficaces contre ces souches", a déclaré Henry Walke, des Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), lors d'une conférence de presse. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies se montre, lui, plus prudent. Pour les deux nouveaux variants britanniques et sud-africains, "il n'y a à ce stade pas assez d'informations disponibles pour estimer (s'ils font peser) un risque sur l'efficacité des vaccins", estiment ses responsables. A long terme, ces mutations pourraient bel et bien menacer l'efficacité des vaccins.Le laboratoire allemand BioNTech, à l'origine avec Pfizer du premier vaccin contre le Covid-19 autorisé au monde, a assuré, pour sa part qu'il était capable, si besoin était, de fournir un nouveau vaccin "en six semaines" pour répondre à une telle mutation, suscitant un certain soulagement.