La Belgique a eu du mal à décider l'obligation du port du masque. Plusieurs communes l'ont très tôt recommandé, voire imposé dans certaines zones, à leurs habitants. On peut citer Woluwé-Saint-Lambert et Etterbeek à Bruxelles, ou encore Pépinster et des communes du Borinage en Wallonie. Mais ces décisions locales ont souvent fait l'objet de critiques de la part des autorités fédérales. Et jusqu'à hier soir, le gouvernement ne s'était pas aligné.
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La Belgique a eu du mal à décider l'obligation du port du masque. Plusieurs communes l'ont très tôt recommandé, voire imposé dans certaines zones, à leurs habitants. On peut citer Woluwé-Saint-Lambert et Etterbeek à Bruxelles, ou encore Pépinster et des communes du Borinage en Wallonie. Mais ces décisions locales ont souvent fait l'objet de critiques de la part des autorités fédérales. Et jusqu'à hier soir, le gouvernement ne s'était pas aligné. Le port du masque est passé par différents statuts en Belgique. Dans un premier temps, on allait presque jusqu'à le déconseiller aux citoyens, car il pouvait donner un "faux sentiment de sécurité", qui n'incitait pas à respecter les gestes barrière, notamment la distanciation sociale. Le Risk Management Group (RMG) ne le recommandait pas, sans toutefois s'y opposer. Fin juin encore, la ministre de la Santé Maggie de Block (Open VLD) justifiait ce choix dans une interview avec Het Laatste Nieuws: "des mesures strictes s'appliquent déjà dans les magasins et les supermarchés. (...) Ce n'est pas une mauvaise idée dans une boutique où les caisses sont proches les unes des autres, par exemple. Mais après c'est une idée fixe de se dire: je mets un masque, donc je suis protégé. (...) J'ai toujours mis en garde sur ce faux sentiment de sécurité". Le masque fait néanmoins l'objet d'un port obligatoire depuis le début du déconfinement dans un endroit précis : les transports en commun, pour tous les voyageurs à partir de 12 ans. Avec le déconfinement progressif, le Conseil national de sécurité commence également à fortement le recommander dans les endroits où la distanciation sociale n'est pas respectée. Après le dernier Conseil national de sécurité, le port du masque était toujours "fortement recommandé", mais pas imposé comme l'avaient demandé certains virologues. Une mesure qui aurait été difficile à justifier auprès de la population alors que la situation épidémiologique s'améliorait et qu'on ne l'avait pas obligé au plus fort de la pandémie. "Pourtant, le port du masque est plus que jamais recommandé, surtout maintenant que davantage de personnes vulnérables des groupes cibles à risques sortent de leur bulle et rencontrent de plus en plus de monde", nous commentait alors Jean-Luc Gala professeur à la faculté de médecine de l'UCLouvain. "Le gouvernement a raté une réelle occasion en début de crise sanitaire d'inculquer à la population les bonnes pratiques sur le port systématique du masque dans les endroits publics, dès qu'on sort de sa bulle proche, que ce soit dans les magasins, les supermarchés, au restaurant..."Cette absence d'obligation du port du masque avait été pointée du doigt, notamment au Parlement. Ce à quoi la Première ministre, qui rappelait notamment que les experts étaient divisés sur la question, répondait : "Si les conditions sanitaires venaient à se détériorer, il pourrait devenir obligatoire dans l'espace public très fréquenté." Hier encore, la Première ministre indiquait à la Chambre, que "les experts du GEES travaillent sur le sujet". Et annonçait une décision la semaine prochaine: "Je suis persuadée qu'ils tiendront compte du rapport du Conseil supérieur de la Santé."La Première ministre indiquait donc il y a quelques semaines encore que le port du masque serait imposé... en cas de deuxième vague. Aujourd'hui, pas de deuxième vague, mais le masque est désormais rendu obligatoire dans plusieurs endroits. De nombreux éléments jouent dans le timing de cette décision, en voici les principaux :La recommandation du Conseil supérieur de la Santé : mercredi, le CSS recommandait de rendre obligatoire le port du masque dans les magasins afin de protéger la santé des clients et des commerçants, "étant donné son utilité démontrée contre les gouttelettes et microgouttelettes des sécrétions respiratoires et l'urgence de protéger la santé publique."L'inquiétude liée aux retours de vacances : le sujet a fait grand bruit cette semaine et a donné lieu à la mise en place d'un code couleur pour les zones à risque. Mais le déplacement massif de vacanciers inquiète. C'est le cas notamment du Dr Philippe Devos, président de l'Absym, qui craint une seconde vague épidémique, fin août ou fin septembre : "des hypothèses de travail auxquelles on échappera si 80 % de la population porte le masque dans des endroits clos et continue à observer tous les gestes barrières", indiquait-il dans une interview au Soir.Une courbe qui tend à stagner : nous sommes à présent loin du pic de l'épidémie. Si le nombre de nouveaux cas à tendance à être à la baisse ces dernières semaines, on atteint néanmoins un plateau, avec entre 80 et 90 nouvelles infections par jour en Belgique. Une situation contrôlée, mais qui indique que le virus circule encore dans notre pays, avec la possible apparition de foyers. L'arrivée des masques Avrox : il peut être difficile pour un gouvernement d'imposer le port d'un accessoire quand le citoyen doit lui-même s'en fabriquer ou en acheter. Aujourd'hui, le gouvernement pourra rétorquer que les Belges ont tous au moins un masque, gratuit, à leur disposition. D'autres éléments ont également dû peser dans la balance : l'anticipation des soldes d'été, qui ont été reportés au mois d'août et qui devraient attirer beaucoup de monde dans les centres commerciaux. Les avis des experts, qui n'ont eu de cesse de marteler qu'il fallait à tout prix continuer à observer les gestes barrière malgré une situation épidémiologique favorable et qui souhaitaient pour la plupart que le citoyen porte le masque dans des endroits fréquentés. Mais aussi le citoyen lui-même : début juillet, l'étude Corona de l'université d'Anvers montrait qu'environ 8 Belges sur 10 souhaitaient que le port du masque soit obligatoire dans les magasins. "Nous avons reçu deux avis hier (jeudi). D'abord du Conseil Supérieur de la Santé. Et puis un avis du GEES. Tous les deux étaient unanimes sur le thème de: il faut obliger le port du masque dans certaines circonstances, dans certains endroits. C'est ce que nous avons directement décidé", a expliqué la Première ministre auprès de la RTBF et de RTL. "On constate que les chiffres stagnent pour le moment, mais ce qui comptait surtout pour nous, c'était d'avoir un avis clair et unanime des experts", a-t-elle résumé.