Sur Le Vif.be, le 2 novembre dernier, l'essayiste politique Jules Gheude remonte au front. Il dénonce "l'obsession unitariste" du président du MR, Georges-Louis Bouchez. Il fustige ceux qui "refusent de voir la réalité en face", à savoir que la Flandre prépare son indépendance. "Nous devons acter une fois pour toutes le divorce belge", conclut Jules Gheude.

"La réalité" est bien différente de celle avancée par Jules Gheude. La réalité, c'est d'abord ce simple constat : il n'existe aucune mobilisation populaire, en Flandre, en faveur de l'indépendance. Contrairement aux cas du Québec ou de la Catalogne, par exemple, les citoyens flamands ne descendent pas dans la rue pour exiger l'indépendance. Depuis plusieurs décennies, toutes les enquêtes d'opinion convergent : 15% seulement de Flamands, au grand maximum, demandent la fin de l'Etat belge. Ce pourcentage reste stable, en dépit des blocages à répétition de cet Etat compliqué qu'est la Belgique.

La réalité, c'est aussi cet autre constat : un nombre non négligeable d'électeurs de la NV-A, et même du Vlaams Belang, ne sont pas du tout indépendantistes. Selon les dernières enquêtes, les indépendantistes ne seraient que 25% parmi les électeurs de la NV-A et 30% parmi ceux du Vlaams Belang. Plus étonnant encore, 22% des électeurs du Vlaams Belang seraient en faveur d'un retour à l'Etat unitaire. C'est une évidence, beaucoup de partisans du Belang votent pour ce parti à cause de ses positions anti-immigration et pas du tout parce qu'ils rêvent de dynamiter l'Etat belge.

Le retour des familles politiques

La réalité, c'est aussi cet autre constat : ces derniers temps, de plus en plus de ponts sont jetés, au sein des familles politiques, de part et d'autre de la frontière linguistique. C'est le cas de la famille libérale (MR-Open VLD), de la famille socialiste (PS-Vooruit, les deux partis ont même décidé de cohabiter dans un même bâtiment), de la famille écologiste (Ecolo et Groen travaillent de longue date ensemble), sans oublier l'extrême gauche (le PTB-PVDA est une formation unitaire, qui vient de lancer une campagne belgicaine qui plaît beaucoup à son électorat ouvrier, car 'on ne divise pas les travailleurs'). Reste la famille démocrate-chrétienne, qui n'en n'est plus tout à fait une, suite au terrible reflux du CDH. Si ce parti retrouve quelques couleurs - ce qui n'est pas gagné - l'entente avec le CD&V se fera sans doute assez naturellement, tant le futur homme fort des démocrates-chrétiens flamands, Sammy Mahdi, l'actuel secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, est tout sauf un nationaliste borné.

Ces quelques constats tendent à démontrer que la perspective du divorce belge s'éloigne, malgré le leadership de la NV-A en Flandre, et les sondages grisants pour le Vlaams Belang. Certes, ce divorce n'est pas à exclure, mais certainement pas à court ou moyen terme.

Il existe une attitude puérile, chez certains observateurs et commentateurs politiques, qui consiste à annoncer tous les six mois, la fin de la Belgique.

Le 23 novembre 2020, j'écrivais ceci sur Levif.be : "La Belgique a encore de beaux jours devant elle. Mais ce sera une autre Belgique. Probablement confédérale. Ce ne sera pas la fin du monde". Je soulignais également le pragmatisme d'une majorité de Flamands. Nos toujours compatriotes du Nord , même ceux qui affichent des positions flamingantes plus ou moins intransigeantes, ne sont pas suicidaires. Ils savent qu'ils n'ont aucun intérêt à "tuer" l'économie de leurs voisins wallons. Ceux-ci resteront, quoi qu'il arrive, leurs principaux partenaires commerciaux. Une économie wallonne exsangue n'est donc pas une option pour la Flandre.

Il ne se passera (presque) rien en 2004

Je partage la conviction maintes fois exprimée par Jules Gheude : si un jour la Belgique implose, les Wallons devront envisager un scénario d'association avec la France. Une Wallonie indépendante ne serait économiquement pas viable (sa sécurité sociale, notamment, ne serait pas finançable). Mais contrairement à Jules Gheude, je suis convaincu que le divorce belge est tout sauf imminent. Il se produira peut-être, aucun mariage n'est a priori éternel, mais certainement pas en 2024. Il ne se passera (presque) rien en 2024, cessons d'enterrer prématurément la Belgique, un pays parfois au bord du gouffre, mais certainement pas le pire pays au monde.

Sur Le Vif.be, le 2 novembre dernier, l'essayiste politique Jules Gheude remonte au front. Il dénonce "l'obsession unitariste" du président du MR, Georges-Louis Bouchez. Il fustige ceux qui "refusent de voir la réalité en face", à savoir que la Flandre prépare son indépendance. "Nous devons acter une fois pour toutes le divorce belge", conclut Jules Gheude."La réalité" est bien différente de celle avancée par Jules Gheude. La réalité, c'est d'abord ce simple constat : il n'existe aucune mobilisation populaire, en Flandre, en faveur de l'indépendance. Contrairement aux cas du Québec ou de la Catalogne, par exemple, les citoyens flamands ne descendent pas dans la rue pour exiger l'indépendance. Depuis plusieurs décennies, toutes les enquêtes d'opinion convergent : 15% seulement de Flamands, au grand maximum, demandent la fin de l'Etat belge. Ce pourcentage reste stable, en dépit des blocages à répétition de cet Etat compliqué qu'est la Belgique.La réalité, c'est aussi cet autre constat : un nombre non négligeable d'électeurs de la NV-A, et même du Vlaams Belang, ne sont pas du tout indépendantistes. Selon les dernières enquêtes, les indépendantistes ne seraient que 25% parmi les électeurs de la NV-A et 30% parmi ceux du Vlaams Belang. Plus étonnant encore, 22% des électeurs du Vlaams Belang seraient en faveur d'un retour à l'Etat unitaire. C'est une évidence, beaucoup de partisans du Belang votent pour ce parti à cause de ses positions anti-immigration et pas du tout parce qu'ils rêvent de dynamiter l'Etat belge.La réalité, c'est aussi cet autre constat : ces derniers temps, de plus en plus de ponts sont jetés, au sein des familles politiques, de part et d'autre de la frontière linguistique. C'est le cas de la famille libérale (MR-Open VLD), de la famille socialiste (PS-Vooruit, les deux partis ont même décidé de cohabiter dans un même bâtiment), de la famille écologiste (Ecolo et Groen travaillent de longue date ensemble), sans oublier l'extrême gauche (le PTB-PVDA est une formation unitaire, qui vient de lancer une campagne belgicaine qui plaît beaucoup à son électorat ouvrier, car 'on ne divise pas les travailleurs'). Reste la famille démocrate-chrétienne, qui n'en n'est plus tout à fait une, suite au terrible reflux du CDH. Si ce parti retrouve quelques couleurs - ce qui n'est pas gagné - l'entente avec le CD&V se fera sans doute assez naturellement, tant le futur homme fort des démocrates-chrétiens flamands, Sammy Mahdi, l'actuel secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, est tout sauf un nationaliste borné.Ces quelques constats tendent à démontrer que la perspective du divorce belge s'éloigne, malgré le leadership de la NV-A en Flandre, et les sondages grisants pour le Vlaams Belang. Certes, ce divorce n'est pas à exclure, mais certainement pas à court ou moyen terme.Il existe une attitude puérile, chez certains observateurs et commentateurs politiques, qui consiste à annoncer tous les six mois, la fin de la Belgique.Le 23 novembre 2020, j'écrivais ceci sur Levif.be : "La Belgique a encore de beaux jours devant elle. Mais ce sera une autre Belgique. Probablement confédérale. Ce ne sera pas la fin du monde". Je soulignais également le pragmatisme d'une majorité de Flamands. Nos toujours compatriotes du Nord , même ceux qui affichent des positions flamingantes plus ou moins intransigeantes, ne sont pas suicidaires. Ils savent qu'ils n'ont aucun intérêt à "tuer" l'économie de leurs voisins wallons. Ceux-ci resteront, quoi qu'il arrive, leurs principaux partenaires commerciaux. Une économie wallonne exsangue n'est donc pas une option pour la Flandre.Je partage la conviction maintes fois exprimée par Jules Gheude : si un jour la Belgique implose, les Wallons devront envisager un scénario d'association avec la France. Une Wallonie indépendante ne serait économiquement pas viable (sa sécurité sociale, notamment, ne serait pas finançable). Mais contrairement à Jules Gheude, je suis convaincu que le divorce belge est tout sauf imminent. Il se produira peut-être, aucun mariage n'est a priori éternel, mais certainement pas en 2024. Il ne se passera (presque) rien en 2024, cessons d'enterrer prématurément la Belgique, un pays parfois au bord du gouffre, mais certainement pas le pire pays au monde.