Les francophones et les néerlandophones n'ont pas du tout la même vision en matière d'asile et de migrations: tel est l'un des enseignements principaux du Baromètre 2021 du CNCD 11.11.11, présenté et analysé en primeur par Le Vif.
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Les francophones et les néerlandophones n'ont pas du tout la même vision en matière d'asile et de migrations: tel est l'un des enseignements principaux du Baromètre 2021 du CNCD 11.11.11, présenté et analysé en primeur par Le Vif.Selon ce sondage, plus d'un Belge sur quatre (27%) n'hésiterait pas à renvoyer un demandeur d'asile dans un pays où sa vie et sa liberté sont menacés, avec donc une différence notable entre Flamands (32%) et francophones (20%). C'est sur la question de larégularisation des sans-papiersque les Belges sont le plus divisés. Globalement, 31% sont favorables à une régularisation et à l'octroi d'un permis de travail et 41% sont contre, mais la différence d'opinion entre Nord et Sud est énorme: respectivement 22% et 42% de favorables et 49% et 29% de défavorables. Il y a, ici, un véritable fossé. Sur la réforme de l'asile envisagée par l'Europe, les Belges souhaitent des règles plus claires, comme la réduction à maximum six mois du délai de traitement des demandes d'asile (71%) ou l'ouverture de voies sûres et légales de migration sur base de critères objectifs (66%). Une majorité (60%) est d'accord également pour une répartition équitable des demandeurs entre Etats membres de l'Union européenne et, donc, une révision des règles actuelles de prises en charge, inefficaces et souvent sources d'injustice. Par ailleurs, pour plus de la moitié des sondés (56%), les procédures d'asile devraient être traitées dans les pays d'émigration ou de transit sans permettre un accès préalable au sol européen, avec ici moins de différences entre Flamands (59%) et francophones (52%).Le fossé se confirme néanmoins sur la question des droits accordés aux demandeurs d'asile. Si près de la moitié des Belges (47%) pensent que ceux-ci doivent être réduits, c'est surtout le cas chez nos voisins du Nord (52%), moins au sud (39%). A contrario, 12% de Belges voudraient voir ces droits renforcés, dont 8% de Flamands et 18% de francophones. Pour Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD 11.11.11, il y a là une évolution remarquable. Et le responsable de ressortir d'anciens chiffres: "Lors du sondage qu'on avait réalisé en 2016, en plein pic de la crise migratoire en Europe, 49% des Belges étaient en faveur d'une réduction des droits d'asile et la proportion de Flamands et de francophones était alors équivalente, soit 49% pour les premiers et 48% pour les seconds", précise-t-il. Les écarts entre les deux côtés de la frontière linguistique sur les questions d'asile sont donc assez nouveaux.Pour son secrétaire général, la campagne menée par le CNCD et d'autres organisations comme Amnesty International ont porté leurs fruits. "Le discours politique a aussi changé côté francophone, constate-t-il. Avec, en 2018, la rupture révélatrice entre la N-VA et le MR, au sein du gouvernement Michel, sur la question migratoire." Jean Faniel, politologue au Crisp, partage la même perception: "C'est vrai qu'il y a eu, côté francophone, une vaste campagne en faveur du droit d'asile et de la régularisation des sans-papiers, confirme-t-il. Plus largement, il y a un travail du tissu associatif en faveur des étrangers qui est dominant chez les francophones et que permettent le contexte politique et le cordon sanitaire. En Flandre, où, depuis trente ans, des représentants de l'extrême droite sont invités sur les plateaux de télé au même titre que les partis classiques, tous les débats sont pollués par la question des étrangers: l'emploi, la sécurité, l'aide sociale, etc." Le clash au sein de la Vivaldi avec le PS et Ecolo, qui ont menacé de se retirer du gouvernement s'il y avait un mort parmi les grévistes de la faim à l'église du Béguinage, est aussi significatif de cette différence Nord-Sud.