Avec la pandémie, politiques de yaka-faukon et politologues de salon se sont beaucoup déchaînés pour réduire tous les problèmes vécus par la Belgique à une cause aussi unique que fallacieuse, ses neuf ministres de la Santé. Aujourd'hui, la cause n'est plus unique. Elle voisine désormais avec un argument tout aussi fantaisiste, en plus d'être contradictoire avec le précédent.
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Avec la pandémie, politiques de yaka-faukon et politologues de salon se sont beaucoup déchaînés pour réduire tous les problèmes vécus par la Belgique à une cause aussi unique que fallacieuse, ses neuf ministres de la Santé. Aujourd'hui, la cause n'est plus unique. Elle voisine désormais avec un argument tout aussi fantaisiste, en plus d'être contradictoire avec le précédent. Depuis quelques mois en effet, le pays des neuf ministres de la Santé incapables de s'entendre serait aussi simultanément soumis à la dictature d'un seul d'entre eux, Frank Vandenbroucke. Le ministre fédéral de la Santé serait si tout-puissant qu'il déciderait avant chaque comité de concertation des décisions qui y seraient adoptées, transformant de son invulnérable autorité cette instance collaborative en chambre de soumission. Taxé de stalinisme, qualifié d'ayatollah, Frank Vandenbroucke représenterait la forme la plus pure de tyrannie islamo-gauchiste, d'autant plus inhumaine qu'elle se couvrirait du voile de la science. Un ministre-président a même estimé ses méthodes totalitaires, concept forgé par Hannah Arendt pour assimiler les régimes nazi et stalinien, et qui s'appliquerait donc aussi à la Belgique, quelques décennies après le Cambodge de Pol Pot et à quelques milliers de kilomètres de la Corée des Kim.Le socialiste flamand n'écouterait personne d'autre que ses pulsions dirigistes et quelques serviles conseillers qui les partagent et les renforcent. Bref, Frank Vandenbroucke déciderait de tout en Belgique depuis octobre sans que personne ne puisse rien y faire. Et il serait donc le seul à devoir être tenu pour responsable des décisions prises, particulièrement celles, mauvaises, frustrantes, injustes, insupportables, qui mettent la Belgique sous un inconfortable cocon. C'est bien entendu complètement faux. La question n'est pas de savoir si Frank Vandenbroucke est responsable ou pas, il l'est évidemment, ni s'il veut décider de tout, c'est absolument vrai, et la réponse n'est à chercher ni dans les traits de son caractère, ni dans les réquisits de sa fonction. Incontestablement pourvu d'une personnalité autoritaire, il fait ce que fait tout ministre, c'est-à-dire qu'il veut, en effet, décider de tout et qu'il aspire à ce que les décisions qu'il prône soient prises au détriment de celles des autres. Il le fait à sa manière, qui n'est en réalité pas celle du professeur qui sait mieux que tout le monde, mais bien plutôt celle du filou le fait croire. Il bluffe toujours, il ment parfois, il met la barre très haut, réclame d'obtenir énormément pour recevoir beaucoup. Il se sert des médias quand il pense le devoir, leur présente des chiffres qui lui semblent servir ses objectifs. Il crie sur ses collègues ministres, les énerve, les déprécie et les menace. Frank Vandenbroucke, en fait, fait juste de la politique, pas de la science. Comme tous ses confrères, y compris ceux qui lui reprochent de n'appliquer qu'une science brutale. Car les chiffres qui l'appuient ne pèsent rien par rapport à l'accord des pairs qu'il obtient : c'est Alexander De Croo qui valide ses intentions, pas un comité de lecture ou des doubles aveugles. S'il se donne à ses avis des airs de rapport d'experts, tout ceci n'est qu'un rapport de forces. S'il a décidé de beaucoup de choses, c'est que ses homologues, ministres au gouvernement, vice-premiers au kern, ministres-présidents au Comité de concertation, qui ont autant de pouvoir que lui, les ont acceptées. S'ils les ont acceptées, ce n'est pas parce qu'il est un tyran, mais parce qu'ils ont trouvé plus confortables de ne pas les refuser. Mais la fausseté de la caractérisation de Frank Vandenbroucke en dictateur sanitaire ne réside pas dans ses intentions personnelles, pas plus que dans l'acceptation par ses confrères de son autoritarisme allégué. Elle se révèle par les faits. Il suffit d'un peu regarder ce qu'il s'est passé depuis octobre pour constater qu'en réalité Frank Vandenbroucke n'est pratiquement jamais parvenu à imposer brutalement sa volonté. Le dictateur, en six mois de domination sans partage, a souvent été remballé. Dès octobre, alors qu'il insistait pour barrer immédiatement la deuxième vague qui montait, il avait été confronté au refus flamand, et les inévitables restrictions n'avaient été adoptées qu'après plusieurs semaines d'hésitations très peu caractéristiques d'une autocratie. En décembre, alors qu'il avait dit se fonder sur une étude du Lancet, il avait dû avaler la réouverture des commerces non essentiels, sous la pression de libéraux fort remontés, offrant à la science politique un nouveau variant du totalitarisme, le belge, dans lequel des partis opposés à celui du tyran lui imposent leur volonté. En janvier et février, alors qu'il pesait pour éviter les réouvertures des métiers de contact, il avait à peine pu la reporter et la scinder, noyé sous les revendications des bleus, des verts et des rouges francophones, comme un ayatollah persan serait forcé de se faire initier au Grand-Orient. En mars, il voulait éviter les relâchements, et les relâchements ont été adoptés par les sujets de son intransigeant régime, ceux qui ont donc davantage de pouvoir que lui mais qui font croire qu'ils en ont moins. Non, on n'allait pas pouvoir rouvrir tout de suite, comme tout le monde l'avait mille fois espéré. Parce que ce n'est que dans la bouche de ceux qui lui ont dit mille fois oui que Frank Vandenbroucke est un dictateur qui ne sait dire que non.