Comment analysez-vous la situation actuelle ?

Dr Lhoest : Au début de l'épidémie, on s'est protégé de manière outrancière, mais un an après, c'est invraisemblable de proposer un "lockdown" comme solution. Le gouvernement émet des mesures, mais n'estime jamais leur portée, ni sur l'épidémie ni sur la population. Le postulat est que de toute façon ces mesures ont beaucoup plus d'influence négative sur la population et sur l'épidémie. On ferait mieux de regarder les autres épidémies, comme celle de la grippe, et de voir que ces pics de début et de fin de saison sont normaux.
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Dr Lhoest : Au début de l'épidémie, on s'est protégé de manière outrancière, mais un an après, c'est invraisemblable de proposer un "lockdown" comme solution. Le gouvernement émet des mesures, mais n'estime jamais leur portée, ni sur l'épidémie ni sur la population. Le postulat est que de toute façon ces mesures ont beaucoup plus d'influence négative sur la population et sur l'épidémie. On ferait mieux de regarder les autres épidémies, comme celle de la grippe, et de voir que ces pics de début et de fin de saison sont normaux.A l'inverse du gouvernement, nous ne nous permettons pas de prévoir un pic catastrophique. On ne peut pas comparer la situation actuelle au premier et au deuxième pic de covid. Car au premier comme au second, il y a eu une augmentation exponentielle des contaminations, une semaine après une augmentation exponentielle des hospitalisations, et une semaine après une augmentation exponentielle des soins intensifs. Ici on voit une augmentation dans les soins intensifs qui n'est pas exponentielle comme les autres fois.A Liège, il n'y a pas du tout de saturation. On ne peut pas voir une cinétique sur 24h. Depuis janvier, on est monté à maximum 11 patients covid, cela reste stable. Ce qui est très important, c'est qu'il n'y a pas de saturation des hospitalisations, les blocs opératoires peuvent tourner comme d'habitude. On n'a pas peur du manque de personnel. Encore une fois, je ne suis pas dans le divinatoire, les conditions d'aujourd'hui ne sont pas les mêmes qu'il y a un an. La population est mieux protégée, elle a développé des anticorps, une partie est malheureusement décédée, la vaccination suit son cours... On ne peut pas revenir avec la même logique qu'il y a un an. Nos décideurs sont des "ayatollahs du lockdown" en donnant comme réponse la privation de liberté. Au GEMS, ils ne voient que la courbe virale qui crie "lockdown". Est-ce que le GEMS représente vraiment l'ensemble de la pensée pour gérer cette crise ? Non, ce sont des extrémistes. Cela ne veut pas dire qu'on ne doit pas les écouter, mais ils ne doivent pas être les seuls conseillers de Vandenbrouck. Le gouvernement a toujours tort et surestime à chaque fois les pics. En octobre, le pic était estimé 2 à 3 fois plus important de ce à quoi on est arrivé. Manifestement, les autorités n'ont pas envie de faire des tableaux de bord de l'épidémie avec de vrais indicateurs. On est vraiment dans l'amateurisme.Un tel confinement serait un détail dans la circulation du virus. Cela va créer d'autres sources de contaminations en mettant les enfants en contact avec les grands-parents, c'est incroyable comme mode de pensée ! Il faut sortir de cette logique. Les populations les plus paupérisées vont énormément en souffrir et ce n'est pas du tout pris en compte par le GEMS. On ne connait pas pour le moment la hauteur du pic, mais on ne peut pas proposer la même chose qu'il y a un an. C'est un constat d'échec dans tous les pays qui l'on fait. Un lockdown est catastrophique au niveau économique et pour l'éducation. Le risque est que les gens n'acceptent plus les règles de base que sont le port du masque à l'intérieur et la distanciation physique. Il faut surtout insister pour que les personnes fragiles se protègent. Toutes ces mesures ne font que reporter le problème. Il ne faut pas croire qu'on gagne en mortalité, on est champion du monde en la matière. Raphael Jüngers, professeur de mathématiques appliquées à l'UCLouvain. Oui, la situation est inquiétante suite à la hausse des hospitalisations. On a encore battu un record hier. Mais jusque là, les membres du GEMS eux-mêmes rappelaient que nous ne sommes pas dans une phase exponentielle. On maitrise cette croissance des hospitalisations. Depuis fin février, elle est régulière et plus précisément 'linéaire'. Si on est à +50 en 20 jours, dans une phase linéaire on peut s'attendre à +50 sur les 20 jours suivants. A l'inverse, dans une phase exponentielle, lors des 20 jours suivants on peut s'attendre à +100, puis +200, là, il convient de s'inquiéter rapidement. Nous sommes contre un confinement strict. Selon les données que l'on a, on ne va pas vers un débordement des hôpitaux à court terme. De plus, les chiffres hospitaliers ne sont pas assez précis, il est difficile de les analyser. Si le gouvernement a des chiffres plus précis, il faut qu'il les communique. On ne peut imposer un lockdown strict en donnant l'impression qu'on fait des estimations au doigt mouillé. Le citoyen a le droit de savoir précisément pourquoi il est enfermé. En tous cas, nous demandons que l'Etat établisse et communique un cadastre bien plus précis des hospitalisations. Cela permettra de mieux prédire, mais aussi mieux prévenir: en comprenant mieux ce qui se passe dans les hopitaux, on pourra mieux les organiser, mais aussi mieux cibler les populations qui terminent en soins intensifs.