Un coup de massue sur la tête des Belges. Et un "lockdown de la discorde", comme le titre Le Soir ce jeudi matin ou "Un terrible constat d'échec" pour reprendre les termes de l'éditorial de La Libre. Les décisions prises par le Comité de concertation, annoncées mercredi sur le coup de 13h20, mettent la cohésion sociale à rude épreuve.
...

Un coup de massue sur la tête des Belges. Et un "lockdown de la discorde", comme le titre Le Soir ce jeudi matin ou "Un terrible constat d'échec" pour reprendre les termes de l'éditorial de La Libre. Les décisions prises par le Comité de concertation, annoncées mercredi sur le coup de 13h20, mettent la cohésion sociale à rude épreuve. La grogne des secteurs refermés est à la hauteur de la déception. Les syndicats enseignants menacent de grève, alors que la grève générale risque de fédérer tous les mécontents, le 29 mars. Politiquement, la Vivaldi est fissurée, tandis que le crédibilité du Comité de concertation est entamée.Voici les sources de tensions, alors que débute samedi un nouveau mois de reconfinement.Forcément, les commerces, les indépendants, les métiers de contacts ou encore le secteur du tourisme ont été les premiers à s'emporter, mercredi après-midi. Le questionnement de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) sur le caractère judicieux de ce qui a été décidé s'accompagne d'un cri d'inquiétude: "Ce troisième confinement ne fait que nous rapprocher d'une gigantesque crise des faillites". Le secteur du commerce s'indigne: "Les magasins n'ont jamais été des foyers de contamination et doivent se réorganiser pour la troisième fois. C'est incompréhensible." Les coiffeurs n'en peuvent plus: "On nous considère comme un frigo: on ouvre et on referme la porte au besoin". Les tâtoueurs sont "fâchés". N'en jetez plus: la rupture est consommée, alors que la promesse avait été faite que l'on ne reviendrait plus en arrière. Le virus en a décidé autrement.Dans les écoles, la grogne s'exprime tout aussi vivement. C'est l'incompréhension face à cette décision d'anticiper les vacances de Pâques, alors que la promesse politique du début de semaine était encore de les laisser ouvert. "Mon sentiment est un sentiment d'échec, dit Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement, interrogé par Belga. On a tout fait pour maintenir les écoles ouvertes ces dernières semaines. Les profs se sont adaptés, et au dernier moment, ils doivent opérer un virage à 180 degrés et passer en distanciel." Même sentiment que pour les commerces.Mais ce sont les enseignants de maternelle, seul niveau à rester ouvert, qui se sont le plus iindignés le plus. Les syndicats menaçaient de passer à l'action. "Les retours qui nous reviennent du terrain des enseignants du maternel, c'est: 'Mais pour qui nous prennent-ils?'", confie le secrétaire général de la CSC-Enseignement. "Cela fait un peu 'chair à canon', le discours du fédéral est inaudible", clame Joseph Thonon à la CGSP. Finalement, sous la pression, il a été décidé de fermer les maternelles également.Tout cela se greffe à l'incompréhension, source d'actions déjà, due au fait que les profs ne sont pas prioritaires pour la vaccination. Et cela risque de nourrir encore un peu plus la grève générale du 29 mars.Le secteur de l'horeca, lui, est resté fermé, et voit la perspective de réouverture le 1er mai s'éloigner. De nombreux observateurs remarquent qu'il est difficilement envisageable de déconfiner aussi vite, au vu des lockdown précédents. Mais Frank Vandenbroucke, ministre fédéral de la Santé, a rajouté de l'inquiétude, au JT de RTL-TVI jeudi soir. Ce n'est "absolument pas fixé", a-t-il dit, en précisant qu'il n'osait plus donnerde dates précises en guise de perspective"On a fixé des rendez-vous, on doit tout faire pour que ce soit tenable, rétorque ce jeudi matin Pierre-Yves Dermagne, vice-Premier PS, sur Bel RTL. Même s'il souligne que Frank Vandenbroucke est "dans son rôle de ministre de la Santé". Le secteur, en attendant, prévoit des actions.Dans cette grogne, on doit encore ajouter la culture, écoeurée du fait qu'on ne parle jamais d'elle. Actions et occupations (comme c'est le cas au Théâtre national) sont déjà au menu depuis des semaines.Politiquement, cela chauffe à tous les étages. Le MR a mis le feu à la majorité fédérale avec ses déclarations fortes. Le "triple échec" exprimé rapidement par son président, Georges-Louis Bouchez a indigné les socialistes et les écologistes. Mais la sortie de Denis Ducarme, ancien ministre, au Vif, a complété le tableau: en déclarant que sa "confiance au comité de concertation" était ébranlée, il a semé le doute parmi les partenaires de majorité. Si le MR est coutumier de ces sorties, le contexte est évidemment plus délicat, avec ce lockdown peu aisé à décider et alors que l'adhésion de la population est un enjeu majeur. Il souffle sur les braises. "Le MR fait toujours partie de la table du gouvernement, mais ça commence un peu à m'agacer, ça laisse penser que les libéraux ne soutiennent pas les décisions alors qu'ils sont cinq à table contre quatre aux socialistes, a souligné ce jeudi matin le vice-Premier PS, Pierre-Yves Dermagne. Ca laisse à penser que certains défendent des secteurs plus que les autres." Bien des réactions vont dans ce sens.En Flandre aussi, et dans un autre sens, la N-VA, elle aussi à la table du Comité de concertation, fait preuve de défiance à l'égard des décisions, quand le ministre de l'Enseignement, Ben Weyts, regrette qu'on ferme les écoles, mais qu'on laisse Ikea ouvert. Le ministre-président flamand, Jan Jambon, a dû aller à l'encontre de son parti pour endosser les décisions.Tout cela met la crédibilité du Comité de concertation à rude épreuve. Dans l'opposition, on constate le "terrible échec" de la majorité en matière de vaccination ou de tracing, tout en regardant éberlué ses membres se déchirer.Le tout alors que l'épreuve des Belges va se poursuivre durant au moins quatre semaines.